Le référendum en Catalogne s’est déroulé sur fond d’affrontements, dimanche, et plusieurs partisans de l’indépendance de la région manifestaient encore dans les rues de Barcelone, lundi.
Le référendum en Catalogne s’est déroulé sur fond d’affrontements, dimanche, et plusieurs partisans de l’indépendance de la région manifestaient encore dans les rues de Barcelone, lundi.

Divergences au PQ sur la validité du vote en Catalogne

Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
Le chef péquiste Jean-François Lisée refuse de dire que le résultat du référendum en Catalogne est valide, mais son député Stéphane Bergeron, qui est sur place, franchit ce pas.

M. Lisée soutient que le résultat «oblige à une action» et qu’il ne veut pas en dire plus que les Catalans, tandis que pour le député de Verchères, «le scrutin est valide» et la Catalogne est en droit de proclamer son indépendance dans les prochains jours.

Le référendum s’est déroulé sur fond d’affrontements dimanche dans cette région du nord-est de l’Espagne, une région partenaire et amie du Québec.

La garde civile, la gendarmerie nationale espagnole, a tenté par la force sur ordre du gouvernement central madrilène d’empêcher les citoyens d’aller voter. Le dernier bilan d’Associated Press fait état de plus de 800 blessés. Le oui l’a emporté avec 90 %, mais le taux de participation s’établit à 43 %.

En conférence de presse lundi matin, le chef de l’opposition officielle a soigneusement évité de s’aventurer trop loin, quant à savoir si le résultat du référendum est valide malgré les irrégularités et les brutalités policières.

«Les observateurs internationaux ont indiqué que, sauf pour les cas où les forces policières espagnoles ont empêché le scrutin, le scrutin s’est correctement déroulé.»

Cependant, dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne en après-midi depuis Barcelone, M. Bergeron a affirmé que «le scrutin est valide», parce que plus de trois millions d’électeurs sur cinq se sont exprimés, même si les résultats sont «parcellaires», du fait des 700 000 bulletins de vote confisqués par Madrid.

Mais une fois ces votes répartis, on arrive à plus de 50 % de taux de participation, a-t-il fait valoir, et «une majorité claire pas mal plus significative que la plupart des élections dans les démocraties occidentales».

Il a rappelé qu’en vertu de la loi catalane, les résultats officiels doivent être transmis au Parlement et que 48 heures plus tard, il doit y avoir proclamation d’indépendance.

«Le gouvernement catalan a toute la légitimité pour procéder», a-t-il estimé, en ajoutant que le président régional de la Catalogne, Carlos Puigdemont, a néanmoins encore appelé au dialogue avec Madrid.

«Les jours à venir risquent d’être pour le moins critiques et je ne sais pas ce qu’il adviendra de cette “révolution des sourires’” (nom donné à cette phase politique indépendantiste en Catalogne) si Madrid devait maintenir cette ligne dure à l’égard du peuple catalan.»

Motion

Le chef péquiste a par ailleurs fait valoir que le Québec doit condamner la répression de l’État espagnol. M. Lisée a fait savoir lundi que sa formation allait déposer une motion à l’Assemblée nationale mardi. La motion doit recueillir le consentement de tous les partis pour être débattue.

Le texte, qui n’était pas encore disponible en début d’après-midi, appellera à une médiation internationale pour résoudre ce conflit, conformément à ce que demande le gouvernement catalan, et dénoncera explicitement l’État espagnol, car il faut nommer le responsable de la violence, selon M. Lisée.

Le Bloc échoue dans sa tentative de faire condamner Madrid

Les coups de matraque, tirs de balles de caoutchouc et autres gestes de violence posés par la garde civile contre la population catalane à la demande de Madrid ne seront pas condamnés par la Chambre des communes comme le souhaitait le Bloc québécois.

La formation a échoué dans sa tentative de déposer une motion allant en ce sens, lundi.

Des élus libéraux ont crié «Non!» lorsque le député bloquiste Luc Thériault a demandé le consentement pour déposer la motion visant à condamner «la répression violente orchestrée par le gouvernement espagnol lors du référendum catalan du 1er octobre 2017».

L’élu s’est désolé de ce dénouement, lundi, à sa sortie de la Chambre. Il a tiré à boulets rouges sur le gouvernement libéral et la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qu’il a taxée de «démocrate du dimanche», et dont il a dénoncé le «silence complice».

Le Bloc espérait faire sortir le gouvernement Trudeau de son mutisme au lendemain d’une journée émaillée de violences en Catalogne. Sous les ordres du gouvernement espagnol, la garde civile a rudoyé des électeurs pour les empêcher de voter au scrutin sur l’indépendance.

Le premier ministre Justin Trudeau et Mme Freeland ont refusé lundi de répondre aux questions des journalistes sur ces violences qui ont fait des centaines de blessés, dont l’écrasante majorité chez les Catalans.

Une question, deux réponses

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a tenté le coup pendant la période des questions en Chambre.

«Madrid bafoue dans la force le droit des Catalans à l’autodétermination. Le premier ministre, toujours empressé de donner des leçons de démocratie et de droits de la personne, ne dit rien. Pourquoi le silence du gouvernement sur la situation en Catalogne?» a-t-il enchaîné.

C’est la leader du gouvernement en Chambre, Bardish Chagger, qui a pris la question du député Boulerice. 

«Je vais prendre un moment pour féliciter le NPD qui a procédé à l’élection de son nouveau chef. Son élection amène une diversité nouvelle et réjouissante parmi les chefs des partis fédéraux», a-t-elle débuté.

Abasourdi, le député néo-démocrate est revenu à la charge. Cette fois, la ministre Freeland a pris la question, essentiellement pour répéter la déclaration transmise la veille par son attaché de presse, se disant «très préoccupée» par le bilan des heurts entre policiers et citoyens.