Pierre Bolduc (à gauche), Denis Cloutier, Jean Poulin et Jean-Yves Tardif disent avoir été victimes de sévices sexuels de la part du prêtre thetfordois Jean-Marie Bégin alors qu’ils avaient entre 7 et 13 ans, soit de 1965 à 1980. Leur porte-parole, Roger Lessard (à droite), était présent à la manifestation.

Des présumées victimes d’un prêtre apostrophent Monseigneur Lacroix

Des hommes disant avoir été agressés sexuellement par un prêtre décédé depuis plus de 30 ans ont profité de la visite du cardinal Gérald Cyprien Lacroix à Thetford Mines dimanche pour manifester devant l’église Saint-Alphonse et pour présenter leurs doléances à l’archevêque de Québec, qu’ils tentent de rencontrer depuis cinq ans.

Pierre Bolduc, Denis Cloutier, Jean Poulin et Jean-Yves Tardif disent avoir été victimes de sévices sexuels de la part du prêtre thetfordois Jean-Marie Bégin alors qu’ils avaient entre 7 et 13 ans, soit de 1965 à 1980. Ils accusent le diocèse de Québec d’avoir transféré le prêtre de paroisse en paroisse, lui permettant de faire d’autres victimes. Le prêtre s’est enlevé la vie en 1986 à son chalet du lac de l’Est, à Disraeli.

Juste avant la célébration dominicale, MM. Bolduc, Cloutier et Poulin et leur porte-parole Roger Lessard sont entrés dans l’église Saint-Alphonse avec leurs pancartes pour s’adresser directement à Mgr Lacroix. «C’est la première fois qu’on lui parle. Il a toujours refusé de rencontrer les victimes. On voulait le rencontrer depuis 2012 et il nous a plutôt fait rencontrer par un avocat. On voulait lui dire que c’était immoral et hypocrite, et que le diocèse avait eu du front d’avoir fait changer de paroisse un prêtre qui a fait au moins quatre victimes», a expliqué Roger Lessard au Soleil.

«Il nous a serré la main, il a eu l’air d’être figé. Il a dit que ce n’était pas vraiment la place pour en parler. Nous sommes quand même très satisfaits de lui avoir dit en pleine face sa malhonnêteté et qu’on n’avait pas confiance en lui et qu’il se cachait derrière le délai de prescription [qui empêche les victimes d’agressions de poursuivre au civil après une certaine période de temps]», poursuit M. Lessard.

En mode accusation

L’archevêque de Québec a pour sa part affirmé au Soleil qu’il avait été un peu bouleversé quand il avait entendu à la radio qu’il y aurait une manifestation pour sa visite à Thetford Mines. «Je me suis dit que j’allais faire comme avec tout le monde, c’est-à-dire les accueillir. Je les avais vus une fois à Québec, mais je n’avais pas eu de contact avec eux, c’est le porte-parole du diocèse qui leur avait parlé», a expliqué le prélat.

«Je leur ai tendu la main et ils y allaient pas mal fort en me disant ‘’reconnaissez-vous ces photos? Cet enfant, c’est moi et j’ai été abusé!’’. Il n’y avait pas vraiment de place pour le dialogue, ils étaient en mode accusation», a poursuivi l’archevêque de Québec. «J’aurais aimé leur dire ‘’assoyez-vous, on va jaser’’, mais ce n’était pas la place. Je suis disponible à la cathédrale un dimanche par mois pour rencontrer les gens. Toute personne qui se présente sera rencontrée. Cependant, les personnes qui veulent de l’argent, qui veulent faire des réclamations, on les redirige vers le système judiciaire, car on ne peut pas faire grand-chose pour elles.»

Mgr Lacroix a dit avoir fouillé attentivement le dossier du prêtre Jean-Marie Bégin et n’y avoir rien trouvé. «C’est difficile d’aller plus loin, car ce prêtre est décédé depuis longtemps et qu’il n’est pas là pour se défendre», affirme l’archevêque, qui n’est cependant pas prêt à dire que ces trois hommes ne disent pas la vérité. «Nous n’avons malheureusement aucun moyen de juger de cela présentement. Si eux disent qu’ils ont souffert, si ces gens veulent de l’aide psychologique, de l’accompagnement ou des thérapies, nous pouvons les aider», a-t-il résumé.

Il a ajouté que les personnes intéressées à rencontrer l’archevêque doivent d’abord rencontrer un bénévole du comité-conseil diocésain. «Si les bénévoles voient qu’il y a une possibilité de dialogue, je rencontrerai ces personnes, car oui, j’ai déjà rencontré des victimes. Par contre, s’ils veulent accuser ou avoir de l’argent, et il semble que ce soit le cas, je ne suis pas la bonne personne à qui ils doivent s’adresser…»

MM. Bolduc, Cloutier, Tardif et Poulin disent ne pas avoir apprécié que le bénévole du comité diocésain que le diocèse leur a déjà fait rencontrer ait été un avocat spécialiste en recours collectifs, depuis nommé juge à la Cour supérieure. Ils affirment pourtant ne pas réclamer d’argent du diocèse, même s’ils ont approché les partis d’opposition à l’Assemblée nationale pour demander l’abolition du délai de prescription, qui leur empêche d’avoir un recours légal contre leur agresseur un certain nombre d’années après les sévices.

«Nous avons formulé certaines demandes, dont de rencontrer l’archevêque, d’avoir le dossier complet du prêtre, qu’une information appropriée à son sujet soit diffusée dans le diocèse, que son cas soit signalé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, que le diocèse admette sa responsabilité concernant les prêtres pédophiles, et qu’ils appliquent une directive du pape François aux cardinaux, les enjoignant à être humbles et à travailler pour la justice», termine Roger Lessard.