Des médecins spécialistes difficiles d’accès à Québec

Quatorze mois d’attente pour voir un urologue au lieu de trois. Six mois d’attente pour voir un gastro-entérologue au lieu d’un. Les délais pour voir certains médecins spécialistes sont longs à Québec, confirment des lecteurs du Soleil.

Notre reportage de jeudi sur le cas de Clément*, qui attend depuis huit mois un premier rendez-vous en urologie alors qu’il devait être vu dans un délai de trois mois, a fait réagir. Des patients se sont reconnus dans son témoignage.

Jocelyn*, par exemple, a un kyste «de la grosseur d’un œuf» sur l’épididyme droit, qui est situé au niveau de la paroi du testicule. Bon, ce n’est pas un cancer, il en est conscient, mais «se promener à la journée longue avec ça entre les deux jambes, ça n’a rien de confortable et c’est douloureux à l’occasion». Son médecin de famille l’a référé en urologie en septembre 2018. Le cas de Jocelyn a reçu la cote de priorité D, ce qui signifie qu’il aurait dû être vu dans un délai de trois mois. Ça fait maintenant 14 mois qu’il attend. 

«Au début de l’année 2019, après quelques jours de douleur, je suis retourné le voir [mon médecin de famille] pour voir s’il était possible d’accélérer le tout. Il a alors augmenté ma cote à C, se basant sur les douleurs que j’avais eues. Deux semaines plus tard, il m’a fait un suivi : la réévaluation de ma situation a été refusée et ma cote D, maintenue», rapporte Jocelyn.

Marguerite*, elle, a attendu six mois avant de voir un gastro-entérologue l’an dernier, alors qu’elle devait être vue dans un délai d’un mois. «Maintenant j’attends pour un rendez-vous en médecine interne; mon médecin a demandé que cela soit fait en dedans d’un mois et ça fait déjà quatre mois que j’attends. Mon problème médical aurait idéalement dû être traité par un endocrinologue mais ça risquait d’être beaucoup plus long...» raconte-t-elle. 

«C’est pénible»

Une médecin de famille de Québec confirme : «C’est pénible dans la plupart des spécialités techniques». «Il y a toujours eu un long délai pour nos patients dans les spécialités techniques d’orthopédie, d’urologie et de gastro-entérologie», dit-elle. L’attente est longue aussi en allergie, en neurochirurgie, en physiatrie et en dermatologie «en raison d’un trop grand nombre de demandes par rapport au peu de médecins dans ces spécialités», ajoute l’omnipraticienne.

Selon elle, «il arrive fréquemment que nos patients nous demandent de les référer dans d’autres régions, car l’attente est trop longue». «Par exemple, en orthopédie, on dirige souvent à Montmagny, Thetford ou encore en Beauce», illustre-t-elle. 

Au sujet de l’attente en urologie, le CIUSSS de la Capitale-Natioanle, qui gère le Centre de répartition des demandes de services (CRDS), nous expliquait cette semaine que «chaque cas est différent» et que «le délai est variable selon la cote de priorité du patient, la disponibilité des urologues et la disponibilité des plateaux techniques dans les milieux hospitaliers».

Le CHU de Québec nous assurait de son côté se préoccuper «constamment» de ces délais, dont les causes sont multiples. «Quand on a une inadéquation entre l’ensemble de la demande et l’offre qu’on fait, et que ça crée une attente pour la clientèle, on se requestionne à savoir si on utilise bien les plages de consultation, si on a mis en place les ressources nécessaires pour rendre notre accès encore plus fonctionnel, si on assure un bon soutien à nos équipes médicales… Ce sont toutes des questions qu’on se pose», mentionnait Mélanie Dubé, directrice clientèle en ophtalmologie et services ambulatoires spécialisés au CHU de Québec.

Pour certaines spécialités, comme l’urologie, la demande est forte avec le vieillissement de la population, expliquait encore Mme Dubé. «C’est pourquoi on est constamment en train de rechercher comment on peut mieux faire les choses pour s’assurer que nos médecins spécialistes traitent les bons patients. On a aussi ce défi-là de la pertinence des consultations dans nos milieux.»

Comme les rendez-vous sont toujours octroyés en fonction des besoins cliniques des patients, «on va donc s’assurer que les patients ayant une condition clinique qui nécessite qu’ils soient vus dans un délai plus rapproché le soient avant une personne» dont la condition est moins urgente, précisait Mme Dubé.

*Prénoms fictifs