Des adieux sans bruit: Rhéal Charron (1922-2020)

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Cet été, les huit enfants de Rhéal Charron ont lâché deux ballons dans le ciel, un en mémoire de leur mère décédée il y a plusieurs années et un en mémoire de leur père, emporté au printemps par la COVID-19, à 97 ans.

Le ballon maternel s’est envolé comme prévu. Mais le ballon paternel est resté coincé dans un arbre durant des semaines. «Ma sœur m’a dit : “c’est comme s’il ne voulait pas partir”», raconte la fille cadette de Rhéal Charron, Lyne Charron. 

Rhéal Charron avait dit qu’il se rendrait à 100 ans. Après deux crises cardiaques, il avait repris la forme et était encore très lucide. Mais lors de la première vague, une éclosion de COVID-19 a frappé la maison Paul-Triquet, une résidence pour les vétérans où M. Charron habitait. Selon Lyne Charron, son père a été le dernier à périr de la COVID dans la maison.

Les restrictions de visites ont été très difficiles pour la famille et pour M. Charron. Lyne Charron se souvient à quel point son père était heureux quand les enfants sont venus le saluer de l’extérieur de la maison. «Il chantait. Il était super content de voir ses filles et son garçon. On lui avait fait une grosse pancarte», raconte Lyne Charron. 

Rhéal Charron, un homme si proche de sa famille, est mort seul dans sa chambre l’après-midi du 10 mai. «On sait qu’il a fait une belle vie, dit Lyne Charron. Mais ce qu’on a trouvé le plus dur, c’est de ne pas être avec lui».

Rhéal Charron a eu une vie très remplie. Il s’est enrôlé dans l’armée en 1942, à l’âge de 17 ans. Il était sur le point d’être déployé quand la Deuxième Guerre mondiale a pris fin. Le reste de sa vie professionnelle, Rhéal Charron a été gérant de district pour une compagnie de produits hygiéniques.

Mais c’est d’abord pour sa famille que M. Charron se levait le matin. Marié plus de 60 ans, Rhéal Charron a été follement amoureux de sa femme. «C’était le rayon de soleil à mon père, dit Lyne Charron. Elle était toujours de bonne humeur». 

Il en a pris soin jusqu’à la fin, quand son amoureuse souffrait d’Alzheimer. «Il a eu beaucoup de peine quand elle est décédée, dit Lyne Charron. C’est une partie de lui qui est partie». 


« On sait qu’il a fait une belle vie. Mais ce qu’on a trouvé le plus dur, c’est de ne pas être avec lui. »
Lyne Charron, fille de Rhéal

Le couple a eu huit enfants. Les six premiers sont nés à Aylmer. Les deux derniers ont vu le jour à Québec, où la famille s’est établie dans une maison tenue de façon impeccable. 

À la retraite, M. Charron a passé une vingtaine d’hivers en Floride. Une fois, Lyne Charron revenait de là-bas quand est allée rendre visite à son père à la maison Paul-Triquet. «Maudite chanceuse!», lui a-t-il lancé. 

Mais le plus grand plaisir de Rhéal Charron était de voir ses petits-enfants. «Il pouvait sortir le frigidaire au complet, dit Lyne Charron. Il pouvait tout leur donner. C’était le premier à aller les voir. C’était un bon papi».

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