C'est en fouillant parmi les milliers de membres que compte la page Facebook «La Meute» que Le Soleil est tombé sur le nom du maire de Montréal.

Denis Coderre rejoint malgré lui un groupe antimigrants

Facebook, vie privée et vie professionnelle ne font pas toujours bon ménage, et la prudence est de mise. Le maire de Montréal, Denis Coderre, en a brièvement vécu l'expérience la semaine dernière sans même s'en apercevoir.
Le maire de la métropole s'est retrouvé contre son gré sur la page Facebook «La Meute», pourtant secrète et introuvable par une simple recherche. 
Le groupe, fondé par un ex-militaire des Forces armées canadiennes, a été créé cet automne pour mobiliser ceux et celles qui veulent défendre le Québec «contre l'invasion de l'islam». Les «loups et les louves» sont notamment contre l'arrivée massive au Canada de migrants syriens, craignant l'infiltration de terroristes en sol québécois et l'implantation de la charia. 
Or, Montréal doit accueillir la plus grande proportion des 7300 réfugiés de la Syrie qui débarqueront au Québec d'ici la fin 2016. Qui plus est, M. Coderre a déclaré en septembre que «Montréal, comme le Canada, est une terre d'accueil [pour les migrants syriens]». 
C'est en fouillant dans les milliers de membres que Le Soleil est tombé sur le maire de Montréal. Vérification faite, sa page personnelle était munie de la petite bulle bleue certifiant qu'il s'agissait bien du vrai Denis Coderre. 
Contactée samedi après-midi, son attachée de presse, Catherine Maurice, était plutôt surprise d'apprendre que son patron s'était retrouvé sur une telle page. 
Quelques instants après l'appel du Soleil, M. Coderre avait disparu de La Meute.
«J'ai contacté M. Coderre et il n'a pas joint ce groupe-là. Il n'en avait jamais entendu parler avant aujourd'hui», a fait savoir Mme Maurice un peu plus tard. Elle a du coup confirmé que M. Coderre s'était retiré de la page à la suite de l'appel du Soleil. «On vous remercie.»
Le maire de Montréal était sur la page depuis samedi dernier, il y a une semaine. Il a été ajouté par un internaute déjà membre de La Meute. L'individu figurait sur la liste d'amis du maire - il en a près de 5000, la limite autorisée pour une page personnelle -, ce qui lui a permis de l'ajouter à la page secrète. 
Un administrateur a ensuite accordé l'entrée à M. Coderre, qui ne semble pas avoir été témoin des alertes généralement envoyées par le réseau social pour signifier une adhésion. «Lorsqu'un(e) ami(e) vous ajoute à un groupe, vous en êtes automatiquement averti(e)», peut-on lire dans la section Aide de Facebook. 
Joint par Le Soleil, l'internaute en question s'est braqué et a assuré d'entrée de jeu qu'il avait beaucoup de respect pour le maire. Il a toutefois refusé de valider s'il l'avait effectivement ajouté à la page, une information pourtant facilement vérifiable. Pour chaque membre, il est en effet inscrit depuis combien de temps et par qui cette personne a été ajoutée au groupe. Il en est de même pour la plupart des pages. 
Les ajouts non désirés à des groupes sont un véritable fléau depuis au moins dix mois sur Facebook. Suffit de réaliser une brève recherche dans la section Aide du réseau social, en anglais comme en français, pour constater la grogne des utilisateurs. 
Il ne semble y avoir aucun moyen de s'en prémunir. La seule solution est de quitter le groupe non souhaité si vous en avez conscience, concluent à peu près tous ceux qui se sont plaints à Facebook. Une fois qu'un internaute quitte, plus personne ne peut l'ajouter à un groupe.  
La Meute évolue
Mine de rien, La Meute continue de prendre de l'ampleur. S'ils étaient 12 000 membres ou observateurs à la fin décembre, le nombre est sur le point de doubler. Des cellules - logistique, médicale, juridique, etc. - ont été créées et une hiérarchie semble se dessiner.
En entrevue au Soleil à la fin décembre, le fondateur du groupe affirmait vouloir s'enregistrer officiellement pour devenir un groupe de pression politique. Ce dernier avait déclaré qu'il voulait «protéger nos terres, nos valeurs, nos fondements, notre liberté, notre sécurité ainsi que l'avenir de nos enfants contre l'envahisseur islamique».
Parmi les quelque 21 500 membres de La Meute, plusieurs sont en réalité des observateurs, dont des journalistes, ou de simples curieux. Difficile dans ces circonstances, à moins d'être actif sur la page, de départager quelles sont les motivations de tout un chacun.