Des milliers de personnes en communion

Une marée humaine silencieuse, des larmes qui coulent sur les joues, des odeurs de bougies à la vanille qui flottent dans l'air glacé... C'est la communion à laquelle ont pris part lundi soir des milliers de personnes touchées de près ou de loin par l'attaque terroriste perpétrée la veille à Québec.
Ces images de moments de recueillement populaires sont devenues trop familières. La foule recueillie à la lueur des flammes, les bouquets de fleurs, les pancartes d'amour et de solidarité, la scène est malheureusement bien connue. Mais ce qu'une photo ne peut capter, c'est le silence. Et il était partout, ce silence, lundi soir, même dans les séances de jeux des enfants présents à la vigile.
Après avoir envahi la foule durant le discours du premier ministre canadien, Justin Trudeau, le silence s'est également imposé autour des centaines de bougies et de fleurs déposées devant l'église Notre-Dame-de-Foy, tout près du Centre culturel islamique de Québec, là où s'est produit le drame.
Pour Marylène Goupil, cette réponse à la violence de dimanche soir est «magnifique», «grandiose». «Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de monde», admet la Québécoise musulmane. «C'est un cadeau.»
«Nous sommes tous Québécois», «Je suis chrétienne et je vous aime», «Québec pleure ses valeurs», «La tolérance est mère de la paix». Voilà quelques-uns des messages de solidarité qu'ont portés les gens de tout âge et de toute religion venus se recueillir. D'autres ont choisi de réchauffer le coeur des éprouvés à coups de chocolat chaud et de chauffe-mains, ce qui était bienvenu en cette froide soirée d'hiver.
Dans la foule, plusieurs membres de la communauté musulmane de Québec ont un proche qui se trouvait à la mosquée au moment des faits. Mais parmi ces musulmans ayant vécu l'horreur de près, rares sont ceux qui ont participé à la vigile. Le choc est encore trop frais, confient des proches au Soleil.
Une jeune fille dépose une chandelle durant la vigile.
Le silence s'est imposé devant l'église Notre-Dame-de-Foy, tout près du Centre culturel islamique de Québec, où s'est produit le drame.
«Directement au paradis»
«Morts dans un lieu sacré, ils iront directement au paradis», a lancé une Marocaine à propos des victimes de l'attaque. «Pour nous, ce sont des martyrs, ils n'auront aucun jugement. Une consolation pour les familles.» Elle explique que dans les piliers de l'islam, il faut croire au destin, qu'il soit bon ou mauvais. «On va l'accepter, même si on n'est pas d'accord avec le geste», glisse la maman qui élève seule ses deux enfants et préfère taire son nom parce qu'elle vit beaucoup d'insécurité depuis les événements. «Personnellement, ce qui me fait mal, c'est que c'était des pères de jeunes enfants...»
Mouvements de solidarité dans la province
L'attentat perpétré au Centre culturel islamique de Québec, dimanche soir, a créé une véritable onde de choc un peu partout dans l'Est-du-Québec. Vigiles de solidarité, drapeaux en berne et messages de soutien à la communauté islamique ainsi qu'à la ville de Québec se sont multipliés, lundi, au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et sur la Côte-Nord.
À l'instar de plusieurs villes dans le monde, des vigiles de solidarité avec la communauté musulmane se sont tenues, lundi soir, à Rimouski, à Matane, à Gaspé et à Cap-aux-Meules, aux Îles-de-la-Madeleine.
Une centaine de personnes ont pris part à la vigile organisée à proximité de la mosquée de Rimouski par Catherine Babin. «C'est une réaction spontanée à l'horreur, a déclaré avec émotion la porte-parole de l'activité. La religion musulmane, tout comme la religion chrétienne, est une religion de paix. Les musulmans que je connais, ce sont des gens extrêmement gentils et pacifiques pour qui la charité est la clé de voûte de leur religion!» Patricia Posadas a attribué l'événement tragique de Québec au discours du président américain, Donald Trump. «C'est lui qui a lâché les monstres», a-t-elle lancé. 
Drapeaux en berne
Plusieurs municipalités ont mis leurs drapeaux en berne. C'est notamment le cas des villes de Rivière-du-Loup, de Rimouski, de Mont-Joli et de Matane. Une vingtaine de personnes ont pris part à la mise en berne des drapeaux devant l'hôtel de ville de Rimouski. «C'est un moment important pour montrer notre solidarité contre ces personnes qui pensent créer la panique et une sorte d'insécurité chez nous, a déclaré Mahnaz Fozi, la directrice d'Accueil et Intégration Bas-Saint-Laurent, un organisme voué à l'aide aux immigrants. Il faut montrer notre solidarité et notre amour comme Québécois, peu importent nos origines et nos pays de provenance.»
«Moi, en tant que musulman, je me sens en sécurité ici, a tenu à dire Nader Nasralah, originaire de la Tunisie. On est bien à Rimouski. On n'a pas eu ce genre de problème. Ces actes de terrorisme, ils nous donnent juste de l'espoir!»
Une surveillance policière était exercée à proximité des lieux de culte musulman de l'Est, dont le Centre islamique de Rimouski et les locaux de l'Association socioculturelle islamique louperivoise de Rivière-du-Loup.
Johanne Fournier, Collaboration spéciale