La Guilde des dentelières et des brodeuses, qui compte quelque 200 membres, a récemment tenu des ateliers de démonstration et d'essai au Musée de la civilisation.

Des dentelières et des brodeuses aux doigts de fées

France Ste-Croix ne croyait jamais qu'un jour elle ferait de la dentelle aux fuseaux. «Je me disais que ce n'était pas pour moi, que c'était trop minutieux et que je ne serais jamais capable de manipuler ça.»
Pourtant, depuis maintenant quatre ans, elle tisse, brode et manipule le fil avec une telle aisance qu'on dirait qu'elle a fait ça toute sa vie. «Ça me rend zen», dit-elle, au sujet de la passion qu'elle partage avec quelque 200 adeptes - surtout des femmes - à la Guilde des dentellières et des brodeuses de Québec.
L'association, fondée en 1991, tenait jusqu'à jeudi, pour la troisième année consécutive, des ateliers de démonstration et d'essai au Musée de la civilisation.
«La première chose que les gens nous disent, c'est à quel point ils sont impressionnés par la délicatesse et la patience que ça nous prend», soutient Lyne Clavet, un des nombreux membres à porter à la fois le chapeau de brodeuse et de dentellière. «Puis, souvent, la deuxième chose, c'est qu'ils veulent savoir combien ça coûte», lance-t-elle, avant d'expliquer pourquoi leurs pièces n'ont tout simplement pas de prix à leurs yeux. «On ne fait pas de la dentelle pour la vendre. On la fait pour nous ou on la fait pour l'offrir à nos proches qui sont à même de l'apprécier.»
Diane Hudon portait d'ailleurs fièrement une écharpe en fil de soie qu'elle a tissée patiemment en y consacrant rien de moins que 120 heures de travail. «On m'a déjà offert de l'acheter, la personne voulait me donner 10 $ de l'heure pour en avoir une!» s'exclame-t-elle. «J'ai été flattée par le geste, mais j'ai quand même refusé. Ça ne nous tente pas d'embarquer là-dedans, ce n'est pas dans nos valeurs.»
Les dames se rencontrent une fois par mois au centre communautaire Noël-Brulart de l'avenue Chanoine-Morel pour perfectionner leur art, populaire en Europe, mais aussi partout dans le monde. «À l'association, on a des livres en allemand, en japonais et en toutes sortes de langues», signale Mme Clavet, faisant notamment référence à la frivolité, une technique réalisée à l'aide d'une ou plusieurs navettes. «Comme la littérature est très graphique, tout ce dont on a besoin est l'image du patron et une photo pour comprendre, dit-elle. C'est un art international.»
Des enfants intéressés
Bien que la plupart des gens fréquentant la Guilde soient de jeunes ou de futures retraitées, il n'est pas rare que des enfants souhaitent s'initier à la pratique. «On les fait commencer par la broderie, car ça s'apprend beaucoup plus rapidement et ils se découragent moins vite.»
Habituellement, c'est à partir de l'âge de sept ans que les enfants peuvent commencer à exercer leurs doigts de fée. Avant ça, ils sont rarement suffisamment habiles pour parvenir à maîtriser la technique.
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Torchon, vous dites?
Bucks, russe, Schneeberger... Une des dentelles aux fuseaux les plus faciles à apprendre se nomme la dentelle... torchon. Torchon, vous dites? Attention, cela n'a rien à voir avec la future vocation du tissu qui, avec ses formes géométriques, n'a aucunement l'allure d'une guenille! Selon Lyne Clavet, membre de la Guilde des dentellières et des brodeuses de Québec, ce nom serait en fait dû à la difficulté des Anglais à prononcer les mots dans la langue de Molière. «Le mouvement de base pour cette technique qui nous vient de France est "tourner, croiser, tourner", explique-t-elle. Et les Anglais, qui ont été conquis en 1066, disaient torch au lieu de "tourner". C'est donc devenu torchon au fil du temps», avance-t-elle, ajoutant que les Français n'ont pas la même définition du mot torchon que les Québécois.