Dans les estrades, de jeunes autochtones ont été chahutées par des spectatrices chaque fois qu’elles brandissaient le drapeau de l’équipe des Chiefs.
Dans les estrades, de jeunes autochtones ont été chahutées par des spectatrices chaque fois qu’elles brandissaient le drapeau de l’équipe des Chiefs.

Des autochtones de Gesgapegiag victimes de racisme lors d’un match de hockey à Paspébiac

GESGAPEGIAG — Des joueurs de hockey et des enfants autochtones de Gesgapegiag ont été victimes de remarques racistes samedi soir lors d’un match opposant les Chiefs, l’équipe de la communauté mi’gmaq gaspésienne, et les Goons de Chandler, lors du Tournoi amical adulte tenu en fin de semaine à l’aréna de Paspébiac.

Dave Condo, un policier de 26 ans travaillant à Gesgapegiag et jouant pour les Chiefs, dénonce la situation, d’autant plus qu’il a entendu des propos désobligeants de ses adversaires après le match. Il avait aussi assisté à un incident lors du match, quand son coéquipier, John Mallette Junior, a été ciblé par un adversaire.

«Il a arrêté de jouer, comme s’il avait reçu un coup. C’était derrière le filet. Dans le vestiaire, entre les périodes, on lui a demandé ce qui était arrivé et il a dit qu’un joueur de Chandler l’avait traité de “christ d’Indien”. Je suis allé voir l’arbitre pour lui dire que des propos racistes avaient été faits, qu’on était en 2020 et que ça n’avait pas sa place. J’étais sûr et certain que ça allait virer à la merde si rien n’était fait. Les arbitres ont dit qu’ils donneraient une pénalité s’ils entendaient (d’autres remarques racistes)» assure M. Condo.

Dans les estrades, les jeunes filles de Pamela Boisvert, dont le père, Tony Martin, jouait également pour les Chiefs, ont été chahutées par des femmes dans l’assistance chaque fois qu’elles hissaient le drapeau de l’équipe. À la fin de la partie, Ténika, l’une des jeunes filles, est descendue des estrades afin d’attendre son père. Elle est revenue vers sa mère en disant qu’une femme lui avait dit que les «hostie d’Indiens devraient même pas jouer!».

Il y a eu un peu de bousculade sur la glace à la fin de la partie, après la poignée de main, et les insultes ont repris une fois les équipes au vestiaire.

Dave Condo a entendu l’équipe de Chandler crier «les Indiens, les Indiens dans leur vestiaire.» «Je suis allé les voir pour leur dire : “C’est quoi, votre problème? Nous sommes en 2020. Ça ne se dit pas” (…) Ce genre d’incident, je l’ai vécu en maudit, quand j’étais jeune. Je pensais avoir trouvé la bonne manière de me protéger de ça, avec les années. Maintenant, mon garçon de sept ans me dit : “Je ne veux plus venir te voir jouer”. La police ne peut rien faire avec ça parce que ce n’est pas criminel. C’est une question de droits de la personne. Mon but, ce n’est pas de faire chier le monde. Mon but, c’est de sensibiliser le monde et convaincre les gens que ce devrait être tolérance zéro dans les arénas», assure M. Condo.

Dave Condo est un policier de 26 ans travaillant à Gesgapegiag.

L’organisation du tournoi déplore la situation

Le porte-parole du Tournoi amical de Paspébiac, Rémi Whittom, est ébranlé par l’incident de samedi soir.

«Je n’endosse aucunement ces propos, aborde-t-il en parlant de ce qui s’est dit sur la glace. Gesgapegiag est une équipe compétitive. On aime les voir jouer ici (…) On a des anglophones et des autochtones qui jouent au tournoi et ils seront toujours les bienvenus».

Rémi Whittom rappelle que Paspébiac est loin d’être le seul endroit où des joueurs autochtones ont parfois été pris à partie, mais son organisation entend pendre les moyens nécessaires pour que ça ne se reproduise plus.

«On va faire signer un code d’éthique à chaque joueur. Si on impose une pénalité d’inconduite à un joueur qui fait une remarque inacceptable, un désavantage numérique de dix minutes va pas mal punir son équipe», dit-il.

En ce qui a trait à ce qui se passe dans l’assistance, «c’est une autre réalité. On a inscrit sur le plancher, à l’entrée de l’aréna : c’est juste un jeu», note M. Whittom, qui se dit ouvert à examiner d’autres moyens pour modérer les échanges dans les gradins.

Félix Albert, joueur responsable des Goons de Chandler, une équipe composée de jeunes adultes, offre une autre version de la situation. Il dit que les Chiefs ont porté «des mauvais coups» à ses joueurs avant que l’un d’eux dise «christ d’Indien» à John Mallette.

«Notre joueur est allé s’excuser et il lui a dit : “je n’aurais pas dû dire ça”. Le joueur des Chiefs a répondu: “It’s OK” (…) Je pense qu’il y avait de la frustration parce qu’ils ont perdu», note Félix Albert, parlant de la fin de match houleuse. Il ajoute que certains joueurs des Chiefs ont proféré des menaces de mort à l’endroit des Goons, une fois dans les vestiaires.

Pétition

D’autre part, Dave Condo se réjouit des appuis reçus par sa conjointe, Amanda Ottawa, qui a lancé dimanche une pétition pour instituer la tolérance zéro à l’endroit des remarques racistes dans les arénas, et ailleurs.

«Près de 700 personnes ont signé en moins de 24 heures, beaucoup de gens qui nous encouragent, et qui commentent la situation», dit-il. En début de soirée lundi, le cap des 1000 signatures avait été franchi. 

M. Condo entend «entrer en contact avec les maires de la région pour appliquer une politique de tolérance zéro quant aux propos racistes dans les arénas».

Pamela Boisvert, la mère de Ténika, note qu’on «ne veut pas que les gens prennent systématiquement pour les autochtones. On veut sensibiliser les gens à la nécessité de changer les comportements. C’est peut-être trois joueurs qui ont causé tous les ennuis. C’est juste que généraliser des propos racistes devant une enfant de 12 ans, c’est aller trop loin».