D’après des médias belges, le dispositif a été élaboré en 2017, peu après des attaques au camion bélier comme celle de Nice.

Des barrières anti-véhicules béliers installées à Québec

Une barrière mobile «anti-véhicules béliers», créée en Belgique l’an dernier, est actuellement testée par le Service de police de la Ville de Québec pendant le Carnaval. Une première en Amérique du Nord.

L’entreprise belge Pitagone, notamment spécialisée dans les mesures contre les menaces terroristes, se targue d’avoir mis au point «la seule barrière mobile anti-véhicules béliers certifiée au monde».

Pourtant légères et à l’apparence frêle, ces barrières, entièrement fabriquées en Belgique, peuvent neutraliser des véhicules pesant jusqu’à 7,5 tonnes circulant à 48 kilomètres/heure.

Au Canada, le distributeur exclusif du dispositif est Titan Sécurité, une entreprise québécoise établie à Montréal et fondée en 2012. Un officier du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a assisté il y a deux semaines à une présentation de l’équipement par la compagnie. L’entreprise a alors proposé aux divers services de police représentés de prêter l’équipement sans frais pour qu’il soit mis à l’essai.

Le SPVQ, pour qui l’intérêt est bien réel, a levé la main en mentionnant vouloir le tester durant le Carnaval de Québec, cette fin de semaine et la fin de semaine prochaine. «Ce n’est pas encore acheté au SPVQ mais c’est à l’essai pour voir si ça va être un produit dont on va se doter dans le futur», a précisé Mélissa Cliche, porte-parole au SPVQ.

Les barrières étaient installées sur Grande Allée durant la journée de samedi. Elles devaient ensuite être déployées durant le défilé du Carnaval, dans Charlesbourg, en soirée. Le SPVQ avait l’intention de les déplacer au fur et à mesure en suivant les chars.

Car au-delà de contrer la menace que représente un camion-bélier, la mobilité du module est un incitatif intéressant pour la police de Québec, a indiqué Mme Cliche. «C’est vraiment facile à déplacer contrairement à un bloc de béton. […] On va maximiser [notre utilisation] pour vérifier ce qui peut être utile pour nous.» Une barrière peut être déplacée pour laisser passer un véhicule d’urgence, par exemple.

Une évaluation interne sera réalisée par le SPVQ au terme de l’essai afin de déterminer s’il s’agit d’une acquisition pertinente. La police de Québec pourrait décider d’acheter des barrières si elle juge que les occasions (festivals, grands événements, etc.) sont assez nombreuses pour en justifier l’achat. Il sera aussi possible de louer les barrières.

Crash test en vidéo

Selon Éric Buchlin, chef aux opérations chez Titan Sécurité, l’entreprise dispose actuellement de six modules. Pour assurer l’efficacité du dispositif contre un camion-bélier, il faut un minimum de trois modules. Titan Sécurité ne peut donc fournir plus de deux barrières actuellement, soit les deux présentes à Québec. Chaque module Pitagone se détaille 2500 $.

Le distributeur québécois est lui aussi dans une période test. L’achat de modules supplémentaires chez Titan Sécurité dépendra «de la demande», a fait savoir M. Buchlin. «C’est la première fois qu’il est à l’essai», a-t-il rappelé, ajoutant qu’aucun autre prêt test n’était pour le moment prévu.  

L’essai au SPVQ risque donc d’être surveillé attentivement par d’autres corps de police, dont celui de Montréal. Au SPVQ, l’information sera partagée, a-t-on affirmé. «Chaque nouvelle technique qui est utilisée, il y a énormément de collaboration entre les services de police […], toujours dans le but d’améliorer nos façons de faire.»

Titan Sécurité a également l’intention de partager les conclusions du SPVQ à ses clients potentiels.

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La tragédie de Nice

La barrière modulable de Pitagone a été créée à la suite du sordide attentat survenu à Nice, le 14 juillet 2016, en pleine fête nationale française. Un terroriste au volant d’un poids lourd y a fait 87 morts en fonçant dans la foule réunie sur la promenade des Anglais.

Chez Pitagone, l’événement a déclenché tout un processus de réflexion. «On s’est rendu compte qu’il n’y ’avait [aucun dispositif] pour les camions qui était mobile», a expliqué au Soleil Simon Bretholz, directeur des ventes pour l’Europe chez Pitagone.

Joint au téléphone à Bruxelles, ce dernier a expliqué que la barrière avait été officiellement conçue en mai 2017 puis certifiée après un «crash-test» en Allemagne, en août. Depuis, le produit a été utilisé dans une quinzaine de pays, dont l’Australie, qui l’a déployé à Sydney lors des fêtes du Nouvel An. 

Pitagone a voulu créer la barrière la plus flexible possible, capable d’être démontée et déplacée en quelques minutes. «La menace peut se trouver un point A et, 15 minutes après, à un point B. Ça a toujours été un avantage pour nous dans notre réflexion et c’est vraiment ça qu’on voulait faire.»

À ceux qui déploreraient le fait qu’une entreprise profite de la menace terroriste pour s’enrichir, M. Bretholz réplique qu’il en va de la protection d’un mode de vie. 

«Le but de ces barrières, c’est de protéger la population. Si on ne protège pas la population, on doit vivre différemment. Nous on veut continuer d’aller dans des festivals. Les gens ont envie de faire la fête. On ne doit pas changer notre mode de vie complètement à cause de la menace terroriste. On doit quand même trouver des solutions pour qu’elle puisse continuer à vivre normalement. Et ça, c’est notre réflexion», a-t-il lancé d’un trait.

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Comment ça marche?

La barrière modulable de Pitagone s’ancre dans le sol et se renverse dès qu’une pression suffisante est exercée. La capacité d’ancrage a été testée sur le tarmac d’un aéroport, «la surface la plus dure possible», a expliqué Simon Bretholz. La partie horizontale de la barrière, qui se retrouve alors à être surélevée, se déploie pour percer le bas-de-caisse du véhicule à neutraliser, puis éventuellement détruire le bloc moteur. À un poids de 7,5 tonnes et une vitesse de 48 kilomètres/heures, l’entreprise affirme que le camion s’arrête «avant 30 mètres». Les barrières peuvent être installées de façon décalée pour permettre le passage des piétons — comme à Québec samedi après-midi — ou pour former une barrière étanche. Si une barrière prend un minimum de trois modules, il ne semble pas y avoir de maximum. Une fois déclenché, le module est considéré détruit.  David Rémillard

Et si le camion va plus vite?

«Ce n’est pas une solution miracle non plus», admet sans hésiter Éric Buchlin, de Titan Sécurité. «Il y a des endroits qui ne sont pas nécessairement judicieux de l’utiliser.» Il en va du jugement de chaque service de police ou de sécurité qui utilise le produit. «Ça fait partie d’un dispositif de sécurité et il faut l’adapter en fonction du lieu où on est», ajoute M. Buchlin. Les barrières peuvent donc être installées «après une courbe» ou en périphérie du lieu à protéger, bref à l’endroit le plus stratégique. Il peut servir «à alerter» le personnel de sécurité à proximité des barrières pour non seulement neutraliser le véhicule, mais aussi la personne qui se trouve à l’intérieur.