Selon le président par intérim de l’Association des étudiants du Cégep de Rimouski, Rémi Grenier, la fermeture de l’établissement engendre beaucoup de stress et de déception chez les étudiants.
Selon le président par intérim de l’Association des étudiants du Cégep de Rimouski, Rémi Grenier, la fermeture de l’établissement engendre beaucoup de stress et de déception chez les étudiants.

Des étudiants inquiets par la fermeture de la majorité des cégeps du Bas-Saint-Laurent

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
RIMOUSKI – Certains étudiants sont inquiets devant l’incertitude que provoque la fermeture de leur établissement scolaire. Les cégeps de Rivière-du-Loup, de Rimouski et d’Amqui ont annoncé que tous les cours seraient suspendus pour la semaine, tant en ligne qu’en présentiel, après que des étudiants aient reçu un résultat positif à la COVID-19. Le Centre de formation professionnelle de Rivière-du-Loup a emboîté le pas.

Pier-Marc Lamarre, un étudiant en deuxième année de techniques de travail social au Cégep de Rimouski raconte avoir passé par toute la gamme des émotions lorsqu’il a appris, vendredi soir, que tous ses cours étaient suspendus. «J’étais bouleversé et choqué, décrit par téléphone le jeune homme qui est en isolement. J’étais dans l’incompréhension. Les informations étaient minimes. On a eu une communication officielle jeudi qui disait qu’un cas de COVID était positif au Cégep de Rimouski, mais que toutes les activités étaient conservées. Le lendemain, à 18h, au moment où on ne peut plus contacter personne, on reçoit la communication comme quoi le cégep suspend toutes ses activités en ligne et en présentiel. Moi, ce qui m’inquiète, c’est qu’on en entend plus parler depuis!»

Anxiété et stress

Admissible au régime de prêts et bourse, l’étudiant originaire de Baie-Comeau ressent aussi de l’anxiété par rapport à sa situation financière. «Ça me rend insécure parce qu’à la prochaine session, je ne sais pas comment ça va être, comment ça va se passer. Je me demande si je ne serai pas obligé d’arrêter une année pour travailler. Chez nous, sur la Côte-Nord, j’ai un emploi dans mon domaine.» Mais, s’il quitte Rimouski pour suivre ses cours par Internet qui seront offerts à compter du 21 septembre, aura-t-il à revenir pour deux ou trois examens en présentiel à Rimouski? C’est ce qu’il ne sait pas. «Aussi, j’ai des laboratoires humains à faire en communauté, ajoute-t-il. En travail social, c’est quand même important qu’on se voit et qu’on côtoie des humains. Le non-verbal et le paraverbal sont importants. Il y a beaucoup d’incertitude. Je n’arrive pas à me positionner parce que je n’ai pas assez d’information pour prendre une décision. J’envisage peut-être de trouver un emploi dans mon domaine ici, à Rimouski. De toute façon, j’ai une semaine pour aller porter des CV!»

Si son cheminement pédagogique se passe entièrement en ligne, sa présence à Rimouski représente des coûts additionnels qui exacerbent son insécurité financière. «Pour moi, ça a exigé un déménagement, une traverse et de payer un loyer à Rimouski.»

Une autre source de stress réside dans le bail qu’il a signé avec les résidences du cégep. «Dans le communiqué des résidences que j’ai reçu, on nous demande d’avoir une option logement parce que s’ils sont obligés d’évacuer les résidences pour appliquer le protocole de sécurité, il faut que j’évacue mon logement. Quand je me couche, le soir, j’ai en tête que peut-être que demain, ils vont me demander d’évacuer!»

L’Association étudiante est inquiète

Le président par intérim de l’Association des étudiants du Cégep de Rimouski corrobore les propos de Pier-Marc Lamarre. «Ça engendre beaucoup de stress pour les étudiants et de la déception pour plusieurs autres, surtout parce qu’il y en a qui viennent à Rimouski juste pour étudier, reconnaît Rémi Grenier. Ils doivent payer leur loyer et ils auront juste des cours à distance. Je regardais les conversations et les réactions sur les réseaux sociaux. On voit que la motivation a grandement diminué. Certains pensaient à décrocher de l’école à cause de ça. C’est ça qu’on veut éviter à tout prix!»

Selon l’étudiant de deuxième année en sciences humaines, le collège offrait la formation en formule hybride, c’est-à-dire à la fois en présentiel et en ligne, pour «permettre de vivre l’expérience étudiante parce que ce n’est pas juste étudier, être un cégépien». «C’est aussi se faire des nouveaux amis, apprendre une nouvelle méthode de travail. Aussi, c’est plus facile quand on est en présentiel pour poser des questions parce qu’on a une proximité avec les professeurs et les autres étudiants.» 

Pour le jeune Rimouskois, la formation à distance est très impersonnelle. «Même les profs ont de la misère parce que d’habitude, ils interagissent beaucoup avec les élèves, ils les connaissent. Là, ils n’ont pas la chance de les connaître. Une de mes profs me racontait que si elle nous voit dans la rue, c’est possible qu’elle ne nous reconnaisse pas, contrairement en présentiel, où elle peut nommer les noms. C’est très difficile sur le plan social!»

Rémi Grenier est d’autant plus inquiet que les cours ne puissent reprendre en classe parce que certains étudiants ne vivent pas dans un milieu propice à l’éducation et à l’apprentissage. Il pense notamment à ceux qui, comme lui, souffrent d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). «J’ai de la misère à suivre mes cours en ligne parce qu’il y a tellement de distractions autour, témoigne-t-il. C’est beaucoup plus facile de procrastiner quand on est chez soi, plutôt qu’à l’école. Je ne suis pas le seul. Heureusement, la direction a mis beaucoup de ressources à notre disposition qui sont complètement en ligne. Il y a de l’aide psychosocial.»

Aussi, Rémi estime que la formation à distance crée un clivage entre les étudiants. «Ce n’est pas tout le monde qui a le matériel, un ordi, une caméra ou tout simplement une bonne connexion. Si c’est complètement en ligne, c’est dommage. Mais, c’est beaucoup plus sécuritaire pour éviter la propagation du virus», admet-il.

Si la clientèle étudiante sait que les cours reprendront exclusivement en ligne le 21 septembre, personne ne sait toutefois pendant combien de temps il en sera ainsi. «J’ai la crainte que ça perdure dans le temps, avoue le président par intérim de l’association étudiante, qui déplore le peu d’information provenant de la direction. «Il y a un manque de communication, même si je sais qu’ils font leur possible. En tant qu’association étudiante, on n’a pas été prévenus de ce qui allait se passer. C’est quand même un peu décevant parce qu’il y avait beaucoup d’étudiants qui venaient nous poser des questions et on n’avait pas de réponses. J’ai parlé avec la direction à ce sujet-là et on m’a dit qu’ils devaient prendre une décision rapidement. Je comprends, mais c’est ce qui m’inquiète! S’ils ne consultent personne, est-ce que c’est vraiment une bonne décision?» La direction du collège promet une rencontre avec les membres de l’association étudiante jeudi. «On va poser des questions précises sur les développements», prévient Rémi Grenier.