Depuis la fermeture des huit lits de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement en novembre, puis de ses 44 lits d’hospitalisation en psychiatrie en juin, les urgences psychiatriques du CHUL (photo) et de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus débordent.

Départ massif d'infirmières au département de psychiatrie du CHUL

Pas moins d’une douzaine d’infirmières quitteront le département de psychiatrie du CHUL en septembre, a appris Le Soleil. Il semble que le débordement chronique et la surcharge de travail liés à la fermeture de lits en psychiatrie ne soient pas étrangers à ce départ massif.

«Il y a beaucoup de ça, et aussi l’impossibilité d’accéder à des postes de jour», nous a confié une source, qui précise que la douzaine d’infirmières qui quitteront leur poste en psychiatrie au CHUL resteront au sein du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale (de qui relève la psychiatrie depuis 2015), mais iront pour la majorité travailler en CLSC et en réadaptation.

«Nous manquons énormément d’effectifs [en psychiatrie]. Nous sommes en TSO [temps supplémentaire obligatoire] depuis plusieurs mois et rien n’est fait pour que ça s’améliore. On nous impose toujours plus de formulaires complexes à remplir, donc moins de temps pour nos patients. Les urgences débordent et on ferme des lits sans savoir pourquoi. On nous envoie des cas qui devraient être admis au médico-légal de l’IUSMQ [Institut universitaire de santé mentale de Québec]», dénonce notre source.

Selon elle, le départ des 12 infirmières risque d’engendrer «une problématique» dont les patients «vont encore une fois payer le prix».

Depuis la fermeture des huit lits de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement en novembre, puis de ses 44 lits d’hospitalisation en psychiatrie en juin, les urgences psychiatriques du CHUL et de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus débordent «sans arrêt». «On a les plus hauts taux d’entrée et de sorties jamais vus», nous dit-on.

Lorsqu’elle déborde, l’urgence psychiatrique de l’Enfant-Jésus doit parfois fermer ses portes et rediriger les patients vers le CHUL, lui-même en surcapacité. Selon notre source, l’urgence psychiatrique du CHUL se serait déjà retrouvée avec 30 patients, alors que sa capacité est de 13 civières. «Les autres restent dans le corridor de l’urgence physique», précise-t-elle.

La fermeture du département de psychiatrie de l’Hôpital du Saint-Sacrement s’inscrivait dans le plan de réorganisation en santé mentale du CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui vise à développer davantage de services dans la communauté et à concentrer la psychiatrie au CHUL, à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus (ultimement à Saint-François d’Assise) et à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ).

Pour la région, on est passé de 26 à 23 civières à l’urgence psychiatrique (CHUL et l’Enfant-Jésus). Quant aux lits d’hospitalisation en psychiatrie, sur les 327 lits qu’il y avait à Québec au 1er avril 2017, il n’en restera plus que 257 au CHUL et à l’IUSMQ au 1er avril 2021. À l’heure actuelle, plusieurs unités d’hospitalisation au CHUL et à l’IUSMQ sont en surcapacité.

Pas de lien, selon le CIUSSS

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale ne fait pas de lien entre le départ des 12 infirmières du CHUL et les conditions qui prévalent en psychiatrie.

«C’est un mouvement qu’on voit dans l’ensemble du CIUSSS, dans toutes les directions, avec la fusion des 54 accréditations [il n’y a maintenant plus que quatre accréditations syndicales au CIUSSS]. C’est un premier affichage dans ce contexte, et ça crée une opportunité pour le personnel de se réorienter. Chacun a ses raisons de vouloir aller travailler ailleurs; ça peut être pour se rapprocher de leur domicile, ou pour avoir un poste de jour ou à temps partiel, par exemple. On ne peut pas faire de généralités sur leurs raisons de partir ou faire de lien de cause à effet», estime une porte-parole du CIUSSS, Annie Ouellet. 

Mais pour le Syndicat (FIQ) des professionnelles en soins de la Capitale Nationale, «quand il y en a plusieurs qui partent, il y a des questions à se poser». «C’est un travail qui est exigeant, où le personnel est régulièrement en surcharge de travail et en débordement, où le TSO se fait de manière régulière», souligne le vice-président du syndicat, Pierre-Olivier Bradet, selon qui la fermeture de lits en psychiatrie a eu «un effet domino».

Plus tôt en août, Le Soleil a fait état de l’expérience vécue par Simon Pichette, un jeune homme bipolaire qui, à l’instar de 600 autres patients, s’est retrouvé sans psychiatre ce printemps et qui a été hospitalisé trois fois en psychiatrie entre le 6 juillet et le 12 août.

La troisième fois, Simon Pichette est resté près d’une semaine à l’urgence psychiatrique du CHUL, faute de lits disponibles. «Ça a été contre-productif pour ma santé mentale. C’est impossible de bien dormir, tu es constamment dérangé par des facteurs extérieurs, il manque de psychiatres, le personnel est débordé», témoignait-il.

Situation «stable»

Selon la porte-parole du CIUSSS, la situation dans les urgences psychiatriques serait «stable, particulièrement depuis trois semaines».

«Tout comme dans les urgences physiques, les urgences psychiatriques peuvent connaître des pics d’achalandage, pour différentes raisons, selon la fréquentation de la population. Lorsque ça se produit, on ajoute des ressources [...] et on utilise des lits additionnels», mentionne Annie Ouellet.