Le passage des véhicules sur une chaussée souffrant de plusieurs tares de construction a usé prématurément le tronçon de l'autoroute Félix-Leclerc, entre le boulevard Saint-Jacques et l'autoroute Laurentienne.

Des millions perdus pour des routes mal conçues

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) a dû refaire le pavage de plusieurs tronçons d'autoroutes de la capitale pour éliminer les ornières causées par le passage des véhicules sur une chaussée mal construite. La facture des corrections s'élève à plusieurs millions de dollars.
Mauvais choix de granulats, bitume trop coulant, compaction insuffisante, surveillance des travaux laissant à désirer... Le défaut de chaussée avait des causes multiples, explique Guillaume Paradis, porte-parole du Ministère. Ces causes ont été identifiées par les spécialistes du Laboratoire des chaussées du MTQ, mandatés pour faire la lumière sur l'usure prématurée de la chaussée en plusieurs endroits de Québec.
On parle ici de l'autoroute Félix-Leclerc (entre le boulevard Saint-Jacques et l'autoroute Laurentienne, puis entre l'avenue Bourg-Royal et l'autoroute Dufferin-Montmorency) ainsi que de l'autoroute Henri-IV (en deux sections entre la route Sainte-Geneviève et Shannon). Les travaux initiaux ont été réalisés entre 2005 et 2012.
Le rapport des experts pointe des erreurs au moment de la conception, rapporte M. Paradis. Des ingénieurs du MTQ comme de firmes privées ont ainsi recommandé l'utilisation de granulat et de bitume - le mélange des deux forme l'asphalte - mal adaptés au climat de Québec et aux débits de circulation.
Le granulat en question, le 2a1 de son petit nom, était plus sensible à «l'arrachement». À force de roulement, les cailloux sortaient de l'asphalte. En parallèle, le bitume, qui agit comme une colle, n'était pas assez dur.
L'autre problème, c'était la compaction. L'entrepreneur, qui a respecté la recette soumise, aurait dû passer le rouleau plus longuement «pour que le compactage ne se poursuive pas avec le passage des véhicules», détaille le porte-parole du MTQ. Une surveillance accrue aurait permis de le constater.
Pour éviter la répétition de ces manquements, les spécialistes du Laboratoire des chaussées recommandent l'utilisation d'un granulat plus dur, le 1A1, moins abondant dans la région de Québec et donc plus cher. Il sera couplé avec un bitume de meilleure qualité. Une attention spéciale sera aussi accordée à l'étape de la compaction.
Des corrections ont également été commandées pour faire disparaître les ornières et «assurer la sécurité des automobilistes». Le travail de planage et de réasphaltage commencé en 2013 sera achevé cette année.
Il est impossible de connaître le montant exact de la facture associée, car plusieurs contrats d'asphaltage englobent plus d'une route. On sait toutefois que le tronçon de Félix-Leclerc entre le boulevard Saint-Jacques et l'autoroute Laurentienne a coûté un demi-million de dollars à refaire, un an après le dernier pavage. Et ce, seulement pour la direction est. Il est donc facile de dire qu'il y en a pour plusieurs millions de dollars.
Guillaume Paradis fait toutefois remarquer que les travaux dans les autres secteurs dataient de plus longtemps et qu'un repavage aurait été nécessaire éventuellement.
Pas de poursuites
Il n'est pas question pour le MTQ de poursuivre les sous-traitants impliqués à l'une ou l'autre des étapes, car «c'est un dossier complexe et les causes sont multiples», indique M. Paradis.
Pierre Tremblay, directeur adjoint de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ), croit d'ailleurs qu'il reste des causes possibles à explorer. «À nos yeux, les analyses ne sont pas complétées», dit-il.
M. Tremblay propose notamment de considérer l'état des fondations des autoroutes problématiques, rappelant que les défaillances du sous-sol peuvent avoir leur effet en surface. Il pointe également la composition des abrasifs utilisés dans la région de Québec et la popularité des pneus à clous.
S'il ne discute pas le bien-fondé du nouveau mélange d'asphalte proposé par le MTQ, M. Tremblay espère tout de même que celui-ci ne sera pas copié indûment pour des routes moins passantes ou par d'autres donneurs d'ouvrage, comme les municipalités qui s'enlignent souvent sur les recettes du provincial. Cela aurait pour effet d'augmenter les prix, selon lui.