En 2016-2017, les policiers québécois ont fait l’objet de 95 plaintes alléguant racisme, discrimination ou profilage racial, soit 5,3 % du total des 1781 signalements au Commissaire à la déontologie policière.

Discrimination raciale: les signalements en hausse au Québec

Le phénomène de la discrimination raciale n’est pas près de s’essouffler alors que les organismes québécois chargés de recueillir les plaintes du public concernant cette problématique ont enregistré une hausse de signalements.

Au cours de l’exercice s’échelonnant du 1er avril au 31 mars 2017, le Commissaire à la déontologie policière et la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse ont reçu davantage de plaintes qu’à pareille date l’année précédente, révèlent leurs rapports annuels respectifs. 

En 2016-2017, les policiers québécois ont ainsi fait l’objet de 95 plaintes alléguant racisme, discrimination ou profilage racial, soit 5,3 % du total des 1781 signalements au Commissaire à la déontologie policière. Il s’agit de 19 plaintes de plus que les deux années précédentes où 76 signalements avaient été enregistrés en 2015-2016 (4,6 % des 1655 plaintes) et en 2014-2015 (4,3 % des 1744 plaintes). 

Sans surprise, l’essentiel de ces plaintes en déontologie policière touche la métropole, où le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a fait l’objet de 58 % d’entre elles. Les autres corps de police municipaux (34 %) et la Sûreté du Québec (SQ) (8 %) complètent la balance. 

Malgré la hausse modeste au cours des trois dernières années, la secrétaire générale du Commissaire à la déontologie policière, Me Louise Letarte, ne croit pas qu’il y ait plus de cas, mais plutôt, davantage de dénonciations. «Les services de police sont très sensibilisés, il y a beaucoup de formation en lien avec le racisme et la discrimination et particulièrement avec le profilage», fait-elle valoir. 

Elle estime également possible que la médiatisation de certains cas où des policiers ont été blâmés, comme cet été où un agent de la SQ a été pénalisé pour avoir traité un homme d’«osti d’Arabe» lors d’une arrestation en 2014, puisse inciter d’autres citoyens ou organismes à lever le drapeau lorsqu’ils sont victimes ou témoins de comportements inadmissibles. 

Elle évoque aussi le phénomène des dénonciations vidéo qui est devenu courant depuis la crise étudiante de 2012. Il s’agit de plaignants n’ayant pas assisté à une scène jugée problématique, mais qui l’ont visionnée sur YouTube avant de s’adresser au Commissaire. 

Droits de la personne

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a de son côté traité 176 plaintes en 2016-2017 avec pour motif de discrimination «race, couleur, origine ethnique ou nationale», soit près du quart (23,7 %) des 743 plaintes reçues par l’organisation. 

L’année précédente, la Commission en avait recueilli 24 de moins, soit 152 sur les 727 (20,9 %) au total. Il s’agissait d’une baisse par rapport à 2014-2015, où 179 signalements avaient été enregistrés (22,7 %). Au cours de ces trois années, ce sont néanmoins les plaintes en lien avec le handicap qui monopolisent davantage le travail de l’organisation, puisqu’elles comptent généralement pour plus du tiers du nombre total qui est traité. 

Il n’a pas été possible de discuter de ces enjeux avec la présidente de la CDPDJ, Tamara Thermitus, dont la suspension a été réclamée mardi par les partis d’opposition à la suite de révélations de La Presse sur la gestion de l’organisme. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a convenu que la lumière devait être faite sur la situation de «crise» dénoncée au sein de la CDPDJ par trois de ses commissaires et a annoncé qu’elle mandatera un vérificateur externe à cet effet. 

La Commission a été chargée de mener la Consultation sur la discrimination systémique et le racisme, elle aussi contestée par les partis d’opposition qui réclament son annulation.