L’ancienne sénatrice de la Californie Barbara Boxer

Des politiciennes américaines auraient été harcelées par leurs collègues

WASHINGTON - Au moins quatre politiciennes américaines ont confié à l’Associated Press avoir été victimes de harcèlement sexuel de la part de certains collègues.

Les incidents se sont produits il y a plusieurs années, voire quelques décennies, habituellement quand les élues n’étaient que récemment arrivées au Congrès. Ils vont des commentaires déplacés jusqu’aux avances explicites en passant par les propos obscènes et les attouchements.

À un moment où l’affaire Harvey Weinstein a provoqué une véritable avalanche de dénonciations, le témoignage de ces politiciennes démontre qu’aucune femme n’est à l’abri, même au sommet du gouvernement.

«C’est une question de pouvoir», a dit l’ancienne sénatrice de la Californie Barbara Boxer.

Au début des années 1980, explique-t-elle, un collègue y est allé d’un commentaire de nature sexuelle à son endroit pendant une audience, ce qui a été accueilli par les rires des autres hommes et a même été secondé par le président du comité. «C’est hostile et c’est gênant, et ça peut donc priver quelqu’un de son pouvoir», a dit Mme Boxer.

Les élues ont refusé d’identifier les auteurs du harcèlement présumé, mais au moins deux d’entre eux seraient toujours membres de la Chambre des représentants. Les femmes n’ont jamais porté plainte contre eux - souvent parce qu’elles ne savaient tout simplement pas à qui s’adresser.

«Quand j’étais une toute nouvelle membre du Congrès au début de la trentaine, un collègue plus ancien m’a carrément fait une proposition (sexuelle), il était marié, et même si j’ai essayé d’en rire et de ne pas en tenir compte, ça se répétait. Et j’ai commencé à éviter ce collègue», raconte Linda Sanchez, la représentante démocrate de la Californie.

Mme Sanchez dit qu’elle a décidé de mettre les nouvelles élues en garde contre ce collègue, qu’elle refuse d’identifier et qui serait toujours membre du Congrès.

Mme Sanchez ajoute qu’un autre collègue la regardait de manière déplacée, et qu’il l’a même touchée de manière inappropriée en essayant de faire croire à un accident. Elle n’a pas voulu l’identifier, mais il ne serait plus membre du Congrès.

«Sous la douche»

Mary Bono, une ancienne représentante républicaine de la Californie, dit avoir été bombardée de commentaires par un collègue, qui l’aurait même approchée en pleine Chambre des représentants pour lui dire qu’il pensait à elle sous la douche.

«Au lieu de ‘quelle température, comment va ta carrière, comment va ton projet de loi’, c’était ‘j’ai pensé à toi pendant que j’étais sous la douche’, a expliqué Mme Bono. J’ai donc dû lui dire que ce n’était pas acceptable.»

Mme Bono n’a pas voulu identifier le collègue, dont le comportement aurait cessé quand elle l’a confronté. Il est toujours membre du Congrès, a-t-elle dit.

L’ancienne représentante Hilda Solis se souvient elle aussi d’avoir été harcelée par un collègue. Elle n’a pas voulu l’identifier ou fournir plus de détails.

«Je ne pense pas être la seule. J’ai essayé de l’ignorer, de lui tourner le dos, de m’éloigner. Évidemment c’est très insultant. Est-ce qu’on devrait trouver ça flatteur? Non, nous sommes des adultes», a dit Mme Solis, l’ancienne secrétaire de l’Énergie de Barack Obama.

Les femmes ne représentent qu’environ 20 % des membres du Sénat et de la Chambre des représentants, comparativement à moins de dix pour cent en 1992.

La représentante californienne Jackie Speier a récemment raconté publiquement avoir été agressée sexuellement par un chef de cabinet alors qu’elle n’était qu’une jeune employée du Congrès. Elle a dénoncé les règles vagues qui encadrent de tels incidents et prépare une loi qui imposerait notamment aux membres du Congrès une formation en matière de harcèlement sexuel.

Dans une vidéo mise en ligne sur Twitter la semaine dernière, elle affirme que le Congrès «est un terreau fertile pour un environnement de travail hostile» et elle a demandé aux autres femmes de se faire entendre.

«Je pense que les femmes du Congrès sont de grandes filles, a-t-elle dit. Au Congrès, contrairement à ailleurs, nous avons tous le même salaire et nous avons tous un vote, le même vote. Donc si des membres vous humilient, c’est parce que vous le tolérez.»

Certaines anciennes élues rejointes par l’Associated Press ont néanmoins été surprises par ces histoires.

«Les membres hommes et femmes sont des égaux, ils ne se harcèlent pas sexuellement les uns les autres», a assuré l’ancienne représentante démocrate Ellen Tauscher.

Mais la loi précise que du harcèlement peut se produire entre égaux, rappelle la professeure de droit Jennifer Drobac, qui souligne que des facteurs comme l’âge, le sexe et l’ethnicité peuvent être à l’origine d’un déséquilibre.

Mme Bono répète que rien n’empêche ses collègues et elle d’être harcelées.

«Ma carrière n’en a pas souffert, je n’en ai pas souffert, mais ça s’est vraiment produit», conclut-elle.