Un apnéiste du Club d’apnée sportive de Québec à la carrière Flintkote.

Des passionnés d’apnée sportive

Quatre bouées rouges contrastent avec le paysage lunaire d’un lac bleu vert et de mines argentées. «Attention plongeurs avancés seulement», peut-on lire sur la pancarte. Dix personnes, vêtues de combines, de masques et de tubas sont au large. L’une d’entre elles prend une grande respiration, puis disparaît dans les profondeurs du lac...

Quelques minutes plus tard, un deuxième plongeur la rejoint à une quinzaine de mètres de profondeur. Impossible de les voir. Après un moment, qui semble interminable, ils reviennent à la surface. Les deux mains sur la bouée, ils expirent intensément. Fier, mais essoufflé, le premier plongeur a battu son record personnel : 38 mètres de profondeur. Tout ça, sans respirer. Bienvenue dans le monde de l’apnée sportive.

De juin à septembre, les membres du Club d’apnée sportive de Québec (CASQ) s’entraînent dans une ancienne mine d’amiante, la carrière Flintkote de Thetford Mines. Grâce à sa profondeur d’une centaine de mètres, la transparence de son eau et ses objets submergés, elle attire de nombreux adeptes de plongée sous-marine et d’apnée.

Fondé en 2012, le CASQ est le seul club d’apnée sportive à Québec. «Il n’y avait aucune infrastructure ni même d’école d’apnée à Québec. Je voulais que ce soit un club pour qu’on puisse offrir des entraînements et rendre ce sport plus accessible», explique le fondateur et président du CASQ, Maxim Iskander. Cet organisme à but non lucratif est maintenant composé d’une vingtaine de membres, et a formé plusieurs recrues dans le milieu. «Au Cégep de Trois-Rivières, j’ai fait un cours d’apnée, et j’ai adoré. Quand le club a été créé, j’ai embarqué tout de suite», souligne le champion canadien d’apnée en piscine, Sylvain Desaulniers.

Une méditation sous l’eau

La plupart des membres du Club ont découvert ce sport après avoir fait de la plongée sous-marine. C’est le cas de Maxim, qui en plus d’être instructeur d’apnée est aussi instructeur de plongée sous-marine. «Ce n’est pas n’importe qui qui peut plonger, c’est un programme d’éducation comme la plongée sous-marine», explique-t-il.

L’une des principales techniques de l’apnée est la concentration. «Ça force à être zen et calme. Tu ne peux pas forcer», indique Sylvain Desaulniers, qui a aussi le record canadien d’apnée dynamique avec palmes de 206 mètres, soit l’équivalent de huit longueurs sans respirer. «Quand tu fais de l’apnée, t’es plus présent, tu es centré sur toi-même. C’est une méditation chaque fois que tu plonges», détaille le doyen du Club, Jean Caron.

En groupe de trois par bouée, chaque plongeur médite avant de repousser ses limites. «C’est le sport le plus intense. Il n’y a pas de bruit, tu es dans ta bulle et ça nécessite de la concentration», indique l’instructeur d’apnée, Michaël Lafrancesca. Même constat pour l’instructrice d’apnée, Yvette Bezuidenhout. «Sur tous les sports que j’ai faits, l’apnée est celui le plus demandant au niveau psychologique», explique cette membre du club.

Un sport à risque

Chaque plongeur est assuré par un apnéiste de sécurité qui va le rejoindre à une dizaine de mètres de profondeur lors de sa remontée. «L’apnéiste de sécurité se met vis-à-vis au plongeur. Ce n’est pas dans le fond qu’il y a un risque, c’est les 10 derniers mètres de la remontée, parce que c’est la zone des pertes de connaissances. Si quelqu’un a poussé ses limites ou a fait tout ça tout croche, et bien c’est vraiment la zone la plus à risque», détaille Maxim.

Si la visibilité n’est pas bonne, il est impossible de savoir à quelle profondeur se trouve l’apnéiste. Pour ce faire, la technique est de «sentir le virage de la personne». «Quand il arrive dans le fond, l’apnéiste tombe en chute libre parce que le wetsuit se comprime et les poumons aussi. On sent la personne s’arrêter sur la corde et se tourner. En tenant celle-ci, on sent le virage et tu sais que tu vas devoir descendre pour aller le rejoindre en profondeur», continue-t-il.

Un retard en Amérique du Nord

Après 1h30 dans l’eau, les apnéistes retournent au bord. C’est la pause-dîner. Ce qui les attend pour la deuxième partie de la journée : 45 minutes d’entraînement, et 30 minutes pour observer l’épave d’un autobus scolaire à vingt-cinq mètres de profondeur.

Malgré leur dévouement pour ce sport, il demeure marginal au Québec. «On a un grand retard en Amérique du Nord par rapport à l’Europe et à l’Asie», souligne l’apnéiste Guillaume L’Écuyer. En plus de faire partie de l’équipe canadienne d’apnée sportive, il est le premier membre du club à participer au Championnat du monde en apnée profonde en septembre. L’hiver, comme le reste des membres du club, il s’entraîne une fois par semaine à la piscine du Patro Roc-Amadour, à Limoilou. L’été, il préfère les milieux naturels, et s’entraîne à Thetford Mines. 

En avril, le club organise son premier voyage à l’international, en Égypte, où l’apnée sportive est très répandue. «On part à Dahab, la Mecque de l’apnée. On va aller s’entraîner dans le Blue Hole de la mer Rouge», se réjouit Maxim.