Dossier médical électronique: une solution efficace… mais à changer

Un médecin de Québec réclame que soient revues les règles entourant les contrats des organismes publics pour éviter que son groupe de médecine familiale universitaire (GMF-U) change tous les cinq ans de solution informatique pour la gestion du dossier médical électronique (DME). Selon le Dr Pierre Frémont, ces changements accaparent inutilement temps et ressources, qui devraient plutôt être mis sur les soins aux patients.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale a récemment conclu un contrat avec TELUS pour la location d’une solution informatique destinée à la gestion du DME. Le coût du contrat, d’une durée de cinq ans avec possibilité de prolongation jusqu’à neuf ans, s’élève à 1,6 million $ par année. Un montant bien en deçà de ceux proposés par les trois autres soumissionnaires, qui varient entre 2,1 millions $ et 2,4 millions $ par année. 

Le contrat concerne sept sites, soit les GMF-U de la Haute-Ville, de Maizerets, Quatre-Bourgeois, Laurier, Saint-François d’Assise de même que le GMF Orléans-La Source et la Clinique des aînés. L’implantation de la nouvelle solution informatique est prévue pour la mi-octobre. 

Le DME, qui contient toutes les données relatives au dossier médical d’un patient (médicaments, allergies, antécédents médicaux, résultats de laboratoire, etc.), est une obligation du ministère de la Santé pour qu’une structure puisse être qualifiée de GMF, rappelait le CIUSSS dans son appel d’offres.

Entre 2013 et 2015, quatre des cinq GMF-U et le GMF Orléans-La Source ont implanté un DME. Le cinquième GMF-U a implanté le système à l’automne 2018, alors que la Clinique des aînés est en train de le faire, précisait encore le CIUSSS. C’est la solution MYLE, de Medfard, qui avait été retenue, pour un montant de 1,8 million $ par année.

Dans une lettre envoyée au Soleil, le Dr Pierre Frémont, qui pratique au GMF-U Laurier, se dit «convaincu que les ressources importantes consacrées à apprivoiser et alimenter un tel système […] ont grandement amélioré la qualité et l’efficience des soins» aux quelque 15 000 patients de sa clinique. 

Aussi a-t-il été «surpris» d’apprendre que la solution informatique utilisée devait être changée pour une autre, résultat de l’application de la Loi sur les contrats des organismes publics et du Règlement sur les contrats des organismes publics en matière de technologies de l’information. 

«Nous avons un DME dont nous sommes parfaitement satisfaits, et nous allons devoir le changer», déplore le Dr Frémont en entrevue, rappelant que «ce sont des solutions informatiques complexes qu’on implante».

De «nobles objectifs»

Selon lui, si la Loi sur les contrats des organismes publics poursuit de «nobles objectifs», elle ne prend pas en compte l’investissement «énorme» de temps et de ressources que requiert un tel changement pour les médecins «ni l’impact majeur qui en découle sur les soins à la population». 

Le Dr Frémont calcule que si un médecin du GMF-U Laurier met seulement cinq minutes pour valider l’information qui sera transférée du DME actuel vers le nouveau système pour chacun des 15 000 dossiers de la clinique, ce sont quelque 1250 heures (ou 35 semaines de 35 heures) qui seront perdues sur le plan de la disponibilité des médecins pour soigner des patients.

«Cinq minutes par dossier, c’est une sous-estimation conservatrice. Parce que pour le dossier d’un patient qui a 12 problèmes de santé et qui prend 13 médicaments, ça pourrait facilement prendre 15 minutes», dit le DFrémont, qui rappelle que c’est la responsabilité du médecin de s’assurer que les données transférées d’un système à un autre le sont correctement.

«Et c’est sans compter le temps de formation des médecins et du personnel de la clinique, et les deux ou trois ans que ça va prendre pour apprivoiser toutes les fonctionnalités du nouveau DME et en faire une utilisation optimale», fait valoir le médecin. 

«Le pire, si rien ne change, c’est que ce sera probablement à répéter» dans quelques années, s’indigne le Dr Frémont, pour qui il est «grand temps» que le gouvernement revoie sa loi «développée à l’ère des formulaires en papier». «Pour ce genre de contrats là, on devrait pouvoir les renouveler tant qu’on est satisfait», estime le médecin.

Selon le CIUSSS, 66 000 dossiers de patients seront touchés par le transfert du DME.