Mia Homsy, directrice générale de l’Institut du Québec, est d’avis que le Québec doit se préparer de façon «urgente» pour contrer la pénurie d’enseignants au primaire et au secondaire.

Devenir prof en un an

Le Québec devrait permettre à ceux qui possèdent déjà un baccalauréat de décrocher leur brevet d’enseignant en l’espace d’un an, question d’être prêt à répondre à la vague d’élèves qui franchira bientôt les portes des écoles secondaires.

C’est ce que propose l’Institut du Québec (IDQ) dans une étude publiée mercredi. «Quelqu’un qui a un bacc. en mathématiques ne devrait pas avoir à se claquer un bacc. de quatre ans en enseignement», lance Mia Homsy, directrice générale de l’IDQ.

Alors que la pénurie d’enseignants est plus criante à l’heure actuelle au primaire, Mme Homsy est d’avis que le Québec doit se préparer de façon «urgente» à ce que ces enfants remplissent les écoles secondaires. «On pense que ça inciterait plus de candidats à faire le saut. C’était comme ça avant au Québec et c’est comme ça dans tous les systèmes éducatifs qui ont de bons résultats. Ça donne des enseignants qui sont passionnés par leur matière.»

Dans l’étude intitulée Qualité de l’enseignement et pénurie d’enseignants : L’État doit miser sur l’essentiel, l’IDQ recommande d’offrir dès maintenant une maîtrise qualifiante de 12 mois à temps plein, stages inclus, pour les diplômés universitaires issus d’autres programmes, comme l’histoire, la géographie, l’anglais ou toute autre matière enseignée au secondaire. Ces derniers décrocheraient ensuite leur brevet pour enseigner, au secondaire seulement.

L’IDQ a analysé les approches de quatre systèmes d’éducation performants, soit Singapour, la Finlande, les Pays-Bas et l’Ontario. «Il n’y a pas de formule magique qui permet de dire : “Voici comment avoir les meilleurs profs au monde.” Mais dans tous ces systèmes, il y a une voie de formation courte en pédagogie qui existe pour ceux qui ont un bacc. disciplinaire», indique Mme Homsy.

En plus d’offrir cette voie, le Québec devrait s’assurer que les nouveaux enseignants soient encadrés systématiquement durant leurs deux premières années de pratique et que la formation continue des enseignants soit suivie de façon plus étroite par la suite.

De meilleurs salaires?

Si le gouvernement envisage d’offrir de meilleurs salaires aux enseignants qui débutent pour les attirer dans la profession, l’IDQ ne croit pas qu’il s’agit d’un facteur déterminant. «Ça peut être une bonne idée parce qu’on est en pénurie, mais disons qu’au Québec, on est déjà dans la moyenne côté salaires», indique Mme Homsy. Les enseignants au primaire et au secondaire gagnent entre 44 235 $ et 82 585 $ par année, ce qui est moins qu’en Ontario, mais qui reste dans la moyenne des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

L’IDQ ne préconise pas la création d’un ordre professionnel des enseignants, mais croit que le Québec doit s’assurer qu’une entité surveille la qualité de l’enseignement. «À l’heure actuelle, c’est éparpillé, c’est diffus. Le ministère de l’Éducation et les commissions scolaires se renvoient la balle», déplore Mme Homsy.

L’IDQ fait valoir que l’enseignement est le facteur le plus important pour lutter contre le décrochage scolaire. «C’est pas une belle école, c’est pas un tableau blanc interactif et c’est pas le ratio d’élèves. C’est vraiment la qualité de l’enseignement.»

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge travaille à l’heure actuelle sur plusieurs mesures pour pallier à la pénurie d’enseignants dans les écoles. Des tolérances d’engagement sont octroyées à des personnes qui veulent enseigner, mais qui n’ont pas encore obtenu leur brevet. Les éducatrices à l’enfance pourront enseigner à la maternelle si elles suivent en même temps des cours du baccalauréat en enseignement.

Il manquait un peu plus de 300 enseignants pour la rentrée scolaire cette année, surtout dans la région de Montréal. Mme Homsy déplore le manque de chiffres sur lesquels s’appuyer et le fait que le ministère de l’Éducation ne soit pas en mesure de prévoir combien d’enseignants il manquera l’an prochain, à l’échelle du Québec.