Le terrain vague de l’intersection de la Canardière et du boulevard Montmorency
Le terrain vague de l’intersection de la Canardière et du boulevard Montmorency

Des fouilles archéologiques sur la trace de François-Xavier Garneau

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Qui pourrait imaginer qu’à l’ombre des cheminées de l’incinérateur à déchets de Québec, dans la poussière du ferrailleur de la zone industrielle de la Canardière, se trouvait jadis un quartier bucolique? Que quelques bourgeois logeaient sur les terrains champêtres aujourd’hui contaminés? La Ville y mène d’ailleurs des fouilles archéologiques pour documenter le vécu d’un illustre personnage : François-Xavier Garneau.

Depuis le début du mois, une équipe gratte le sol du terrain vague situé à l’intersection du chemin de la Canardière et du boulevard Montmorency à la recherche de vestiges. «Les fouilles archéologiques sont débutées depuis le 3 août, en prévision d’importants travaux de décontamination», précise la conseillère en communication municipale Audrey Perreault. «Elles devraient se terminer vers la fin août.»

L’objectif est de sauver les artéfacts, de documenter l’histoire, avant que les ouvriers débarquent avec leurs pelles hydrauliques. Car le progrès est en marche.

La mairie planifie la mutation de ce secteur industriel. Elle achète les bâtiments pour les démolir. Elle assainit ensuite le sol, pour le rendre propice à la germination d’un tout nouveau quartier : le Littoral Est. Il s’agit d’un ambitieux projet de transformation urbaine. Appuyé par le gouvernement de la Coalition avenir Québec, la Ville entend investir gros pour que pousse, d’ici 2035, «en partenariat avec les entreprises et les institutions d’enseignement, une nouvelle zone d’innovation technologique ayant pour principaux axes la santé durable, le transport intelligent et les technologies propres», dixit un communiqué municipal.

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Sauf que le lieu a du vécu. Et que son sous-sol renferme des jalons de l’implantation européenne, puis canadienne-française.

Dans son fascicule “Histoire de raconter le quartier Maizerets”, la Ville rappelle que «le chemin de la Canardière traverse la seigneurie Notre-Dame-des-Anges depuis les premiers temps de la colonie». Il conduisait au village de Beauport et donnait accès aux terres agricoles. Durant le XIXsiècle, des «chalets» y sont érigés. Aussi des demeures bourgeoises.

«Quelques citoyens émérites possèdent une résidence le long de son parcours, profitant du calme de la campagne à quelques pas de la ville. Parmi ceux-ci, l’historien François-Xavier Garneau et le chirurgien Robert Giffard […]»

Le terrain vague de l’intersection de la Canardière et du boulevard Montmorency

Construit en 1835

Voilà pourquoi, en 2020, sur le terrain vague de l’intersection de la Canardière et du boulevard Montmorency, des archéologues s’activent. C’est là que Garneau et sa femme, Marie-Esther Bilodeau, ont fait construire leur nid en 1835.

Nous aurions voulu discuter de la valeur du site et des découvertes effectuées avec l’équipe d’archéologues de l’entreprise Truelle et cie rencontrés sur place vendredi. Malheureusement, Le Soleil n’était pas du tout bienvenu. Nous avons été expulsés; le photographe a reçu une salve de cris…

Pourtant, le projet revêt un intérêt certain.

Au Service des communications de la Ville, on nous explique néanmoins. Il y a une maison François-Xavier-Garneau dans le Vieux-Québec, rue Saint-Flavien. Mais l’historien n’y a vécu, en locataire, que deux ans avant son décès.

Il était installé précédemment chemin de la Canardière. «[Cette] maison est demeurée la propriété des descendants de Garneau jusqu’en 1903», note Audrey Perreault.

«Les fouilles de cette année ont donc pour objectif […] de documenter les vestiges de la maison, de localiser et dégager les bâtiments secondaires, ainsi que de mettre au jour des artéfacts qui pourraient témoigner des modes de vie de la famille Garneau.»

«La valeur du site est, entre autres, associée à :

•    son occupation par la famille de François-Xavier Garneau, désigné personnage historique par le gouvernement du Québec;

•    sa représentativité de la bourgeoisie canadienne-française qui était installée le long du chemin de la Canardière au 19siècle; 

•    son potentiel pour la documentation des modes de vie de la famille Garneau au 19e siècle. »

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Consigner l’histoire des francophones

François-Xavier Garneau est célébré par l’État québécois en tant qu’historien des francophones. Il est «inscrit» au Registre du patrimoine culturel.

«Garneau est considéré comme le plus important auteur de la littérature québécoise de son époque et est reconnu comme le fondateur des sciences historiques au Québec», lit-on dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec. «Homme de lettres, notaire et greffier de la Ville de Québec, François-Xavier Garneau publie son oeuvre majeure, Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours, en quatre tomes, de 1845 à 1852. Cela lui vaut d’être proclamé historien national. Par cet ouvrage historique, Garneau vise à rétablir la mémoire de ses compatriotes de langue et de religion, à défendre leurs droits politiques et à promouvoir la culture d’expression française. Il publie des versions révisées en 1852 et 1859, auxquelles s’ajoutent six autres rééditions au XIXe et au XXe siècle.»

Aussi, la Ville de Québec, où il a travaillé durant 20 ans, évoque sa mémoire en tant que «premier historien canadien-français». 

Il a en outre donné dans la poésie. «En 1840, il publie son poème le plus connu : Le Dernier Huron qui traite du sort d’un peuple disparu.»

«Cependant, le travail considérable qu’il s’impose a des répercussions sur sa santé», apprend-on dans le site Web de la Ville. «En 1864, la maladie le contraint à prendre sa retraite. Le conseil municipal lui vote une pension annuelle en reconnaissance des importants services rendus pendant ses vingt années de service. […] Travailleur acharné, il s’est éteint à Québec en 1866.»

La fiche de François-Xavier Garneau dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec est ici.

La Ville de Québec lui consacre une page ici et raconte l’histoire de sa dernière demeure ici