Lucie Nadeau et Pénélope Lachapelle, des pizzérias Nina, calculent que, compte tenu de la taille de leurs salles à manger, les règles sanitaires rendent le seuil de rentabilité impossible à atteindre.
Lucie Nadeau et Pénélope Lachapelle, des pizzérias Nina, calculent que, compte tenu de la taille de leurs salles à manger, les règles sanitaires rendent le seuil de rentabilité impossible à atteindre.

Des restos trop petits pour rouvrir

Pénélope Lachapelle a sorti son ruban à mesurer et le verdict est tombé presque aussitôt : les deux Nina, pizza napolitaine, ne pourront pas rouvrir leur salle à manger en respectant le deux mètres de distance entre les clients de maisonnées différentes.

«Pour nous, ce serait un peu ridicule le nombre de places qu’on pourrait avoir réellement», dit Mme Lachapelle, copropriétaire des deux succursales de Nina pizza, sur la rue Saint-Anselme, dans Saint-Roch, et sur la rue Saint-Jean, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. [...] «C’est trop petit pour qu’on puisse aménager pour que ce soit intéressant». 

Cette semaine, bon nombre de restaurants ont recommencé à accueillir des clients dans leur salle à manger avec le feu vert de la Santé publique. Mais pour de nombreux restaurants de plus petite superficie comme le Nina Pizza, la distanciation sécuritaire reste encore trop importante pour rouvrir les salles à manger. 

À l’échelle nationale, les petits restaurants semblent en effet désavantagés en ce moment, constate François Meunier, vice-président aux affaires publiques de l’Association Restauration Québec (ARQ). «Plus vous êtes petits, plus de composer avec une réduction de capacité reste un défi immense», dit-il. 

Au Canada, la majorité des membres de l’association Restaurants Canada ont rouvert leur salle à manger avec le déconfinement graduel des provinces, indique David Lefebvre, vice-président, affaires fédérales et Québec, de l’association. Mais plusieurs petits restaurants ont effectivement dû garder leurs salles à manger fermées en raison du deux mètres de distance et de la limite de capacité fixée à 50 % dans certaines provinces. «C’est une question mathématique», dit M. Lefebvre, qui cite des enjeux de rentabilité, mais aussi de logistique. 

À Québec, la taverne japonaise Hono Izakaya, sur la rue Saint-Joseph, dispose d’environ 1000 pieds carrés et de 48 places assises. En respectant les limites actuelles, le restaurant pourrait offrir deux services et accueillir environ 12 personnes à la fois, «ce qui n’est pas du tout rentable», explique Julien Vézina, copropriétaire du restaurant. «Nous, habituellement, le restaurant est à pleine capacité durant trois services». 


« Pour nous, ce serait un peu ridicule le nombre de places qu’on pourrait avoir réellement »
Pénélope Lachapelle

Les coûts de la main-d’œuvre et des aliments seraient trop élevés pour atteindre le seuil de rentabilité dans la salle à manger, note M. Vézina. Et c’est sans compter les dépenses pour les plexiglas, les masques, les visières et les litres de Purell qui grugent aussi la rentabilité, remarquent plusieurs restaurateurs. 

Les petits restaurants, qui misent sur la proximité et la convivialité, craignent aussi que l’ambiance soit trop dénaturée avec le deux mètres de distance. «Si on voulait maximiser l’espace et qu’on y va avec des barrières physiques, l’expérience serait gâchée. On ne se mettra pas à installer des plexiglas entre chaque table», dit Pier-Luc Germain, copropriétaire de la Buvette Scott et du bistro Sardines, qui estime que ses salles à manger pourraient rouvrir à 20 % de leur capacité avec les règles actuelles. 

Exception

Il y a toutefois un peu plus de latitude pour le Sardines. Exceptionnellement, le bistro de la rue Saint-Jean pourra mettre des tables sur une partie du trottoir de la rue Saint-Jean, ce qui permettra au resto d’ouvrir les jeudi et vendredi en axant le service sur la terrasse, indique M. Germain. 

Sardines se transformera aussi en petit marché extérieur les samedis et dimanches en proposant une sélection de produits frais et des conserves, charcuteries, pain au levain, vin, bière et cidre. Il sera possible de prendre un verre et de manger une bouchée sur place avec l’ajout des tables sur le trottoir.

Chez Hono Izakaya, les propriétaires ont fait une demande de permis à la Ville de Québec pour pouvoir offrir des places assises sur une terrasse — sans service —, pour les clients qui prennent des plats à emporter. 

Pour les prochaines semaines, les quatre restaurants maintiennent leurs services de take-out et espèrent un assouplissement de la distanciation sécuritaire si possible. 

À un mètre de distance, la salle à manger pourrait devenir viable, songe Julien Vézina, du Hono Izakaya. «On va juste être patient et attendre le bon moment.»