Joseph Saint-Denis Boulanger est soulagé d’assister à l’installation des équipements à la Distillerie des Marigots.
Joseph Saint-Denis Boulanger est soulagé d’assister à l’installation des équipements à la Distillerie des Marigots.

Distillerie des Marigots: après les aléas de la COVID, place au gin!

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
CAPLAN — Au tout début de février, Joseph Saint-Denis-Boulanger travaillait à un rythme effréné pour s’assurer que son projet, la Distillerie des Marigots, verrait le jour à temps, à la fin de mai ou au début de juin, pour la saison touristique en Gaspésie.

Huit mois plus tard, il vise une entrée en production à la fin de novembre, avant le temps des Fêtes. Cette ouverture aura donc été décalée de six mois, en raison de la pandémie de COVID-19. La saga entourant la livraison et l’installation de son équipement de distillation, son alambique, explique essentiellement ce retard, en plus de quelques imprévus collatéraux.

«L’alambic vient de France. Le fabricant a dû arrêter pendant un bout de temps à cause de la COVID. Puis le sous-traitant fabriquant les caisses de bois pour le transport a été fermé. Il n’y avait pas moyen de transporter les équipements autrement. Il a fallu attendre au 5 juin avant de mettre des équipements en boîte. Les compagnies de transport marchaient aussi au ralenti. Le premier bateau devant traverser les équipements ici a été refusé. Le deuxième bateau est finalement parti le 27 juillet, alors qu’il était prévu que l’équipement arriverait ici en avril! Le deuxième bateau devait en plus faire un arrêt à Liverpool», raconte M. Saint-Denis-Boulanger.

L’entrepreneur et ingénieur gaspésien n’était toutefois pas au bout de ses peines dans sa tentative de recevoir l’alambic dans un bâtiment tout neuf, à Caplan, sur un terrain surplombant la baie des Chaleurs.

Après deux semaines de navigation, le cargo est arrivé au port de Montréal le vendredi coïncidant avec la grève des débardeurs.

«Il a fallu deux semaines pour régler la grève. L’alambic est arrivé au début de septembre. Il fallait alors régler l’autre “morceau”, faire venir le technicien pour l’installer», souligne Joseph Saint-Denis-Boulanger.

Sueurs froides

Le technicien français est venu au Québec pour installer deux alambics, un à Montréal et l’autre Caplan. Il y a une douzaine de jours, le cœur de M. Saint-Denis-Boulanger a manqué quelques battements quand le technicien lui a indiqué qu’il devait retourner en France.

«Il avait omis de dire qu’il venait aussi à Caplan, dans les papiers qu’il devait remplir. Il y avait une alerte COVID maximale à Montréal, mais ce n’est pas le cas ici. Il a fallu que je lutte toute la semaine pour qu’il puisse venir ici. Je suis allé le chercher à Montréal. Nous sommes arrivés dimanche à Caplan», raconte l’entrepreneur.

«À le voir, c’est vraiment juste lui qui pouvait l’installer. Je ne sais pas ce qu’on aurait fait s’il était retourné en France. Il aurait fallu que je sois très créatif. Il aurait fallu que j’embauche un électrotechnicien, qui n’aurait pas connu les équipements, et qu’ils se parlent sur Facetime! J’étais prêt à aller jusque-là, s’il était retourné en France», assure l’entrepreneur.


« Il y avait une alerte COVID maximale à Montréal, mais ce n’est pas le cas ici. Il a fallu que je lutte toute la semaine pour qu’il puisse venir ici. Je suis allé le chercher à Montréal. »
Joseph Saint-Denis Boulanger

Des factures, mais pas de revenus

Il dit avoir craint pour l’avenir de son projet à l’évocation du départ du technicien français, considérant l’ampleur de la seconde vague de pandémie. La Distillerie des Marigots représente tout de même un investissement de 1,6 million $ pour le jeune ingénieur, appuyé par sa conjointe, Laurie-Anne Cloutier, une Montréalaise d’origine. Le couple s’est établi à Caplan après quelques années de vie commune dans la métropole.

«Ouvrir six mois plus tard que prévu m’a demandé quelques ajustements pour le fonds de roulement, mais le projet reste à 1,6 million $. Les factures entrent, mais pas les revenus. Les herbes et les épices sont achetées un an d’avance. Tout coûte plus cher, avec la pandémie», précise-t-il.

Convoité par la SAQ

Le gin qu’il compte produire d’ici quelques semaines est déjà convoité. «La SAQ en a commandé 200 caisses. Ils attendent que je livre. Je suis chanceux. Bien d’autres distilleries ont attendu que la SAQ commande leurs produits alors que moi, c’est l’inverse».

Le premier test de distillation est lancé avec 1500 litres de bière de la microbrasserie le Naufrageur, de Carleton. «Nous ferons trois distillations de 500 litres. Mon alambic a une capacité de 500 litres. Ça donnera 200 litres d’une sorte de whisky blanc. Ce sera mis en vente en collaboration avec le Naufrageur. Après, je lancerai la distillation du gin», dit M. Saint-Denis-Boulanger.

«J’ai fait des tests de distillation avec un litre puis avec 50, mais là, il faut y aller avec 500 litres. Il faudra deux semaines de stabilisation pour arriver au goût désiré. Pour certains ingrédients, c’est assez linéaire, passer de 50 à 500 litres. Pour d’autres, ce n’est pas le cas. On ne peut faire une règle de trois. Je dois mettre à l’échelle et ça demande des ajustements», souligne-t-il.

Un whisky s’ajoutera à la gamme de produits de la Distillerie des Marigots, mais les consommateurs devront être plus patients. «Ça prend au moins trois ans de vieillissement», conclut le Gaspésien, qui sera le seul employé de l’entreprise au début, «avec des sympathisants à l’emballage».