Il n'est pas toujours facile de comprendre en quoi consiste un consentement libre et éclairé.

Dénonciations d'agressions sexuelles: les organismes d'aide débordés

La vague de dénonciations d'agressions sexuelles qui frappe actuellement la province déferle jusqu'à Québec, où les organismes d'aide aux victimes sont plus débordés que jamais. La demande va même jusqu'à quadrupler dans certains centres depuis le 1er novembre.
«On ne va pas chômer!», lance Valérie Brancquart, intervenante chez À Tire-d'Aile CALACS (Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel), qui reçoit actuellement deux nouvelles demandes par jour, alors que l'organisme en traite une aux deux jours en temps normal.
Ça crée une forte pression sur l'équipe d'intervenants, qui ne parvient pas à suffire à la demande. Valérie Brancquart, qui agit également comme agente de financement pour l'organisme, s'est d'ailleurs vue dans l'obligation de mettre en veilleuse ses rôles connexes au sein de l'organisme afin de se consacrer à temps plein à l'intervention.
Malgré ce renfort, la liste d'attente s'allonge, atteignant environ huit personnes jusqu'à maintenant, selon Mme Brancquart. Ne sont comptées dans ce calcul que les demandes provenant de Lévis, alors qu'À Tire-d'Aile CALACS dessert également Lotbinière et Montmagny.
L'organisme avait dû composer avec sa plus longue liste d'attente - d'une dizaine de personnes - en 2004, peu après que Nathalie Simard eut porté plainte à la Sûreté du Québec contre son ex-agent Guy Cloutier pour agressions sexuelles.
La ligne-ressource provinciale pour les victimes d'agression sexuelle observe elle aussi une augmentation d'appels au cours des dernières semaines. Du 1er au 13 octobre, 19,31 appels ont été reçus chaque jour en moyenne, alors que la statistique passe à 23,15 du 1er au 13 novembre. C'est une hausse de 3,8 appels par jour dans le dernier mois uniquement.
Deborah Trent, directrice du Centre pour les victimes d'agression sexuelle de Montréal, qui gère la ligne-ressource, affirme également que 38 des appels faits dans les 10 derniers jours - dont 10 provenaient de la région de Québec - avaient été directement provoqués par la tempête médiatique impliquant l'animateur vedette de la CBC, Jian Ghomeshi, qui a récemment été la cible de plaintes pour agressions sexuelles.
Chez CALACS Viol-Secours, qui a pignon sur rue à Limoilou, la demande d'aide se fait sentir depuis bien avant l'affaire Ghomeshi.
«Je ne veux pas dire que c'est l'enfer, mais depuis juillet, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de suivis à faire», affirme Nathalie Gagnon, directrice générale par intérim de l'organisme. «Pourquoi depuis juillet? On se le demande. Mais ça a commencé au Festival d'été, durant lequel il y a toujours beaucoup d'agressions. Il ne faut pas se le cacher.»
Essouflement
Alors que les sept intervenantes régulières du centre sont normalement responsables d'environ sept dossiers chacune, elles doivent actuellement supporter la pression de 12, voire 13 demandes à la fois. «Je le sens que les filles sont fatiguées. Il y a un essoufflement dans l'équipe», s'inquiète Mme Gagnon. «Des histoires de viol, elles ne peuvent pas en entendre plus que trois ou quatre par jour!»
À cause de cette forte demande, il est difficile pour Mme Gagnon de dire si la vague de dénonciations observée dans les médias a un impact sur le nombre d'appels reçus par CALACS Viol-Secours.
Par ailleurs, la vague de dénonciations d'agressions sexuelles ne semble pas avoir atteint les jeunes victimes jusqu'à présent. Selon Sindy Brodeur, intervenante psychosociale depuis neuf ans chez Tel-jeunes, «les appels du genre, on les a depuis toujours. On les a tout le temps.»
Est-ce que les jeunes se sentent moins concernés par le mouvement? Peut-être, dit-elle, mais une chose est sûre : la jeune fille qui s'est fait agresser il y a deux semaines n'a pas le recul de celles qui dénoncent une agression commise il y a plusieurs années.
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Le temps de Fêtes, période sombre pour les victimes
Les organismes d'aide aux victimes d'agression sexuelle n'ont pas fini d'être débordés, si l'on se fie à Valérie Brancquart, intervenante chez À Tire-d'Aile CALACS. Le temps des Fêtes serait en effet une période particulièrement sombre pour beaucoup de victimes, particulièrement celles ayant été agressées par un membre de leur famille.
«Elles se remémorent de mauvais souvenirs», et ça se ressent dans le nombre d'appels, dit Mme Brancquart. «Ça n'est pas un énorme boom, mais on voit la différence dans les statistiques.»