En pleine deuxième vague de COVID-19, Horacio Arruda a dû à son tour défendre son bilan, jeudi, en point de presse.
En pleine deuxième vague de COVID-19, Horacio Arruda a dû à son tour défendre son bilan, jeudi, en point de presse.

Dr Arruda: «Je garde la tête haute»

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
«Au début, c’était facile. Confiner tout le monde, les gens écoutaient. Là, on fait un choix, on pénalise un, on pénalise l’autre. Il y a des complotistes. J’ai des menaces de mort. Je reçois des courriels injurieux tous les jours. Mais je garde la tête haute, j’ai décidé de continuer dans ce mandat-là.»

Le temps où l’on produisait des t-shirts et même du pain à son effigie semble lointain. En pleine deuxième vague de COVID-19, Horacio Arruda a dû à son tour défendre son bilan, jeudi, en point de presse.

Depuis que le Québec est redevenu l’épicentre de la pandémie de coronavirus au Canada, comme au printemps, les comparaisons, critiques et oppositions sortent d’un peu partout pour remettre en question le travail du directeur national de la santé publique du Québec.

«Tant qu’on ne va pas me sortir d’ici — puis on me sortira s’ils voudront me sortir — moi, je considère que je fais mon travail du mieux. Et je ne considère pas que je suis un deux de pique en termes de santé publique à travers ce qui existe sur la planète», a-t-il affirmé, disant espérer «pouvoir garder la confiance des Québécois parce que je les aime profondément».

Pas de «vraie réponse»

«Êtes-vous encore l’homme de la situation?» lui avait d’abord demandé un journaliste.

«C‘est une bonne question. On se la pose chaque jour», a répondu celui pour qui la vague d’amour à son endroit au printemps avait inspiré la création de la page Facebook «Horacio, notre héros», aujourd’hui suivie par plus de 71 000 personnes. Mais la dernière publication y date du 4 août.

«Vous savez, moi, mon objectif, ici, c’est de servir les Québécois du mieux que je peux avec une équipe. Il ne faut pas que vous pensiez que c’est moi qui me lève le matin puis qui décide dans un coin.»

«C’est plus difficile parce qu’on prend des décisions difficiles qui ne sont pas intéressantes pour le monde, constate-t-il. C’est plus difficile parce qu’on nous compare beaucoup, alors que des choses ne sont pas comparables. Il va en avoir des doctorats sur l’histoire de la pandémie Québec versus Ontario. Mais quand je pose la question, il n’y a aucun expert qui est capable de me donner la vraie réponse, sur c’est quoi la différence. C’est multifactoriel.»

Non à la «bullshit»

Les critiques des partis d’opposition à l’Assemblée nationale viennent surtout du fait qu’il devient très difficile de distinguer l’aspect politique de l’aspect santé publique dans les décisions et les restrictions annoncées par le gouvernement.

Aucun avis officiel de la santé publique n’est rendu public. Pas plus que les discussions entre le premier ministre François Legault et le Dr Arruda ne sont documentées. «Il a toujours écouté ce qu’on s’est dit», laissera-t-il tomber, au fil de son plaidoyer.

«Je tiens à vous dire une chose : je ne serais pas assis ici à annoncer quelque chose avec laquelle je ne serais pas confortable. Ça, je veux être au clair. [...] Vous pouvez me croire ou ne pas me croire, là, mais je peux le dire parce que je suis un gars honnête, on est toujours allé un peu plus loin que ce qu’on avait des fois même recommandé.»

«Je ne serais pas ici en avant, ils le savent très, très bien, je ne jouerai pas le jeu du politique si je ne suis pas confortable avec la décision. [...] Le jour où je sentirai que c’est de la bullshit, le directeur Arruda, il ne sera pas là parce que le Dr Arruda n’a pas une crédibilité à perdre. Vous pouvez me comparer avec l’Ontario, ce que dit CDC, puis les complotistes... Mais quand je suis ici, je suis confortable avec les décisions qu’on a prises parce que la très grande majorité ne vient pas d’une science exacte», fait valoir celui qui dit lire et écouter «de moins en moins» ce qui se dit à son sujet dans les médias.

Jeudi, le Dr Arruda a publiquement endossé l’application de traçage Alerte COVID à télécharger sur nos téléphones, après l’appel général lancé par le premier ministre québécois et son ministre de la Santé en début de semaine.