Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, souligne que cellulaires et tablettes iront à «tous ceux chez qui c’est justifié». La distribution aux intervenantes est déjà commencée.

DPJ: cellulaires et guerre à la paperasse pour éliminer les listes d'attente

EXCLUSIF / Le gouvernement du Québec veut éliminer d’ici un an les listes d’attente chez les directeurs de la protection de la jeunesse (DPJ). Pour y arriver, le ministre implante de nouvelles mesures pour permettre aux intervenantes d’être plus efficaces, comme fournir à chacune un téléphone cellulaire ou une tablette.

Quand une travailleuse sociale perdait plusieurs heures à faire le pied de grue au tribunal, en attendant sa cause, ses autres dossiers devaient aussi souvent poireauter parce qu’elle ne disposait pas des outils nécessaires pour travailler à distance du bureau.

«On m’a beaucoup parlé de la mobilité, ç’a été cité dans toutes les régions», explique au Soleil le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant. «Les intervenantes passent beaucoup de temps au tribunal et dans leur auto. Le téléphone cellulaire et la tablette sont très importants pour faire leur travail. Même que souvent, elles utilisaient leur propre cellulaire, ce qui devient même dangereux dans certains dossiers», explique M. Carmant.

Environ 3,8 des 47 millions $ annoncés en juin pour les 19 DPJ au Québec sont attribués à l’achat de ce matériel électronique. Certaines intervenantes des DPJ, groupe à forte majorité féminine, avaient déjà ces outils de travail sous la main, mais plusieurs autres, non. Le ministre souligne que cellulaires et tablettes iront à «tous ceux chez qui c’est justifié». La distribution est déjà commencée.

Le Soleil a pris connaissance des trois grandes mesures qu’annoncera le ministre, samedi. Il tient à «envoyer un signal qu’on valorise leur travail» aux intervenantes.

Le temps de traitement ne s’exprimera plus en un nombre de journées cibles. «Le temps passé sur un dossier doit vraiment être en lien avec la complexité du dossier», souligne M. Carmant, un ancien neurologue.

«On se rend compte que les cas sont devenus plus complexes qu’avant, que c’est plus difficile comme travail que ça l’a été. Ça peut être plus long, plus court, mais il n’y a pas de chiffre fixe. Il y a un accord entre la DPJ et l’intervenant que ce dossier-là étant plus complexe, ça peut prendre plus de temps. Il faut prendre le temps de bien faire», insiste le ministre, qui en fait une consigne officielle.

Limiter la paperasse

Le troisième volet consiste en un moratoire sur les formulaires, dont il avait parlé la semaine passée. Il s’agit de limiter la paperasse pour permettre aux intervenantes de se concentrer sur l’intervention directe auprès des enfants.

«Il y a des choses aussi peu utiles à remplir pour les intervenantes que des demandes d’assurance maladie pour les jeunes ou des demandes de transport pour aller chercher le petit. Des choses que n’importe quel adjoint administratif peut remplir, pas besoin d’être travailleur social pour faire ça», constate le ministre.

Comme on compte maximiser la contribution du personnel de soutien administratif, des embauches dans les bureaux pourraient-elles devenir nécessaires? «Dans certains endroits, peut-être qu’il va falloir engager du personnel administratif. Mais à d’autres endroits, les tâches qui revenaient de façon routinière aux équipes sur le terrain peuvent être simplement transférées», affirme le ministre.

Depuis son arrivée au pouvoir, la Coalition avenir Québec a investi 65 millions $ et a ouvert 500 postes au sein des directeurs de la protection de la jeunesse. Combler ces nouveaux emplois s’est avéré plus ardu dans certaines régions pour différentes raisons, comme la Côte-Nord, la Mauricie-Centre-du-Québec et l’Estrie.

Pour la période annuelle 2018-2019, les DPJ ont reçu 105 644 signalements, soit 289 par jour. Un nombre en hausse constante.

En mai, le gouvernement de François Legault a mis sur pied la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent. Le dépôt du rapport final est attendu au plus tard le 30 novembre 2020.

Moment où le ministre Carmant veut avoir éliminé les listes d’attente. «Je maintiens ça. Et si on a besoin de faire autre chose [d’ici là], on va faire autre chose», promet-il.

Les audiences publiques de la commission Laurent s’arrêtent à Québec mardi, mercredi et jeudi prochains, au Centre des congrès. Après Sept-Îles et Montréal cet automne, la commission poursuivra sa tournée jusqu’à la fin mai, passant par Montréal, Sherbrooke, Québec, Gatineau, Saguenay et Rimouski.