Bruno Marchand, président-directeur général de Centraide Québec–Chaudière-Appalaches–Bas-Saint-Laurent, réclame des subsides étatiques pour faire face à la pandémie de coronavirus.
Bruno Marchand, président-directeur général de Centraide Québec–Chaudière-Appalaches–Bas-Saint-Laurent, réclame des subsides étatiques pour faire face à la pandémie de coronavirus.

Des organismes communautaires frappés de plein fouet

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Des dizaines de personnes qui attendent à la porte pour un café chaud et une chaise où se poser, sans qu’on sache trop quoi faire d’eux; des bénévoles âgés confinés à domicile qui ne livrent plus de repas aux aînés; un service d’accompagnement à des rendez-vous médicaux qui doit refuser des transports à des malades… La crise sociale causée par la COVID-19 a des conséquences significatives dans les organismes communautaires.

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«LES QUATRES FERS EN L'AIR»

«Présentement, les gens qui sont sur la ligne de front, c’est le communautaire. On se retrouve les quatre fers en l’air.»

Stéphane Paradis est directeur général de La Baratte. Ici, on distribue des repas, des paniers alimentaires, des mets congelés, entre autres. La livraison se fait au domicile ou dans des organismes de charité.

«On prépare de la nourriture à bas coût.»

L’entreprise sans but lucratif est aussi un milieu d’insertion socioprofessionnelle.

M. Paradis se dit frappé de plein fouet par le coronavirus. Surtout par l’état d’urgence sanitaire. «La plupart de nos bénévoles sont confinés à domicile. Nous, sans nos bénévoles, on n’a pas les moyens de fonctionner.» Son budget d’OSBL serait trop maigre pour embaucher une équipe de cuisiniers et de livreurs. «Ce qui nous aiderait, ce serait une aide financière.»

«On a une hausse de la demande», affirme-t-il. «On est en train de répondre aux besoins les plus criants de la communauté.»

www.labaratte.ca

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«CE N'EST PAS DRÔLE»

«Qu’est-ce qu’on fait avec la clientèle défavorisée?» Jeremie Vitrano s’est posé la question lundi matin, à 8h25, quand il a vu le groupe massé devant la porte du Café-rencontre centre-ville. «Ce n’était pas drôle de prendre la décision d’ouvrir ou pas.»

M. Vitrano est directeur général de cet organisme du quartier Saint-Roch. Et il se demande comment accomplir sa mission d’aide aux démunis tout en s’assurant de contenir la progression de la COVID-19. Et puis, il faut penser aux employés, aux bénévoles qui sont en contact direct avec la clientèle qu’on leur demande de trier sommairement en fonction des symptômes observables.

Aussi, Jeremie Vitrano pense à sa femme et ses deux enfants à la maison.

Donc, lundi matin, ils ont ouvert la porte, même s’il n’y avait qu’un bénévole disponible — les autres ont annulé leur présence. Mais il a fallu restreindre l’accès aux bénéficiaires. Pas question de remplir la centaine de places.

Maintenant, M. Vitrano demande de l’aide : du désinfectant; un contact dans le réseau de la santé à qui transférer les clients malades; un moyen de transport pour les envoyer vers la clinique de dépistage de la COVID-19…

www.caferencontre.org

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RÉDUIRE L'ACCÈS AUX SOINS

«On essaie de leur rendre service, mais pas au risque de mettre en danger les bénévoles et de propager la maladie.»

Cette fois, nous échangeons au téléphone avec le président du conseil d’administration d’Entraide Sainte-Foy, Michel Guay.

Le cœur de la mission de l’organisme fondé en 1979 : véhiculer des individus en perte d’autonomie, souvent âgés, vers leurs soins de santé.

«On va dans tous les centres hospitaliers.»

M. Guay calcule venir en aide à quelque 1200 «bénéficiaires» par année. «Ce sont majoritairement des personnes âgées.»

Pour y arriver, il compte sur environ 70 bénévoles. «Ce sont majoritairement des personnes à la retraite.»

Vous comprendrez que l’offensive de la COVID-19 a ébranlé Entraide Sainte-Foy. «C’est un impact très important.»

Sans grandes ressources pécuniaires, M. Guay a réduit les services. Seuls les bénévoles de moins de 70 ans, sans symptômes grippaux, peuvent encore «travailler». 

Les bénéficiaires aussi ne doivent pas avoir de symptômes du coronavirus s’ils veulent recevoir de l’aide. En plus, ils ne sont pris en charge que si leurs rendez-vous médicaux sont absolument essentiels : dialyse, transfusion, radiothérapie, etc. Besoin de voir le psychologue dans le cadre du traitement contre le cancer? Il faudra trouver un autre moyen d’y aller; Entraide Sainte-Foy n’y va plus.

Et si le gouvernement venait à resserrer encore les mesures de distanciation sociale, Entraide Sainte-Foy devra probablement fermer ses portes le temps que la crise passe.

www.entraidestefoy.org

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LE GOUVERNEMENT A OUBLIÉ LE COMMUNAUTAIRE, DIT CENTRAIDE

Le gouvernement annonce de l’aide pour le réseau de la santé, pour les entreprises et pour les travailleurs mis à pied. Mais il a oublié les organismes communautaires, regrette Centraide, qui réclame des subsides étatiques pour faire face à la pandémie de coronavirus.

«Sinon, c’est sûr qu’on n’y arrivera pas», avance le président-directeur général de Centraide Québec-Chaudière-Appalaches-Bas-Saint-Laurent, Bruno Marchand. «Tout le monde comprend que pour les entreprises, la situation est difficile. Mais il faut voir les ressources communautaires comme des services essentiels. […] Cette force de frappe, on ne peut pas s’en passer.»

M. Marchand fait valoir que le réseau communautaire doit composer avec une demande croissante causée par le renvoi à la maison de nombreux travailleurs à faible revenu.

Mais il y aurait moins de bras pour abattre le boulot : nombre de bénévoles et employés des groupes d’aide seraient confinés à leur domicile. «Et on demande des mesures hygiéniques coûteuses, importantes et nécessaires.»

«On ne pourra pas faire ça avec les mêmes ressources financières», juge-t-il.