Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
La demande pour classer le presbytère Saint-Michel suit son cours.
La demande pour classer le presbytère Saint-Michel suit son cours.

Des nouvelles du presbytère de Saint-Michel-de-Bellechasse…

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
La demande pour classer le presbytère Saint-Michel suit son cours, assure le ministère de la Culture. Sauf que bien qu’il s’agit d’une étape importante, ce n’est pas ce qui sauvera le «trésor national». 

La conseillère municipale de Saint-Michel-de-Bellechasse Sylvie Lauzon a déjà parlé de sa mission dans les pages du Soleil. Elle espère donner une vocation au presbytère, afin que les générations futures puissent profiter de ce joyau.

LIRE AUSSI : Un bijou à protéger près du fleuve

À l’automne, Mme Lauzon a réalisé une consultation citoyenne dans son village (payée de sa poche), plus de 200 personnes ont levé la main.

«Les gens ont été positifs, les gens veulent se retrousser les manches et aider. Le presbytère fait partie de leur ADN ils veulent le garder, le valoriser, en faire un lieu communautaire, un lieu rassembleur. Ils ne veulent pas que ça devienne vide et veulent s’en servir pour eux et leurs enfants», résume Mme Lauzon.

L’échéancier a été établi : la gardienne du presbytère doit maintenant former une équipe d’experts afin de mettre sur pied un projet viable d’utilisation du presbytère, de la grange à dîme et des terrains adjacents. Le bâtiment ne doit pas dormir dans le décor.

«La question d’argent est toujours un problème. En ayant un projet, on peut le soumettre pour avoir du financement. On n’avait pas de projet avant, maintenant ça semble se dessiner. On va être capable d’aller de l’avant», note-t-elle.

La mise sur pied du dossier doit se faire avant le 31 mars 2022, afin de faire une demande de subvention auprès du Gouvernement du Québec dans le cadre du Programme de soutien au milieu municipal en patrimoine immobilier

Les résultats de la consultation ainsi que le rapport de Mme Lauzon sont disponibles sur le site Internet conçu pour l’avenir du presbytère, sous l’onglet «Oser Rêver».

La conseillère municipale de Saint-Michel-de-Bellechasse Sylvie Lauzon

Un classement, et puis quoi? 

Dans une décision récente de la municipalité, les bureaux la Paroisse de Saint-Benoît-de-Bellechasse et la compagnie Les Cimetières de la Seigneurie

en Bellechasse doivent déménager ailleurs qu’au presbytère. Le bâtiment sera donc vide dès la semaine prochaine.

Le 17 novembre 2020, le GIRAM et la Société du Vieux bourg ont demandé à la ministre de la Culture Nathalie Roy, et au Registraire du patrimoine culturel du Québec, de reconnaître le presbytère et le cœur institutionnel de Saint-Michel, immeuble patrimonial et site patrimonial.

LIRE AUSSI : Presbytère de Saint-Michel-de-Bellechasse: la ministre Roy interpellée

La députée de Saint-Michel-de-Bellechasse Stéphanie Lachance souhaite une réponse positive de cette demande de classement. La valeur du presbytère construit en 1739 est indéniable, selon elle.

«La ministre de la Culture Nathalie Roy est au fait du dossier et l’analyse se poursuit», assure-t-elle. Toutefois, le ministère connaît un certain ralentissement dans le traitement des demandes, étant donné la pandémie.

Aussi, aucun signe de démolition ne plane sur le presbytère, ce qui n’en fait pas un dossier urgent pour le ministère.

Devant l’engouement des dernières années pour la protection du patrimoine, la députée rappelle que le réel défi est l’enjeu d’usage, pas de protection.

«Les gens doivent se mobiliser pour son avenir, ce n’est pas le statut qui va le protéger, mais la mobilisation autour d’un projet viable qui va permettre de garder le patrimoine vivant», indique-t-elle.

Stéphanie Lachance ajoute que le presbytère jouit déjà d’une protection patrimoniale, étant cité par la municipalité.

«C’est son devoir de s’en occuper. Personne ne m’a fait savoir qu’il y avait un danger imminent, ce n’est pas parce que le bâtiment est vide qu’il est en danger, il n’y a pas de pelle mécanique autour.»

Même son de cloche du côté du ministère de la Culture qui écrit par courriel «la municipalité doit donc prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation de la valeur patrimoniale du site».

Le presbytère a été construit en 1739.

Difficultés

Signe que Mme Lauzon saisit l’importance de la création d’un projet viable : elle a dépensé plus de 20 000 $ dans la protection du presbytère et l’organisation du dossier entourant le futur projet. Pourquoi? Parce qu’elle y croit. Elle se dit prête à continuer le temps qu’il faudra.

«Vis-à-vis la municipalité, il y a encore de très gros problèmes. Elle néglige ouvertement tout ce qui est vieux. Ce qui est le plus négligé, c’est le presbytère, celui qui a la plus grande valeur et qui pourrait devenir un moteur économique formidable pour Saint-Michel», déplore Mme Lauzon.

Dans le rapport de Mme Lauzon, il est indiqué que l’entretien pour le presbytère est limité au «strict minimum».

«Depuis 2017, aucun investissement n’a été planifié pour le presbytère et la grange à dîme dans les Plans triennaux d’immobilisations (PTI), indique aussi le rapport de Mme Lauzon. Le PTI approuvé le 22 décembre 2020 ne fait pas état d’investissements pour les années 2021, 2022 et 2023. Ce PTI ne reconnait aucunement les investissements qui seront nécessaires suite aux bilans de santé attendus de sept bâtiments municipaux (dont le presbytère).»

«Si on a un doute sur une situation d’urgence, on agit avec vigilance», précise la députée Stéphanie Lachance dans ce cas-ci.

Elle ajoute également que le projet du presbytère doit être réalisé et mis sur pied avec tous les intervenants du milieu, les citoyens comme le propriétaire du bâtiment, qui est la municipalité.


« Ce qui est le plus négligé, c’est le presbytère, celui qui a la plus grande valeur »
Sylvie Lauzon

Aller de l’avant

Si le bâtiment venait à être classé, ce ne serait qu’un morceau du casse-tête de placé sur la table de travail, explique Sylvie Lauzon.

«Je dirais BINGO. Je serais enchantée, mais le travail n’est pas terminé. L’édifice devient classé, ça ne règle pas ses problèmes qui sont la négligence, l’insouciance et le manque d’argent.»

«Je continue toujours de travailler sur le projet à l’extérieur du conseil municipal, parce que la protection du patrimoine, pour moi, c’est important. Que je sois au conseil ou non. Toutes les démarches que je fais depuis deux ans, c’est pour le sauvegarder», ajoute Mme Lauzon.

En attendant que le projet de revitalisation du presbytère se concrétise, le propriétaire doit prendre soin du bâtiment, juge-t-elle.

«Il faut du leadership et c’est ça qui manque concernant le patrimoine au Québec, il n’y a pas de vision à long terme, il faut une vision d’ensemble», note la conseillère.

Le sujet ne vient pas sans penser au Manoir Taschereau, détruit par un incendie criminel la semaine dernière.

«On a entendu à la dernière minute et les vandales se sont mis dedans. On pense que le bâtiment est classé, on se dit “fantastique” et on ferme les yeux. Il faut garder l’œil ouvert. Et faut pas que ça arrive à Saint-Michel. Mon projet c’est d’éviter ça», termine Mme Lauzon.