Le diocèse de Québec souhaite regrouper d'ici 2020 les quelque 200 paroisses de son territoire dans 28 «communions de communautés».

Diocèse de Québec: les paroisses sacrifiées pour survivre

Le diocèse de Québec est en train de vivre une profonde transformation à la fois pastorale, territoriale et administrative. D'ici 2020, les quelque 200 paroisses de son territoire vont être regroupées en une trentaine de «communions de communautés».
L'évêque auxiliaire de Québec, Mgr Gaétan Proulx, et la coordonnatrice du service de la pastorale, Marie Chrétien, ont présenté au Soleil cette semaine les grandes lignes des réaménagements pastoraux de la région. Le diocèse de Québec fait le pari qu'en unissant ses communautés en un nombre restreint de paroisses, sa mission d'évangélisation sera renforcée. Dans les faits, la précarité financière, la diminution du nombre de fidèles, la rareté des bénévoles et le manque de personnel mandaté sont autant de préoccupations qui forcent l'Église à revoirsa structure.
Cette réorganisation du réseau est le fruit d'une importante réflexion consultative entamée en septembre 2011. «On ne peut plus s'isoler, on ne peut plus vivre seul, de dire Mgr Proulx. On a besoin de se regrouper pour assurer la poursuite de la mission.» Bref, on comprend par ces propos que les changements s'avèrent nécessaires à la survie de l'Église catholique.
Le projet vise à créer 28 «communions de communautés» regroupant chacune de 2 à 15 paroisses. Une 29e entité, formée des communautés Notre-Dame-de-la-Garde et Notre-Dame-de-Québec, pourrait bénéficier d'un statut particulier, considérant que cette dernière inclut la cathédrale de Québec.
Idéalement, chaque communion de communautés devrait tendre à ne former qu'une seule et grande paroisse gérée par une unique fabrique. Par exemple, le scénario prévoit la fusion des communautés Saint-Sacrement, Saint-Charles-Garnier, Saint-Michel-de-Sillery et Saint-Thomas-D'Aquin. Du côté de la Rive-Sud, les neuf paroisses de la ville de Lévis devraient devenir un nouvel ensemble aux frontières élargies.
Dans les cas où le nombre de communautés appelées à fusionner est très élevé (plus de 10), on envisage la possibilité de constituer deux ou trois paroisses confiées à un curé et à son équipe pastorale. Des particularités géographiques, comme dans le cas d'une île, d'une rivière ou d'une chaîne de montagnes, pourraient aussi entrer en ligne de compte. «Ça va être aux milieux de nous dire ce qui est préférable, mentionne Mme Chrétien. Mais une chose est sûre, c'est que le statu quo n'est plus possible. On ne peut plus rester à 200 fabriques», indique-t-elle, précisant que la structure administrative est actuellement trop lourde.
Inquiétudes sur le terrain
Le diocèse se donne un horizon de huit ans pour atteindre son objectif, conscient que ces changements pourraient déranger les coutumes du passé, tant chez les fidèles que chez les prêtres et les proches collaborateurs de l'Église. Les différentes communautés paroissiales ne sont effectivement pas habituées à travailler ensemble, et on sent beaucoup d'inquiétude sur le terrain, admettent les deux interlocuteurs au Soleil.
Une des conséquences directes des réaménagements pastoraux est qu'un certain nombre d'églises pourraient être sacrifiées. Bien qu'aucun objectif n'ait été déterminé, on assure qu'il n'est pas question de ne garder qu'un seul lieu de culte par territoire. «Le but n'est pas de fermer des églises, affirme Mgr Proulx. Ça va être aux milieux de le déterminer. Ça ne viendra pas de nous autres, ça va venir des milieux», garantit l'évêque.
Cette transformation de l'Église catholique est en discussion partout en province. «Que ce soit à Chicoutimi, Nicolet, Trois-Rivières, Montréal ou Rimouski, on ne parle que des réaménagements pastoraux», soutientMme Chrétien.
Un sentiment d'appartenance «éclaté»
Même si les frontières entre paroisses ne sont plus aussi significatives qu'auparavant, les réaménagements pastoraux font certainement «éclater le sentiment d'appartenance» de plusieurs fidèles attachés à leur milieu.
Selon Marc Pelchat, doyen par intérim de la Faculté de théologie et des sciences religieuses de l'Université Laval, les limites territoriales des différentes communautés chrétiennes ne valent plus grand-chose aujourd'hui, puisque les gens sont beaucoup plus mobiles qu'autrefois.
Avant, les citoyens fréquentaient l'église qui se trouvait dans leur paroisse parce tout se faisait dans un environnement restreint, alors qu'aujourd'hui, les gens bougent de quartier en quartier pour le travail, la vie sociale, les activités sportives, etc. De même, ils peuvent habiter une paroisse et pratiquer leur foi dans une autre simplement «parce que la liturgie leur plaît ou l'heure des célébrations convient davantage à leur mode de vie».
Par exemple, cite M. Pelchat, «la frontière entre les paroisses Saint-Félix et Saint-Benoît n'existe plus vraiment. Les gens ne savent même pas où ça s'arrête et où ça commence, puis ils choisissent la paroisse qui leur convient le mieux».
Il faut toutefois reconnaître que le sentiment d'appartenance existe toujours chez de nombreux pratiquants. «Il y a des gens qui demeurent attachés à leur paroisse et à leur milieu, affirme le théologien. Cela peut être lié à une histoire qui remonte les générations, un ancêtre qui a apporté une contribution particulière à la communauté.»
Selon ses observations - le professeur est aussi prêtre à Cap-Rouge -, certains paroissiens se sentent «bousculés» par les changements imposés par le diocèse étant donné qu'on leur demande de travailler et de partager des services avec d'autres communautés. Or, de façon générale, M. Pelchat estime que l'Église n'avait pas le choix de remettre en question sa façon de propager la foi afin d'assurer sa pérennité.