Maryse Côté-Lambert profite des stratégies adoptées par le Cégep de Sherbrooke pour faciliter l'utilisation du vélo comme moyen de transport.

Des salariés français payés... pour rouler à vélo

La France prend les grands moyens pour convaincre des travailleurs de se rendre au boulot à vélo. Depuis quelques semaines, 10 000 employés de l'Hexagone ont droit à une prime sur leur paie pour chaque kilomètre pédalé. Un concept intéressant pour Québec, soutient un des responsables du projet pilote.
Le boni et les primes au travail prennent une tout autre forme ces temps-ci en France. Pas besoin de dépasser les objectifs de rendement ou d'épater les patrons pour avoir droit au boni; il suffit d'accepter de délaisser l'auto et d'arriver à vélo au bureau.
Cette nouvelle approche d'indemnité kilométrique pour le transport actif touche 10 000 employés d'entreprise dans un projet pilote national.
Le coût pour l'État français? Pas un sou... pour l'instant. Toutes les sommes sont déboursées à l'heure actuelle par les 19 employeurs participant au programme.
La procédure est simple. Un employé doit signer un contrat d'honneur, dans lequel il s'engage à laisser sa voiture au garage et à donner priorité autant que possible à son vélo pour ses allers-retours quotidiens. Un compteur est installé sur le vélo pour enregistrer les déplacements. Pour chaque kilomètre parcouru à vélo en allant ou en revenant du travail, un salarié a droit à 25 centimes (36 sous).
Payant? Oui. Et autant pour l'employé que pour l'employeur, jure Matthieu Faye, responsable du projet au sein de la Sotranasa, une entreprise de 250 employés à Perpignan, dans le sud de la France. «Avant le début du projet pilote, nous avions seulement deux employés qui venaient travailler à vélo. Aujourd'hui, ils sont 10!» lance Matthieu Faye, joint en France par Le Soleil.
Les cyclistes nouvellement convertis reçoivent en moyenne 60 euros (87 $CAN) de boni tous les mois en contrepartie d'un déplacement actif. Pour l'heure, l'État français ne subventionne pas les entreprises participant à l'initiative - ce qui pourrait changer advenant des résultats concluants du projet pilote.
Mais les corporations finissent par y trouver leur compte, assure Matthieu Faye. «On remarque une baisse des arrêts maladie quand les travailleurs utilisent leurs vélos», fait-il valoir. «La productivité est également à la hausse. Les employés sont moins stressés, et il y a aussi une meilleure cohésion et communication avec les employés venant à vélo.»
Le cas de Perpignan est intéressant, car la ville n'a rien d'un paradis pour les cyclistes, plaide Matthieu Faye. Le climat complique la pratique à l'année du vélo dans l'agglomération de plus de 300 000 habitants, et le réseau cyclable est déficient. «Nous avons accumulé un retard dans nos infrastructures pour les vélos», indique-t-il.
«Un retard» à Québec
De là à comparer Perpignan à Québec, il n'y a qu'une courte distance que Mathieu Faye n'hésite pas à pédaler. Il connaît d'ailleurs fort bien la capitale québécoise, son père résidant à Québec. Il était de passage sous les remparts il y a quelques semaines, où il a pris connaissance du réseau cyclable. «On voit vraiment à Québec qu'il y a un retard dans les infrastructures cyclables, notamment par rapport à Montréal», souligne-t-il.
Québec aurait tout à gagner selon lui à tenter de convertir des automobilistes en cyclistes en agitant la promesse de quelques dollars pour mieux arrondir les fins de mois. «Quand les entreprises donnent un incitatif financier aux employés, ça augmente le nombre de cyclistes. Et plus il y a de vélos dans une ville, plus c'est sécuritaire d'y rouler», mentionne-t-il.
Au final, une masse critique de travailleurs à vélo entraînera inévitablement la construction de nouvelles infrastructures cyclables à Québec, conclut Matthieu Faye.