Caro Loutfi et Samantha Reusch oeuvrent pour l'organisation à but non lucratif «L'Apathie c'est plate», qui encourage les jeunes à s'impliquer dans la politique.

Des groupes veulent aider les jeunes électeurs à reconnaître la désinformation

OTTAWA — Samantha Reusch veut aider les jeunes Canadiens à reconnaître les fausses nouvelles en ligne, car il lui est impossible, à elle et à ses collègues, de surveiller tous les réseaux sociaux pour y débusquer de la désinformation pendant la prochaine campagne électorale

Mme Reusch est responsable de la recherche chez «L'Apathie c'est plate», une organisation à but non lucratif qui encourage les jeunes à s'impliquer dans la politique. Selon elle, la désinformation sur les réseaux sociaux peut représenter un obstacle pouvant empêcher les jeunes Canadiens à participer à la vie politique.

Au cours des prochaines semaines, le groupe et près de 400 autres organisations et individus lanceront une campagne de sensibilisation visant à aider les jeunes électeurs à reconnaître les informations erronées et les sources suspectes sur Internet.

La campagne enseignera notamment aux jeunes comment désactiver la fonction de lecture automatique sur YouTube ou utiliser une recherche inversée sur Google. L'accent sera également mis sur comment les algorithmes sont utilisés pour déterminer ce que les utilisateurs de médias sociaux voient dans leurs flux.

Mme Reusch dit que son groupe souhaite que les jeunes électeurs «réfléchissent de manière critique à ce qu'ils voient en ligne et aux raisons pour lesquelles cela pourrait se propager».

«S'ils voient une histoire qui les font réagir très fortement, il se peut que quelqu'un cherche à obtenir cette réaction en eux. Il fait prendre du recul et vérifier la source», ajoute-t-elle.

Cette offensive, une parmi tant d'autres, découle des inquiétudes sur la possible mise sur pied de campagnes de désinformation fomentées par des acteurs étrangers ou des trolls, qui pourraient avoir un effet sur le résultat des élections fédérales du 21 octobre.

Le gouvernement fédéral a mis en place une équipe de hauts fonctionnaires chargés de détecter toute ingérence étrangère et d'en alerter la population si nécessaire. Les partis ont également été informés de la manière dont ils peuvent se protéger contre la désinformation sur Internet.

Des groupes comme «L'Apathie c'est plate» s'adressent à des individus.

L'organisation et ses partenaires planifient une semaine d'activités qui s'amorcera le 8 septembre pour se terminer une semaine plus tard, à l'occasion de la Journée internationale de la démocratie de l'ONU.

Mme Reusch déplore que les élèves ne soient pas assez instruits de ce phénomène à l'école, d'où la nécessité d'une campagne de sensibilisation.

«L'éducation civique n'est pas uniforme d'un bout à l'autre du Canada. Les programmes d'enseignement civique des provinces varient au secondaire ou au primaire», mentionne-t-elle.

Comprendre le fonctionnement des médias sociaux est un élément crucial d'une réponse systématique à la désinformation, soutient Élizabeth Dubois, professeure adjointe en communication à l'Université d'Ottawa. Mais, dans un premier temps, le pays doit mieux comprendre l'ampleur de la question.

Les chercheurs du Forum des politiques publiques et de l'École Max Bell de politiques publiques de l'Université McGill à Montréal ont l'ambition de le faire cet automne. Leur projet de démocratie numérique suivra de près la manière dont les nouvelles et les informations sont partagées et digérées avant le vote du 21 octobre.

Un premier rapport de l'équipe de projet révèle que le niveau global de désinformation au Canada «semble être assez faible».

Selon Mme Dubois, les partis politiques, les organisations gouvernementales et les organisations tierces, y compris les organes de presse et les organisations non gouvernementales, doivent contribuer à sensibiliser la population à la manière dont sont produites et partagées les nouvelles et au fonctionnement des technologies numériques.

Elle dit aussi les plateformes en ligne doivent s'assurer que leurs systèmes ne génèrent pas de contenu malveillant qui pourrait être préjudiciable au cours d'une campagne électorale.

Mais identifier un contenu trompeur peut être très difficile, reconnaît Mme Dubois.

«C'est très, très difficile d'identifier ce qui constitue une désinformation et ce qui constitue une satire ou une opinion personnelle, mentionne-t-elle. Les discours politiques légitimes peuvent se présenter sous différentes formes.»