La Résidence Saint-Joseph de Maria, en Gaspésie
La Résidence Saint-Joseph de Maria, en Gaspésie

Deux décès s’ajoutent au bilan de COVID-19 en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
MARIA – La Direction de la santé publique de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine rapporte deux décès de plus sur son territoire. Les deux victimes de la COVID-19 sont de gens qui vivaient à la Résidence Saint-Joseph de Maria. Ils s’ajoutent aux deux décès annoncés le 25 septembre, également survenus à des résidents du même établissements.

Toutefois, Pier-Luc Bujold, porte-parole du Syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l’Est du Québec, précise que ce sont sept décès, dont cinq nouveaux, qui sont portés à la fiche de la Résidence Saint-Joseph en deuxième vague de pandémie, si on tient compte du bilan réalisé à 6h mercredi, au lieu de celui de 16h mardi.

Il affirme que le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Gaspésie (CISSS) a perdu le contrôle dans la gestion de la seconde vague à la Résidence Saint-Joseph, un CHSLD public. Le personnel n’a jamais pu reprendre son souffle après la vague printanière de coronavirus et les services sont gérés sans lendemain, dit-il.

«Depuis le printemps, il y a un essoufflement du personnel. L’été a été difficile. La deuxième vague n’a pas été bien préparée par le CISSS. Les unités n’étaient pas prêtes. Il manquait du matériel. Ça a pris 72 heures avant de s’ajuster (à la deuxième vague). Des poches de linge contaminé, des sacs d’ordures jonchaient le sol (…) Des employés immunosupprimés ont même été forcés de travailler et ont contracté la COVID-19.», assure Pier-Luc Bujold.

La pandémie a grandement épargné la Gaspésie pendant trois mois, de la mi-juin à la mi-septembre, mais l’été entraîne une surcharge de travail générale dans le secteur de la santé, en raison de l’afflux de visiteurs, même s’ils ne se font pas soigner dans une résidence de personnes âgées, note M. Bujold.

«Il y avait déjà un important manque de personnel, tant à l’hôpital qu’au CHSLD. Le personnel faisait déjà beaucoup de temps supplémentaire, en plus des effets de la pandémie. Les gens n’ont pas réussi à reprendre leur souffle», souligne Pier-Luc Bujold.

Le réseau local de santé de la Baie-des-Chaleurs, qui comprend les MRC d’Avignon et de Bonaventure, affiche la plus forte incidence de COVID-19 au Québec par tranche de 100 000 habitants, essentiellement en raison de la flambée de cas dans Avignon. La situation est modérée dans la MRC de Bonaventure.

Depuis le 26 septembre, jour d’entrée en vigueur des quarts de travail de 12 heures au lieu de huit, trois membres du SIIIEQ, c’est-à-dire un employé de la Résidence Saint-Joseph et deux de l’hôpital de Maria, presque voisin, ont remis leur démission. Ces pertes s’ajoutent à un nombre indéterminé de retraites prématurées et de congés de maladie récents.

«Prendre soin des gens, c’est notre priorité, mais on doit avoir les moyens pour le faire adéquatement. L’épuisement et la détresse psychologique sont palpables chez les membres que nous représentons», précise M. Bujold.

L’application par le Centre intégré de santé et de services sociaux des arrêtés ministériels, qui imposent notamment du temps supplémentaire, sans considérer les impacts à court terme de ces mesures, font mal, dit M. Bujold, précisant que le CISSS avait été averti de la situation.

Le syndicat demande l’intervention de Québec

Pier-Luc Bujold demande conséquemment l’intervention du gouvernement québécois pour assigner des ressources humaines supplémentaires dans la Baie-des-Chaleurs, quitte à ajouter des mesures financières d’attraction.

«Montréal a bénéficié d’une aide d’autres régions lors de la première vague. Je ne vois pas pourquoi les gens d’ailleurs ne viendraient pas aider les gens de la Gaspésie (…) Il est clair que les gestionnaires sont dépassés par les événements», tranche M. Bujold.

«S’il y a d’autres départs, on peut envisager des ruptures de services. À l’hôpital, il y a eu des ruptures de services à l’urgence, en chirurgie, en maternité. L’élastique est étiré au maximum», conclut M. Bujold.

Détails sur la situation de mercredi

Les deux victimes de mercredi rapportées par la santé publique sont décédées à la Résidence Saint-Joseph et non à l’hôpital. Le coronavirus a maintenant provoqué la mort de 13 personnes dans la région depuis le début de la pandémie, et 16 si on ajoute la mise à jour du syndicat des infirmières. Mince consolation, sur le plan des nouveaux cas d’infection, le nombre est passé de 21 mardi à 10 mercredi, dont sept dans la MRC d'Avignon, où l’on recense 95 des 117 cas actifs en Gaspésie et aux Îles, ou 81,2 %.

Deux autres cas s'ajoutent à la fiche des Îles-de-la-Madeline et un à celle de la MRC de Bonaventure. Deux cas d'infection de plus s’ajoutent au bilan de la Résidence Saint-Joseph, touchant un résident et un employé, pour un total de 35 en cette deuxième vague de pandémie. L’autre éclosion importante, celle de la résidence privée Lady Maria, également située à Maria, ne connaît aucune hausse mercredi. L’éclosion actuelle y touche 22 résidents et moins de cinq membres du personnel.

Il y a une hospitalisation de plus depuis mardi, la première en 10 jours, vraisemblablement une personne transportée à Rimouski. Sept guérisons de plus sont rapportées, pour un total de 239 depuis mars. Les 10 nouveaux cas d’infection portent le total de la Gaspésie et des Îles à 369 depuis le début de la pandémie.