Dominique Brown a accepté de parler au <em>Soleil</em> pour dénoncer ce qu’il voit comme l’illustration d’un discours ambiant. «C’est  en train de se répandre. Je trouve ça extrêmement triste», lance-t-il, au bout du fil.
Dominique Brown a accepté de parler au <em>Soleil</em> pour dénoncer ce qu’il voit comme l’illustration d’un discours ambiant. «C’est  en train de se répandre. Je trouve ça extrêmement triste», lance-t-il, au bout du fil.

Dominique Brown s’attaque à des propos tenus contre des aînés

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
Le président de Chocolats favoris et Dragon bien connu, Dominique Brown, a exprimé sa colère samedi après avoir lu le commentaire d’un entrepreneur qui demande au gouvernement de cesser de porter «autant d’attention au CHSLD» et de se préoccuper davantage d’économie.

L’homme d’affaires a accepté de parler au Soleil pour dénoncer ce qu’il voit comme l’illustration d’un discours ambiant. «C’est  en train de se répandre. Je trouve ça extrêmement triste», lance-t-il, au bout du fil.

Plus tôt, il avait exprimé sa désapprobation sur sa page Facebook. «Je viens de lire une des publications les plus révoltantes depuis un moment: un entrepreneur qui appelle les gens à s’ouvrir les yeux et demande au gouvernement de cesser d’accorder autant d’attention au CHSLD et de plutôt se préoccuper des entrepreneurs de petites entreprises avec pignon sur rue qui risquent de tout perdre, car ils représentent l’avenir, eux. Voyons, tabarnak», n’a pu s’empêcher d’écrire l’homme d’affaires, qui participe à l’émission Dans l’oeil du dragon.

M. Brown dit «compatir sincèrement» avec les difficultés financières des entreprises. Lui-même doit faire face à la tempête. Il a mis à pied de nombreux employés et son chiffre d’affaires a fondu tout juste avant Pâques, une période normalement très lucrative dans son secteur. Malgré tout, il dit que personne ne l’entendra se plaindre et… il relativise. «Nous passons nous aussi par toutes sortes d’épreuves, mais rien qui menace nos vies.» 

Il espère que l’objet de sa dénonciation n’est que le «dérapage émotif» d’une personne qui traverse une crise sans précédent. Il refuse d’ailleurs d’identifier l’entrepreneur pour ne pas le stigmatiser sur la place publique. Mais force est d’admettre que ce discours est malheureusement dans l’air du temps. 


« C’est venu me chercher. Ça me fait sortir de mes gonds. J’avais besoin de dire quelque chose. Bien des gens commentent mon message sans nécessairement avoir lu directement ce que je dénonce. C’est que comme moi, ils ont lu ou entendu des propos similaires ailleurs. »
Dominique Brown

«Si t’as pu t’ouvrir un commerce, si on a les moyens comme société de déployer le filet social que nos gouvernements ont déployé, c’est parce que des gens, ces gens maintenant dans les CHSLD, l’ont voté, l’ont payé avec leurs impôts pendant des années, a-t-il aussi écrit. Ouvre un livre d’histoire et tu vas voir qu’ils sont passés à travers toutes sortes d’épreuves pour bâtir le Québec d’aujourd’hui. Crois-moi, ils sont ton avenir et méritent bien davantage.»

Selon M. Brown, le problème est que les gens mettent en opposition la santé et l’économie alors qu’on doit rechercher, dans le cas présent, l’équilibre entre les deux. «Le redémarrage graduel de l’économie doit se faire, mais pas au mépris de nos personnes âgées. Nous devons respecter nos aînés qui ont bâti le Québec duquel on profite aujourd’hui», soutient-il encore.

M. Brown invite l’auteur du post controversé, comme d’autres qui pensent comme lui, à réaligner son échelle de valeurs. «Tu as une famille, des enfants. Si t’es vraiment un entrepreneur, tu trouveras bien une façon de rebondir dans la nouvelle réalité économique. Les gens dont on parle ont déjà pour plusieurs perdu leur dignité et se battent pour la vie qui leur reste. Ça, c’est tout perdre. Tu trouves ça difficile ce que tu vis et à quel point tu dois travailler fort? Va donc travailler dans un CHSLD une semaine.»

Il souhaite maintenant que la crise fasse prendre conscience de l’importance de mieux traiter les aînés et pour les entreprises, de développer des valeurs sociales. «Une entreprise n’est pas juste une machine à imprimer de l’argent. Chez Chocolats favoris, un de nos engagements est de redonner à la communauté alors qu’on n’est pas obligé de le faire», précise-t-il.

«Aujourd’hui, je vais aller jouer dehors. Ça ne me coûtera rien. Mais c’est quand même énormément plus que les gens en CHSLD, alors je vais l’apprécier en simonac.»