Dominic Delagrave travaille au IGA de la famille Baril depuis plus de vingt ans. Il est très apprécié de ses collègues et de sa patronne, Séléna Baril.

Dominic, le rayon de soleil du IGA

SHAWINIGAN — Le sourire de Dominic Delagrave est tout simplement contagieux. Debout dans l’allée numéro cinq du IGA Extra de Shawinigan, Dominic s’affaire à replacer les produits sur les tablettes lorsque nous allons à sa rencontre. Pas question d’arrêter avant que les boîtes de jus de légumes soient toutes bien alignées et que les tablettes soient bien garnies. Dominic aime le travail bien fait, ça se voit tout de suite.

Il y a maintenant vingt ans que Dominic Delagrave travaille pour la famille Baril, propriétaire du IGA Extra de Shawinigan. D’abord employé à l’épicerie IGA de Saint-Tite, il a suivi l’équipe lorsque le commerce est venu s’établir sur la rue Trudel. Si ce n’était de sa déficience intellectuelle, Dominic serait un employé comme les autres. Mais il est dans une classe à part, le genre d’employé qui fait la différence, qui enthousiasme les troupes et donne le sourire aux clients.

Dominic a entendu parler que des gens comme lui venaient de perdre leur emploi dans trois magasins Walmart de la région, dont celui situé juste de l’autre côté de la rue. Se disant très triste d’apprendre la nouvelle, l’homme de 35 ans n’ose pas imaginer ce qu’une perte d’emploi signifierait pour lui. «Je n’aurais plus de sous», résume-t-il, avant de constater qu’il perdrait aussi un cercle social important qu’il pourrait difficilement retrouver ailleurs.

«Il fait partie de la famille», résume Séléna Baril, propriétaire du supermarché. Tantôt affecté au rayon des fruits et légumes, tantôt responsable des rayons d’épicerie, il connaît son magasin par cœur et n’hésitera pas une seconde à faire ce qu’on lui demande. Le matin, dès son arrivée, il prend l’initiative de faire le tour des rangées et de récupérer les produits laissés là par des clients qui avaient changé d’idée. Une tâche qui peut paraître anodine, mais qui fait de «son» magasin un endroit plus propre et mieux organisé.

C’est par un programme semblable à celui des employés remerciés par Walmart que Dominic Delagrave a pu trouver du travail chez IGA, il y a vingt ans. La famille Baril emploie en tout quatre personnes ayant une déficience intellectuelle ou un spectre de l’autisme grâce à des programmes mis en place soit par le CIUSSS-MCQ, ou encore par des organismes communautaires tels que SEMO-Mauricie qui s’emploie à intégrer les personnes ayant un handicap au marché du travail.

Lorsqu’elle a appris la décision prise par Walmart, Séléna Baril n’a pu s’empêcher de lancer un cri du cœur sur les réseaux sociaux afin de sensibiliser les gens à la réalité de ces personnes qu’elle emploie et dont elle ne se passerait plus comme patronne. «Ce sont des gens qui ont le cœur à l’ouvrage, qui sont toujours à l’heure, qui aiment venir travailler et qui se valorisent ici. Évidemment, parfois, ça va demander quelques efforts supplémentaires de notre part, soit pour les délais de formation ou encore pour l’encadrement et la supervision, mais quand ils savent ce qu’ils ont à faire, ils le font et ils le font très bien», résume-t-elle en entrevue.

Séléna Baril a connu Dominic lorsqu’elle était toute petite et que son père, Claude Baril, était aux commandes de l’épicerie familiale. Pour cette famille, l’intégration à l’emploi des personnes handicapées est un incontournable. «Il n’y a que du positif là-dedans. Eux sont valorisés, mais aussi nos 120 employés deviennent du même coup sensibilisés à leur contact. Ils apprennent comment leur parler, comment interagir avec eux et les préjugés tombent autant au travail que dans leur vie de tous les jours», confie la propriétaire.

D’ailleurs, Mme Baril a déjà entamé des démarches auprès du CIUSSS afin de pouvoir accueillir de nouveaux employés et espérer replacer les personnes qui ont perdu leur emploi chez Walmart. Elle invite également tous les employeurs de la région à faire de même et considérer employer une personne ayant une déficience intellectuelle.

«C’est une richesse pour une entreprise. Moi, j’invite tous les employeurs qui hésiteraient encore à faire le saut à me contacter directement. Ça va me faire plaisir de leur parler et de leur expliquer comment ça fonctionne et à quel point c’est enrichissant», lance-t-elle.

Séléna Baril se réjouissait d’ailleurs d’apprendre que de nombreuses entreprises avaient déjà contacté le CIUSSS pour offrir des places. «On dirait que ça a sensibilisé les gens. On vient de mettre en lumière l’existence de ces programmes et l’importance d’intégrer ces travailleurs. Si ça prenait ça pour que les gens soient conscientisés, je dis que c’est tant mieux», croit-elle.