Les 285 emplois créés par LM Wind Power à Gaspé depuis août 2016 ont accentué le manque de disponibilité de logement.

Des terrains vendus à 1$ pour contrer la pénurie de logement à Gaspé

GASPÉ – La Ville de Gaspé vendra 10 terrains à un prix de base d’un dollar par terrain afin de stimuler la construction de logements locatifs et de réduire les effets de la pénurie d’habitations qui limite l’établissement de nouveaux citoyens depuis trois ans.

Ces terrains sont situés non loin de l’aéroport. Ils sont unitairement évalués à un intervalle de 36 500 à 45 000 $. L’administration municipale évaluera les propositions en fonction de trois critères, le nombre d’unités par terrain, la rapidité d’exécution des constructions et le prix pour les terrains, prix qui peuvent être bonifiés par les promoteurs.

«Toutes les semaines, on a des travailleurs et des familles qui s’en retournent parce qu’ils et elles ne trouvent pas de logement. C’est un énorme frein au développement démographique et économique de la ville», précise le maire Daniel Côté.

Le taux de vacance du Grand Gaspé s’établit à 1,2 %, alors que la Société canadienne d’hypothèque et de logement juge qu’un taux de 3 à 4 % est équilibré.

«C’est 1,2 % dans le Grand Gaspé, si on compte les arrondissements les plus éloignés, comme l’Anse-à-Valleau, à 40 minutes du centre-ville, mais au centre-ville, le taux de vacance est de zéro», précise M. Côté.

Gaspé vit une embellie économique depuis 2016. Le fabricant de pales éoliennes LM Wind Power a doublé sa capacité de production entre l’été 2016 et l’hiver 2017, ajoutant 285 emplois aux 200 qu’il comptait déjà.

Deux chantiers navals spécialisés dans la construction de bateaux de pêche, Entreprises maritimes Bouchard et Atelier de soudure Gilles Aspirault, ont vu le jour depuis l’automne 2017. L’autre entreprise œuvrant dans ce secteur, le Chantier naval Forillon, vire à plein régime depuis 2015. Ces trois firmes embauchent près de 125 personnes et cherchent constamment de la main-d’œuvre.

Daniel Côté assure que la vente de terrains pour une somme nominale ou inférieure à l’évaluation municipale vaut la peine, et que les revenus de taxes seront vites regagnés.

«Ça va dépendre de la mise de base des entrepreneurs que nous choisirons, mais ce sera remboursé entre trois et cinq ans », dit-il en faisant référence à la valeur foncière des nouveaux immeubles à logement. Le zonage de la rue de l’Envol, secteur où ils sont destinés, ne peut accueillir plus grand que des triplex en raison de la capacité des fosses septiques.

Intérêt senti

Avant de lancer cette vente de terrains, la Ville de Gaspé a sondé trois promoteurs immobiliers. «Tous ont démontré de l’intérêt», signale le maire, convaincu qu’un coup de sonde plus large aurait aussi mené à une plus grande expression d’intérêt.

Le projet pourrait donc déboucher sur l’aménagement de 30 nouvelles unités de logement dans la ville de 15 000 habitants. Combien faudrait-il de logements de plus pour solutionner la pénurie?

«On n’a pas d’étude exhaustive, mais il y a probablement de la demande pour 100 unités. En 2008-2009, il s’était bâti 100 nouvelles unités dans Gaspé, notamment en raison de l’adoption d’un projet de loi privé par le gouvernement pour permettre à la Ville de verser des incitatifs directs au lieu de vendre des terrains à rabais. Le projet de loi privé avait donné un résultat fort concluant. Le boom économique est plus fort maintenant qu’en 2008. Une nouvelle centaine de logements viendrait régler la pénurie» analyse M. Côté.

La Ville de Gaspé a d’ailleurs tenté de faire adopter un projet de loi privé visant à lui permettre de verser des incitatifs aux promoteurs de nouveaux logements ce printemps, mais le menu législatif à l’Assemblée nationale était trop dense pour que cette requête fasse son chemin.

«C’est reporté à l’automne et nous reviendrons à la charge, c’est certain (…) C’est d’ailleurs ce report qui a incité le conseil municipal à bouger. On aurait pu se mettre en mode attente, mais la pénurie sévit avec trop d’acuité», conclut Daniel Côté.

Les promoteurs disposent d’un mois pour répondre à l’appel d’offres de Gaspé. Un promoteur peut viser plus d’un terrain; il peut même les viser tous.