Le premier ministre François Legault et le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale Jean Boulet s'apprêtent à s'adresser aux Québécois, jeudi.

Deux autres décès et bientôt beaucoup de pauvres

Toujours plus de cas, deux morts de plus et bientôt beaucoup plus de pauvres. Isolés par la crise du coronavirus, plusieurs Québécois s’apprêtent à affronter un autre ennemi invisible et silencieux, la misère économique.

«Il faut s’attendre à ce qu’il y ait plus de gens dans les banques alimentaires. Je veux dire aux Québécois : il ne faut pas être gêné d’aller dans une banque alimentaire. Ce n’est pas votre faute si vous avez perdu votre emploi dans les derniers jours, dans les dernières semaines! Donc, il n’y a pas de gêne à aller dans les banques alimentaires. On va s’assurer qu’il y ait assez d’argent pour acheter toute la nourriture qui est nécessaire.»

C’était le principal message lancé jeudi par le premier ministre du Québec, François Legault, lors de son point de presse journalier de 13 h. Qu’il a encore tenu aux côtés de son fidèle directeur national de la Santé publique, le Dr Horacio Arruda, et cette fois avec le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

Précisons que 1629 personnes sont officiellement atteintes de la COVID-19 au Québec. On déplore maintenant huit décès, deux de plus que la veille, toutes des personnes âgées.

La hausse de 290 cas en 24 heures suit le ralentissement des quatre derniers jours, après des bonds de 409 nouveaux cas avérés lundi, 385 mardi et 326 mercredi. En quatre jours, entre autres à cause de nouveaux critères de tests et une importante augmentation du nombre de tests, le nombre de cas québécois a quand même été multiplié par 7,4.

Le nombre d’hospitalisations pour la COVID-19 a franchi le cap de la centaine, avec 106. De ces malades, 43 sont traités aux soins intensifs.

Deuxième personne guérie

Une statistique est par contre passée inaperçue. La Direction de santé publique du Québec considère qu’une deuxième personne est officiellement guérie de la maladie à coronavirus. Le premier rétablissement complet officiel date de la semaine passée.

Il faut dire que pour être considéré comme officiellement remis, l’individu doit subir deux tests de dépistage à un certain intervalle et qui doivent bien sûr se révéler négatifs tous les deux.

Possible que le déploiement de ce protocole un peu long n’obtienne pas beaucoup d’attention des services de santé en ce moment.

La soupe avant les bottes

L’aide d’urgence promis par le gouvernement fédéral, à raison de 2000 $ par mois pendant quatre mois, n’atterrira pas dans les poches des citoyens avant le 6 avril, donc au moins encore une dizaine de jours.

D’ici là, d’aucuns auront besoin de l’aide de dernier recours offert par des organismes comme les banques alimentaires.

Ces organismes profitent en temps normal des têtes et des bras de nombreux bénévoles retraités, souvent âgés de 70 ans et plus. Ceux-ci sont maintenant confinés à la maison. Et les besoins s’annoncent beaucoup plus importants dans les prochains jours.

«S’il vous plaît, tous les Québécois qui n’ont pas de symptômes, qui ont moins de 70 ans, qui ont du temps de disponible, qui n’ont pas de jeunes enfants ou, peu importe, qui ont perdu leur travail, s’il vous plaît, allez faire du bénévolat. C’est important», a imploré le premier ministre Legault.

Le site Internet jebenevole.ca sert à réunir les volontaires et les organismes en demande.

Certains y voient un manque de logique. Demander aux gens de sortir faire du bénévolat, alors qu’on vient de les confiner à la maison, allant jusqu’à fermer des entreprises pour s’en assurer.

«C’est normal que d’un côté, on dit : “S’il vous plaît, n’allez pas travailler à vendre des bottes ou des manteaux. Mais aller, s’il vous plaît, travailler comme bénévoles pour aider les personnes qui ne sont plus capables de se nourrir, parce qu’ils n’ont pas d’argent pour payer leur nourriture.” Je ne vois aucune contradiction, au contraire», tranche M. Legault.

Qui souligne aussi les importants besoins de livreurs dans les épiceries, tout en rappelant que cette aide doit être apportée sans jamais perdre de vue les consignes d’hygiène et de distanciation.

Bas, les masques!

M. Legault répète, depuis plusieurs jours, qu’«il n’est pas question de faire quelque compromis que ce soit sur les précautions à prendre pour protéger le personnel de la santé». 

«Mais tous les pays dans le monde, actuellement, surveillent l’utilisation des fameux masques parce qu’il y a des inquiétudes partout que si la montée se poursuit au cours des prochaines semaines, on va être serrés dans les masques.

«On travaille très fort avec le gouvernement fédéral, avec des fournisseurs un peu de partout dans le monde, mais il faut une utilisation judicieuse des masques. D’un côté, on veut protéger, mais utiliser des masques quand ce n’est pas nécessaire, ça n’aide pas personne», a-t-il prévenu, pour répondre aux inquiétudes que des travailleurs de la santé expriment à travers les médias.

Le Dr Arruda parle d’une utilisation de l’équipement «selon le niveau de risque et le travail qui va être fait. C’est sûr que dans un hôpital, les unités particulières où il va y avoir du COVID-19 vont peut-être avoir un matériel qui va être différent d’une unité qui n’est pas infectée».

Jusqu’ici, 46 travailleurs du milieu de la santé ont le coronavirus, mais peuvent l’avoir attrapé en voyage ou lors de contacts en dehors de leur milieu de travail.

Retour en «classe» lundi

Malgré des pétitions en ligne qui réunissaient respectivement 105 000 et 68 000 signatures, jeudi après-midi, pas question pour le premier ministre ni de couper court à la session des cégeps et des universités, ni d’obliger Hydro-Québec à fournir l’électricité gratuitement aux Québécois le temps de la crise.

«Ce qu’on souhaite, c’est qu’on soit capable de donner des cours en ligne pour que les gens soient capables d’obtenir leur diplôme pour la session, qui était très avancée. N’oublions pas que dans les cégeps puis les universités, ça finit avant les écoles primaires, secondaires, avril ou mai.

«Donc, il y avait une partie qui doit être complétée par des cours en ligne. On espère d’être capables de le faire pas mal partout. Il y a des universités qui le font déjà, il y a des universités qui vont commencer à le faire, même chose du côté des cégeps», a-t-il indiqué.

Les activités en ligne dans les cégeps et les universités devraient donc reprendre au plus tard lundi.

L’Université du Québec à Montréal (UQAM), par exemple, permet aux étudiants d’abandonner leurs cours d’ici au 26 avril, dernière journée de la session, sans mention d’échec. Aucun remboursement n'est toutefois prévu.

La pétition demande de mettre fin à la session tout en allouant les crédits aux étudiants, sans attribuer de note finale.

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