Barcelone est secouée depuis plusieurs jours par des affrontements parfois violents entre militants indépendantistes et forces de l’ordre.

Des Québécoises en Catalogne témoignent du chaos ambiant [VIDÉO]

Depuis la condamnation des dirigeants séparatistes catalans le 14 octobre dernier, des manifestations brassent beaucoup l’Espagne : un véritable combat entre les militants indépendantistes et les forces de l’ordre. Le Soleil a parlé avec deux Québécoises qui séjournent à Barcelone.

D’abord, plusieurs étudiants de l’Université Laval se trouvent au pays pour une session à l’étranger. C’est le cas de Virginie Lavoie, qui fréquente depuis septembre la Toulouse Business School, sur le campus de Barcelone. 

«La ville est tellement grosse que c’est facile de s’éloigner. Mais tu peux te promener et tout va bien... puis tu tournes un coin de rue et tu te retrouves face à face avec des policiers en armure. C’est complètement fou et ce n’est pas plaisant, mais on ne s’est pas sentis en danger, la violence n’est pas dirigée vers nous, c’est vraiment entre les Catalans et la police», exprime-t-elle, jointe par téléphone.

L’Université Laval avait fait parvenir un message d’avertissement à ses étudiants jeudi dernier, un avis de sécurité du gouvernement du Canada en regard de la situation politique en Catalogne avait été émis. Dans le courriel, il y avait plusieurs informations importantes à savoir, des conseils et plusieurs numéros d’urgence où appeler en cas de problème.

Virginie s’est tenue loin des manifestations la semaine dernière, mais ce n’était pas toujours tâche facile.

«Mon université est française, il y a des jours où ils n’avaient pas fermé l’école. Je suis sortie d’un cours vers 21h et il y avait des milliers de personnes qui mettaient le feu partout, même aux autos.»

Alors que la journée de vendredi approchait, elle savait que plus de 500 000 militants étaient attendus dans les rues de Barcelone. Il était annoncé que les événements risquaient de prendre une tournure démesurée.

«Certains comparaient ça à la purge. C’était la panique totale. Les rues étaient vides, tout le monde était au même endroit. On sentait la tension dans l’air. Les gens marchaient pour aller briser des choses. On voit vraiment que les peuples catalans sont fâchés. Ce n’est pas de mes affaires la situation politique, je ne veux pas prendre position parce que ce n’est pas mon pays, mais c’est dur de rester indifférente», exprime-t-elle.

Avant la grève générale du 18 octobre, vendredi dernier, Virginie avait réussi à s’envoler pour l’Irlande, question de se tenir loin des affrontements qui ont finalement blessé plusieurs personnes.

«Je suis contente d’être en Irlande pour quelques jours. Je ne me suis pas sauvée parce que j’avais peur, c’est surtout pour vivre une expérience plus agréable et éviter le chaos de la ville».

Elizabeth Morency (Université Laval), William Cariou (Université Laval), Sophia Vinogradova (Université d’Ottawa) et Virginie Lavoie (Université Laval)

Brutalité qui choque

Kathleen Keller est une ancienne athlète du Rouge et Or qui demeure à Barcelone depuis un moment. Elle y travaille comme traductrice et joue dans l’équipe de rugby Inef-L’Hospitalet.

«L’an dernier, j’avais passé quelques semaines ici et je trouvais que les Catalans étaient un peuple avec une identité forte, ça me faisait beaucoup penser aux Québécois. Je n’avais pas compris l’ampleur de la situation avant cette semaine», raconte la jeune femme de 31 ans par téléphone. 

Tout comme Virginie, Kathleen ne voulait pas se prononcer sur la situation politique. Sauf qu’elle a un problème avec la brutalité policière dont elle est témoin depuis plusieurs jours.

«Je ne voulais pas prendre position au début, mais maintenant, ça me dérange. Je vois mes amis vivre ça. Il y a beaucoup de filles catalanes dans mon équipe et je vois ça de mes propres yeux. Il y avait une rue où ça ressemblait à des scènes de guerre. J’ai vu une personne se faire tabasser par un policier parce qu’il lançait du papier de toilette sur un immeuble, on s’entend que ce n’est pas ce qu’il y a de plus dangereux. Je sais qu’ils doivent contrôler la foule, mais ça devient brutal et gratuit», déplore-t-elle.

Les transports publics et la circulation ont été bloqués à plusieurs reprises en raison des manifestations, même que l’aéroport avait été complètement paralysé vendredi. L’athlète se déplace davantage à pied et évite les zones de manifestation. Elle a aussi avisé des amis qui veulent voyager en Espagne le mois prochain d’attendre avant d’acheter les billets d’avion, étant donné que la situation n’est pas complètement revenue à la normale.

Aussi, Mme Keller ne peut s’empêcher de comparer un peu la situation des Catalans avec celle des Québécois. 

«C’est difficile pour moi de comprendre que des gens vont passer presque 15 ans en prison pour quelque chose que nous, on a fait légalement en 1995. On l’a eu notre référendum. On n’a vraiment pas les mêmes lois.»