Hilale Fansa
Hilale Fansa

Des adieux sans bruit: Hilale Fansa (1931-2020)

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Avec ses yeux verts, Hilale Fansa était encore plus belle que Sophia Loren. C’est certainement ce que Brahim Sayem Ad Dhar, fils d’un magnat du textile, s’est dit lorsqu’il l’a vu pour la première fois dans les rues d’Alep, en Syrie.

C’était avant de découvrir que la jeune femme, avocate descendante de la noblesse syrienne, était aussi instruite, intuitive et fière. «C’était une féministe, une des premières à avoir fait son cours de droit là-bas», raconte fièrement sa fille Nour Sayem, auteure et femme d’affaires de L’Ancienne-Lorette. 

En 1967, après un coup d’État, la famille de Hilale Fansa et Brahim Sayem Ad Dhar perd tout ou presque avec l’étatisation de son entreprise. Le couple décide de quitter la Syrie avec ses quatre enfants. Destination : Montréal. 

Hilale Fansa ne pratiquera pas comme avocate au Québec. Elle se fera enseignante.

La belle Syrienne était bien loin du cliché de la femme arabe, dit sa fille. «Elle dirigeait mon père sans que ça paraisse, raconte Nour Sayem. Elle lui disait “oui, tu as raison” et faisait bien ce qu’elle voulait!»

Hilale et son mari repartiront finalement vers le Liban puis le Maroc, laissant leurs enfants bien établis au Canada. 


« Je n’ai pas pu toucher ma mère, glisse-t-elle doucement. Le deuil est très difficile… Je ne réalisais pas vraiment que ma mère était partie, quand c’était tout le temps sur la caméra... »
Nour Sayem, fille de Hilale

En 2011, après la mort de son père, Nour Sayem va chercher sa mère au Maroc et l’installe dans un appartement près de chez elle. Durant six ans, la dame âgée se porte plutôt bien; elle va au cinéma avec sa fille, à l’opéra. Puis, sa mémoire baisse et des symptômes de démence s’installent.

La vieille dame déménage en CHSLD dans la région de Montréal, près de son fils. 

En mars, la COVID-19 frappe : le CHSLD ferme ses portes hermétiquement aux visiteurs. «Le dernier mois, on ne pouvait pas la voir et on n’avait aucune communication, raconte douloureusement Nour Sayem. Mon frère appelait et n’avait aucune réponse.»

Mme Fansa s’éteint le 21 avril. Ses enfants ont su qu’elle avait une pneumonie et qu’elle s’est étouffée avec de la nourriture. Son test de COVID-19 était négatif.

Seulement quatre membres de la famille ont pu assister aux funérailles. Nour Sayem a suivi la cérémonie par le biais de la visioconférence.

«Je n’ai pas pu toucher ma mère, glisse-t-elle doucement. Le deuil est très difficile… Je ne réalisais pas vraiment que ma mère était partie, quand c’était tout le temps sur la caméra...»

Diplômée au doctorat en science et technologie des aliments, Nour Sayem remercie sa maman d’avoir laissé à sa famille un héritage extraordinaire : l’importance de l’instruction.

Jusqu’à la toute fin, Hilale Fansa avait, accroché sur les murs de sa chambre, les photos de ses enfants et de ses petits-enfants avec la toge et le mortier de graduation. «Elle disait toujours : “tu peux tout perdre, mais si tu as l’instruction, tu vas t’en sortir”», évoque Nour Sayem.

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