Sans sciences ou sans maths fortes, c’est l’admission dans plusieurs programmes aux niveaux collégial et éventuellement universitaire qui est en jeu.
Sans sciences ou sans maths fortes, c’est l’admission dans plusieurs programmes aux niveaux collégial et éventuellement universitaire qui est en jeu.

Des étudiants privés de maths et de sciences fortes à cause des bulles classes

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Respect des «bulles classes» oblige, les horaires d’élèves de 4e et 5e secondaire ont dû être modifiés à la dernière minute. C’est le cas pour le fils de l’historienne de Québec Catherine Ferland, dont les cours de sciences fortes ont été remplacés par des cours... d’éthique et culture religieuse. Une décision illogique pour la mère de famille, qui souligne que les groupes-classes ne sont de toute façon pas respectés pour certains cours et en dehors des classes.

Mais Catherine Ferland y voit surtout «un impact majeur» sur l’avenir, puisque sans sciences ou sans maths fortes, c’est l’admission dans plusieurs programmes aux niveaux collégial et éventuellement universitaire qui est en jeu.

Mme Ferland a dénoncé la situation sur Facebook, mardi. Elle explique que son fils «s’est fait retirer ses sciences fortes, remplacées par des cours d’éthique et culture religieuse (???)», et que «certains de ses amis ont même perdu leurs maths fortes». 

«Tout ça pour soi-disant respecter les 'bulles-classes'... mais attention, leur groupe de concentration se retrouve pourtant avec des élèves du régulier (pas la même 'bulle') pour certains cours. Aucune logique et, surtout, un impact majeur sur l’avenir. On ne parle pas ici de ne pas pouvoir faire de parascolaire : sans sciences fortes, plein de programmes de cégep et d’université deviennent soudainement inaccessibles», fulminait Mme Ferland.

La colère de l’historienne n’est pas du tout dirigée contre la direction et le personnel de l’école, «qui font un boulot incroyablement difficile», a-t-elle tenu à préciser sur le réseau social, puis au cours d’un entretien avec Le Soleil, mercredi. 

«C’est comme si on leur demandait d’assembler un casse-tête de 2000 morceaux, sans image de référence, auquel il manque des pièces et auquel on a ajouté quelques pièces pas rapport à la dernière minute», illustre-t-elle.

Catherine Ferland a d’ailleurs préféré taire le nom de l’école (du Centre de services scolaire de la Capitale), avec qui elle est en discussion pour tenter de régler la situation. 

«Du côté de l’école, je sens énormément de bonne volonté. […] C’est terriblement difficile de travailler dans ce contexte-là, de devoir créer des horaires avec toutes les considérations de cours à option, de maths fortes, de sciences fortes, etc. Ce n’est pas la faute des écoles, ce n’est pas le résultat d’une mauvaise planification de leur part puisqu’elle [la planification] avait été faite de longue date, pendant l’été, mais avec toutes les directives du ministère de l’Éducation qui sont arrivées trop tard, ce n’était pas évident pour elles de trouver des solutions», souligne Mme Ferland, ajoutant que le cas de son fils est «loin d’être unique».

«Il faut être réaliste»

«Je ne sais pas ce qui va pouvoir être fait pour pallier la situation, peut-être que des cours à distance pourront devenir une solution dans ce contexte-là, je le sais pas», avance la mère de famille, qui note par ailleurs «plusieurs incongruités et incohérences» dans l’application du concept des bulles-classes.

«Le ministre de l’Éducation n’a évidemment pas de contrôle sur tout ce qui se passe, mais dans les cours d’école, à l’heure du dîner, les bulles-classes ne tiennent pas, les élèves sont les uns avec les autres... Même si on essaie de maintenir des bulles, il faut quand même être réaliste : on peut difficilement empêcher des ados de voir leurs amis à l’heure du dîner. On comprend le principe, mais dans la pratique, il faut être réaliste», observe Catherine Ferland.

Ni le ministère de l’Éducation ni le cabinet du ministère de l’Éducation, Jean-François Roberge, n’avaient commenté la situation soulevée par Mme Ferland au moment d’écrire ces lignes. 

Au Centre de services scolaire de la Capitale, on explique que les élèves ont fait leurs choix de cours en février dernier, avant la pandémie. 

«Depuis juin, lors du dévoilement du Plan de la rentrée, les écoles secondaires ont élaboré des horaires et ont eu l’obligation de revoir certains choix d’options pour maintenir des groupes-classes stables, tout en permettant une fréquentation scolaire des élèves à temps plein. Selon les écoles, les options et les élèves, les changements qui ont dû se faire se sont déployés cet été et pendant la rentrée», détaille par courriel la porte-parole, Véronique Gingras.

Mme Gingras souligne qu’il est impossible pour le Centre de services scolaire de la Capitale «de commenter sur chaque option, chaque école et chaque situation d’élève». 

«Les écoles analysent le parcours des élèves et tentent de prendre les meilleures décisions possible dans ces circonstances inédites. Dans des cas comme ceux-là, les situations doivent être gérées localement dans les écoles pour vérifier si des solutions peuvent être apportées dans ce contexte exceptionnel», ajoute Véronique Gingras.