Le discours lu par la gouverneure générale Julie Payette fait notamment état d'un médecin de famille pour tous et d'une assurance-médicaments au Canada. Pas un mot, cependant, sur l'augmentation des transferts en santé réclamée par les provinces et territoires.
Le discours lu par la gouverneure générale Julie Payette fait notamment état d'un médecin de famille pour tous et d'une assurance-médicaments au Canada. Pas un mot, cependant, sur l'augmentation des transferts en santé réclamée par les provinces et territoires.

Discours du Trône: le sort du gouvernement Trudeau encore incertain

Catherine Lévesque
La Presse canadienne
OTTAWA - Le sort du gouvernement minoritaire de Justin Trudeau est toujours incertain.

Le Parti conservateur a annoncé qu’il votera contre le discours du Trône lu par la gouverneure générale Julie Payette et tout indique que le Bloc québécois fera de même. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert, pour leur part, laissent planer le doute.

«Nous sommes déçus de ce discours du Trône. Nous ne pouvons pas l’appuyer», a pesté Gérard Deltell, en point de presse. Le député conservateur y a vu la preuve que la prorogation ne servait qu’à sortir les libéraux d’une situation politique délicate alors que l’été dernier, les comités parlementaires étudiaient le contrat accordé à l’organisme de charité UNIS.

«On n’a pas décidé en ce moment. (...) On donne une chance au gouvernement libéral de faire ce qu’il faut pour les gens», a laissé tomber Jagmeet Singh, qui veut attendre de voir si les libéraux poseront des gestes concrets pour mettre en oeuvre les congés de maladie payés et augmenter les sommes versées aux chômeurs.

Le chef néo-démocrate juge que les libéraux, s’ils veulent s’assurer de l’appui de son parti, devront déposer des projets de loi ou prendre des engagements clairs dans les prochains jours.

Le discours du Trône contient de nombreuses promesses qui pourraient plaire au NPD - sollicité pour son appui afin d’éviter une élection - notamment l’intention de continuer la mise en place d’un régime national universel d’assurance-médicaments et des nouvelles normes nationales pour les résidences de soins de longue durée au pays.

Réaction de Legault

Mais ces engagements du gouvernement libéral ne plaisent pas à tous.

Mme Payette n’avait pas fini de lire le discours mercredi après-midi que, déjà, le premier ministre du Québec, François Legault, pestait sur son fil Twitter. Il en a contre l’intention du gouvernement fédéral de s’ingérer dans les champs de compétences des provinces en santé.

«Je vais en discuter demain (jeudi) avec les premiers ministres des autres provinces», a fait savoir M. Legault dans un gazouillis.

Qui plus est, le document préparé par les libéraux fédéraux ne faisait aucune mention de la hausse des transferts en santé réclamée par l’ensemble des premiers ministres provinciaux.

M. Legault et trois de ses homologues s’étaient rendus à Ottawa vendredi dernier pour réclamer 28 milliards $ de plus en transferts fédéraux d’ici l’an prochain, ce qui porterait la contribution fédérale à 35 % des coûts des soins de santé.

Les doléances du premier ministre du Québec ont été reprises par le chef bloquiste Yves-François Blanchet, qui en fait une condition à l’appui de son parti au discours du Trône.

«S’il n’accepte pas la demande de Québec en santé, on vote contre. S’il accepte la demande de Québec en santé, on va continuer à jaser des autres affaires qui ne sont, dans bien des cas, pas acceptables», a affirmé M. Blanchet dans une entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

«Les aînés? Si tu as entre 65 et 75 ans, il n’y a pas une cenne pour toi là-dedans. C’est totalement inacceptable. Les principes généraux sur la gestion de l’offre sont les mêmes qu’ils étaient il y a un an. Il n’y a rien qui a bougé dans ça. Et (Trudeau) a promis une relance verte. Il n’y a pas de relance verte là-dedans», énumère-t-il.

Et M. Blanchet suppose que le vote sur le discours du Trône se tiendrait mercredi prochain. Il donne donc «une semaine» à Justin Trudeau pour répondre à la demande de Québec en santé.

Le Parti conservateur a repris cette même critique.

«Ce discours du Trône-là est encore un moyen pour (...) piétiner le pouvoir provincial par l’autorité libérale fédérale qui, semble-t-il, sait tout ce qui est bon pour les provinces. Finançons correctement les provinces et les provinces sauront ce qui est important à faire correctement», a déclaré M. Deltell.

M. Singh a rejeté ces enjeux de compétences, qu’il juge futiles dans la situation actuelle.

«Si quelqu’un peut regarder dans les yeux de quelqu’un qui a perdu sa mère ou son père à cause des conditions horribles dans les centres de soins de longue durée... ces familles ne veulent pas entendre des excuses de juridictions», a-t-il dit.

«Oui, je reconnais et je respecte les compétences, mais plus que ça, je respecte la volonté des gens qui veulent voir que leurs proches ont accès aux soins nécessaires», a ajouté M. Singh.

Les trois élus des verts vont aussi continuer de réfléchir à leur vote au sujet du discours du Trône.

«Notre réaction initiale, c’est que nous étions ravis par plusieurs choses que nous avons vues (...) et je dois dire que j’ai tempéré mon enthousiasme parce que nous les avons déjà vues auparavant», a dit la chef parlementaire Elizabeth May, citant en exemple l’eau potable promise dans les communautés autochtones.