Marilyn Guay (en haut à gauche) et sa fille Olivia (en bas à gauche) ont été hébergées chez Emilie Desgagnés et sa petite Odile durant le confinement.
Marilyn Guay (en haut à gauche) et sa fille Olivia (en bas à gauche) ont été hébergées chez Emilie Desgagnés et sa petite Odile durant le confinement.

Des colocs de confinement

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Avec le retour à l’école, Marilyn Guay et sa fille Olivia sont retournées dans leur appartement du quartier Limoilou, à Québec, contentes de retrouver leurs affaires, mais déjà un peu nostalgiques de la colocation de confinement.

Pour elles, c’était la fin d’un intermède imprévu de sept semaines. Quand les écoles ont fermé, le 13 mars, Marilyn s’est retrouvée dans une impasse. Elle devait continuer à travailler comme intervenante auprès des personnes âgées tout en s’occupant de sa fille de 5 ans. 

Un soir où elle se cassait la tête pour trouver une solution, Marylin est allée chercher sa fille chez Emilie Desgagnés et sa petite Odile, 4 ans, qui habitent à quatre coins de rue. 

Les deux mères monoparentales sont de bonnes amies et leurs filles aussi. Alors, Emilie, 42 ans, une enseignante qui devait travailler à la maison de toute façon, a proposé à Marilyn d’emménager chez elle avec sa fille. 

«Ça s’est fait dans l’urgence, raconte Emilie. On s’est dit : “ok, il y a quelque chose de gros, d’inattendu, qui se passe. On va au moins se serrer les coudes”». 

Valait mieux s’improviser colocs que de s’isoler chacune de leur bord, estimaient les deux femmes. 


« On se gérait comme une famille. On était un couple avec des enfants! »
Emilie Desgagnés

Au début, Emilie s’occupait de la marmaille pendant que Marilyn travaillait. «J’étais un peu le mari des années 70. J’arrivais et le souper était fait et le verre de vin était coulé!», raconte Marilyn, 33 ans, dont l’horaire au boulot a ensuite été allégé. 

Pour les deux mamans, la colocation permettait de gagner un peu de liberté en confinement. L’une pouvait se rendre à l’épicerie pendant qu’elle confiait son rejeton à l’autre parent et vice-versa. C’était aussi une soupape. «S’il y’en a une qui était plus capable, elle sortait aller courir ou aller prendre l’air, et l’autre restait avec les enfants», explique Marilyn. 

Odile et Olivia n’ont pas eu de mal à s’adapter à leur ménage improvisé. Elles se sont connues bébé et sont amies depuis la garderie. Elles se sont autodéclarées «soeurs» et se voient si souvent qu’une deuxième balançoire a été installée pour Olivia au sous-sol chez Odile. 

Les deux fillettes ont fait de leur confinement un grand jeu de rôle. Elles ont joué à la famille sans relâche. Souvent, elles interprétaient le rôle de leurs propres mères, disciplinant leurs poupées et les menaçant de leur couper la télé si elle n’obéissaient pas.

Olivia et Odile ont aussi passé beaucoup de temps à jouer dehors. Elles ont fait des bonshommes de neige et des pâtés de bouette. Elles ont joué à la cachette à l’heure où elles auraient dû être derrière leurs pupitres. Et, à deux, elles ont formé une bande en trottinettes, peut-être pour faire la loi dans la ruelle.

De gauche à droite: Marilyn, Odile, Olivia et Emilie

COVID-19?

À mi-parcours, Emilie a commencé à avoir mal à la gorge et à faire de la fièvre. Elle a craint d’avoir été infectée par la COVID-19. 

Tout de suite, elle s’est enfermée dans sa chambre. Marilyn veillait sur elle et faisait office d’agente de sécurité. «Elle venait me porter de la nourriture et de l’eau et elle a mis une barrière de bébé pour pas que les filles viennent me voir», raconte Emilie. 

«Si elle l’a, elle l’a, se disait Marilyn. On va faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que personne d’autre ne l’aille. Mais au moins, on va être ensemble». 

Le lendemain, Emilie passait le test le dépistage de la COVID-19 et était déclarée négative. Elle combattait plutôt un streptocoque, a tranché son médecin.

Après deux semaines à éviter de sortir du condo, les deux femmes ont repris la routine de leur colocation. Quand les fillettes faisaient la sieste l’après-midi, les mamans en profitaient pour faire une demi-heure d’entraînement intense de kick-boxing devant une coach virtuelle. 

Le soir, Emilie et Marilyn visionnaient des séries à propos de deux royaumes très différents — celui des virils Vikings de Last Kingdom ou celui de l’extravagant Joe Exotic, alias le Tiger King.

Sinon, elles buvaient pas mal de vin. Elles jasaient souvent du point de presse quotidien du trio Legault-Arruda-McCann, de leur quotidien en temps de pandémie et des inquiétudes sur l’avenir covidien. Il y avait aussi de la place pour les discussions profondes, les questions existentielles. 

Bien sûr, il y a eu de petites «adaptations» au fil des semaines, tant du côté des parents que des enfants. Mais pas de chicane. 

Au final, leur colocation aura été un antidote pour surmonter l’angoisse et la solitude du confinement. «On était solidaires, résume Marilyn. On pouvait compter l’une sur l’autre.»

Avec la réouverture des écoles, Olivia a retrouvé sa classe et Odile n’est pas retournée à sa garderie, où le nombre d’enfants dans les groupes a été limité. Avec le déconfinement graduel, Emilie et Marilyn ont décidé de reprendre chacune leur domicile. 

Cette semaine, pour la première fois en plus d’un mois et demi, elles ne se sont pas vues pendant quelques jours. La pause a fait du bien, mais a déjà assez duré. Jeudi en fin d’après-midi, Marilyn se rendait souper chez Emilie. «Je m’en vais la voir. Et je suis contente».