Le budget Leitão confirme notamment le versement de 215,3 millions $ pour la réalisation des plans et devis du réseau structurant de transport en commun articulé autour d’un tramway et d’un trambus.

Des garanties pour le tramway mais pas pour le troisième lien

Le gouvernement Couillard a déjà mis de côté un milliard de dollars sur les trois nécessaires pour le réseau structurant de transport en commun (RSTC) de la Ville de Québec, mais ne peut garantir qu’une somme comparable pourra être débloquée dans les prochaines années pour un troisième lien routier Québec-Lévis.

Lors de la période de questions sur son dernier budget, le ministre des Finances a convenu que le Plan québécois des infrastructures (PQI), qui couvre une période de 10 ans, approche dangereusement du point de saturation.

«Cent milliards de dollars, c’est 25% de notre PIB, c’est un effort très important. Je pense personnellement que nous sommes à la limite», a répondu Carlos Leitão à un journaliste lui demandant spécifiquement s’il pourrait financer un troisième lien. «Il y a une marge quand même, une enveloppe centrale» pour de nouvelles inscriptions, a-t-il ajouté. 

Son collègue Pierre Arcand, président du Conseil du trésor, a spécifié que «ce qu’il y a actuellement à l’intérieur du Plan québécois des infrastructures, c’est simplement le projet à l’étude» et une somme de 20,5 millions $ pour le bureau de projet. «Avant que ça aille un peu plus loin, il va falloir qu’il y ait dans la région de Québec un consensus sur la suite des choses», a-t-il fait valoir. 

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Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) ne s’est pas fait prier pour rebondir sur le sujet. «On a un peu la preuve que c’est pas sérieux le Parti libéral quand il parle du troisième lien», a lancé François Legault, qui s’est engagé à débuter la construction dans un premier mandat. 

Invité à dire comment il ferait de la place dans un PQI bien garni, l’élu de l’opposition s’est dit prêt à réévaluer le plafond de l’enveloppe globale aussi bien que le coût de chacun des projets qui en font partie. 

Le budget Leitão confirme autrement le versement de 215,3 millions $ pour la réalisation des plans et devis de son RSTC articulé autour d’un tramway et d’un trambus. Le projet de 3 milliards $ passe en phase planification dans le PQI — dans le langage de Régis Labeaume, maire de Québec, c’est un «go» — et une réserve d’un milliard de dollars est constituée. 

«C’est un engagement du gouvernement, alors on fait ce qu’il faut pour être capable, oui, de pérenniser le projet. J’ai entendu tous les autres partis politiques et j’ai entendu personne dire qu’ils étaient pour déchirer le projet. Moi, je suis convaincu que ce projet-là voit le jour», a commenté le ministre responsable de la Capitale-Nationale, Sébastien Proulx. 

La Ville de Lévis a droit à un traitement comparable et reçoit 7,9 millions $ pour des études et 80 millions $ pour la réalisation de son projet de voies réservées sur le boulevard Guillaume-Couture et la route des Rivières. 

Pari des transports collectifs

De façon générale, le gouvernement du Québec fait le pari des transports collectifs dans ce budget, de quoi ravir les environnementalistes qui poussent en ce sens depuis belle lurette. Pour le ministre des Transports, André Fortin, c’est aussi une façon d’aider les familles, qui pourront se déplacer plus facilement et donc perdre moins de temps dans le trafic. 

Dans plusieurs documents, il est question d’une «nouvelle ère de grands projets structurants en mobilité durable». Le dévoilement imminent de la nouvelle politique provinciale de mobilité durable y est pour quelque chose. 

Avant même la fin des travaux du Réseau express métropolitain (REM), du RSTC de Québec et du prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, Québec se donne pour cible d’augmenter de 25% sur cinq ans l’offre de services de transport collectif, ce qui devrait se traduire, selon un ratio couramment utilisé, en une hausse de 12,5% de l’achalandage. 

Un budget de 3,5 milliards $ sur cinq ans sera disponible pour concrétiser cette politique de mobilité. Cela inclut 696 millions $ pour l’achat d’autobus, l’aménagement de voies réservées et de stationnements incitatifs, l’ajout de trajets et de fréquences, 39 millions $ pour le transport collectif régional et 110 millions $ pour le transport adapté. 

Le gouvernement Couillard veut également encourager l’innovation. Exactement 170 millions $ sont réservés entre autres pour une meilleure planification de l’aménagement du territoire, le développement des transports actifs et la mise en place de systèmes de transport intelligents. 

Tel que convenu au Sommet sur le transport aérien régional, 100 millions $ seront investis d’ici 2022-2023 dans les infrastructures aéroportuaires tandis qu’une aide de 22,5 millions $ est prévue pour les dessertes aériennes régionales et 40 millions $ pour le programme élargi de réduction des tarifs aériens. 

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UN «PREMIER PAS» DE 250 M$ POUR COMPENSER LES TAXIS

Le gouvernement du Québec met 250 millions $ sur la table pour compenser la perte de valeur des permis de taxi depuis l’arrivée d’Uber. La façon de distribuer l’argent entre les propriétaires de Montréal, Québec et Gatineau reste à négocier. D’autres sommes pourraient suivre.

«Il y a encore des discussions sur le montant exact de la perte de valeur des permis, mais on voulait envoyer une indication claire aux propriétaires de permis de taxi qu’on reconnaît la valeur de la perte», a commenté le ministre des Transports. 

Même si les représentants de l’industrie du taxi visaient plutôt une compensation de 500 millions $, André Fortin a parlé d’un «signal fort», d’un «premier pas» et n’a pas écarté la possibilité que son gouvernement décaisse davantage. Il n’est pas question de rachat de permis. 

Le comité de modernisation de l’industrie du taxi, qui fonctionne cahin-caha en raison des tensions entre divers groupes de taxis et du ressentiment envers le gouvernement, sera mis à contribution pour répartir la somme entre les grandes villes touchées à des degrés différents par la concurrence d’Uber. 

Québec bonifie également pour deux années d’imposition le crédit d’impôt auquel les chauffeurs de taxi ont droit. Ils pourront obtenir 500 $ de plus par année. La dépense avoisine 20 millions $ pour le Trésor. 

En parallèle, le gouvernement Couillard annonce six mois à l’avance la prolongation du projet-pilote d’Uber et d’autres pour Téo Taxi et certaines applications mobiles venant à expiration à l’automne. «Le gouvernement entend les prolonger d’une année, de manière à bien évaluer les impacts de ceux-ci avant de statuer sur les suites à donner.»

Le Regroupement des intermédiaires de taxi de Québec (RITQ) et son nouvel allié Taxis du Grand Montréal et Rive-Sud (TGM) ont accueilli la nouvelle «avec beaucoup d’étonnement». 

«En comité nous avons demandé une simple provision de 500 millions $ et elle nous a été refusée. Le gouvernement reconnaît enfin qu’il est responsable de la perte de valeur des permis de taxi, parce que c’est l’État qui a créé les règles et qui les a changées», ont-ils réagi.