Notre photographe Patrice Laroche lors de sa prise de vue

Comment notre photographe Patrice Laroche fabrique «D’hier à aujourd’hui»

Depuis près de 200 ans, la photographie témoigne de l’évolution de nos villes. Les archives de la Ville de Québec, notamment, regorgent de clichés relatant sa riche histoire. C’est de cette source, et de bien d’autres, que le coordonnateur des photographes du Soleil, Patrice Laroche, tire chaque semaine, depuis septembre 2014, une photo d’époque qu’il tente de reproduire le plus fidèlement possible. Pour sa 200e rubrique, nous l’avons suivi sur les traces «D’hier à aujourd’hui».

À chacune de ses parutions, la très populaire rubrique «D’hier à aujourd’hui» est l’occasion pour les lecteurs du Soleil de découvrir un nouveau pan de l’histoire de leur ville. Pour le photographe Patrice Laroche, l’exercice commence cependant toujours de la même façon : la sélection de la photographie d’époque.

«Pour choisir mes photos, je vais sur les sites Internet d’archives, les archives de la Ville de Québec, les archives nationales. Le Musée McCord à Montréal a, étonnamment, de belles photos de Québec. Je vais aussi sur une tonne de pages Facebook reliées à l’histoire, la nostalgie. Il y en a qui trouvent de belles photos et les publient sur Facebook et c’est une mine d’or», raconte-t-il.

Outre son esthétisme, plusieurs éléments seront pris en considération dans le choix d’une photo.

«Je privilégie les scènes de rues, mais il faut qu’il y ait un édifice-repère. Si c’est une scène out of nowhere, sans repère, ou un building qui n’existe plus en 2018, c’est moins intéressant. À moins d’être vraiment sûr que ça se trouvait là.

«J’essaie aussi de me coller aux saisons. En hiver, je cherche des photos d’hiver. Seule exception, c’est l’été. Depuis 75 ans, il y a beaucoup d’arbres qui ont poussé, à Québec! Alors des fois, j’essaie de faire la photo à l’automne pour qu’on voit à travers les arbres», raconte le spécialiste de l’image, qui pousse le souci du détail jusqu’à déterminer le temps de la journée et la position du soleil afin de recréer les mêmes ombres au sol et sur les édifices.

Photo de la semaine

Cette semaine, son choix s’est arrêté sur une photo de l’usine de la Dominion Corset — aujourd’hui l’École des arts visuels de l’Université Laval —, située sur le boulevard Charest. La photo de source inconnue date de 1978 et est tirée d’Internet.

«Le plus difficile aujourd’hui, c’était de retrouver le point de vue du photographe de l’époque. Est-ce qu’il était sur le même édifice que moi? Est-ce qu’il était sur des échafauds qui étaient devant cet édifice-là? Est-ce qu’il y avait un autre étage à cet édifice-là à l’époque? C’est dur à évaluer. Mais en dedans de 50 pieds carrés, on est en mesure de déterminer où était le photographe de l’époque», affirme Patrice Laroche, que la rubrique a notamment amené sur le toit de l’hôtel Delta et au sommet de la structure du Pont Pierre-Laporte.

Une fois de retour à la rédaction, il ne reste plus qu’à recadrer la photo pour qu’elle s’approche le plus possible de l’originale.

«Je ne fais pratiquement pas de retouche. Seulement un peu de correction des angles des parallaxes. C’est-à-dire que les objectifs d’aujourd’hui, ce ne sont pas les mêmes objectifs que sur les appareils photos d’hier. Il y a des édifices qui penchent plus que d’autres parce qu’on est en grand angle. Alors des fois, je corrige un peu pour que ce soit plus proche de la vérité», explique-t-il.

Occasionnellement, il arrive à notre photographe d’abandonner un projet parce que le temps ayant fait son œuvre, les lieux sont devenus inaccessibles.

«Des fois, j’abandonne à cause de la végétation, parce qu’on ne voit vraiment plus rien. Techniquement, il y a des édifices qui, en 1920, étaient là et qui ne sont plus là aujourd’hui. Il faudrait que je loue un charriot-élévateur pour me lever de 35 ou 30 pieds dans les airs et c’est impossible, alors je préfère abandonner que de faire la photo d’un angle qui n’est pas vraiment celui d’antan.»

Lorsqu’il fait mouche, rien ne le satisfait toutefois autant que d’entendre les réactions de lecteurs friands d’histoire ou simplement nostalgiques.

«Souvent, ils me disent que ça leur rappelle des souvenirs de leur enfance. C’est ça, le but recherché. Il y a une femme qui m’a déjà écrit qu’elle avait vu le garage de son grand-père dans l'une des photos de la Ville de Québec. Elle était émue de cela. C’est pour ça qu’on fait ça.»