Le déneigement chaotique du 27 janvier avait causé des embouteillages monstres et forcé la fermeture notamment de la côte d'Abraham.

Déneigement du 27 janvier: les amendes contestées

Les deux entrepreneurs tenus responsables du déneigement chaotique du 27 janvier refusent de porter le bonnet d'âne et contesteront les amendes imposées par la Ville de Québec.
En marge du conseil municipal de lundi, le maire Régis Labeaume a ciblé deux déneigeurs privés qui auraient mal fait leur travail ce fameux lundi, entraînant la fermeture de plusieurs côtes et causant des embouteillages monstres. Il s'agit de Hamel Construction et des Constructions Bé-Con, des entrepreneurs généraux qui se convertissent au déneigement pendant l'hiver. Ils viennent de recevoir des amendes de 3000 $ et 6000 $ respectivement.
«Nos entrepreneurs l'ont complètement échappé», a statué le maire après un bilan commandé à ses fonctionnaires.
M. Labeaume a été particulièrement cinglant envers Bé-Con. «Il faut qu'ils se replacent les idées parce que ça ne marchera plus», a-t-il lancé. «Ils sont proches de la porte quant à moi», a-t-il ajouté, précisant que Bé-Con en était à sa troisième pénalité cet hiver, sans pouvoir détailler les fautes commises.
L'entrepreneur, dont le siège social est situé sur le boulevard Bastien, refuse d'être présenté comme un récidiviste. «On n'a jamais eu d'autre amende que celle-là et mes clients vont la contester», a résumé mardi Michel Jobin, avocat de la famille Pilote, propriétaire des Constructions Bé-Con.
Celui-ci a affirmé que son client entretient depuis 12 ans plusieurs des côtes liant la basse ville et la haute ville, dont Honoré-Mercier, d'Abraham et de la Montagne, et ne les a jamais «échappées». Les dirigeants de l'entreprise «sont tombés à terre quand ils ont su» qu'ils étaient blâmés et pénalisés pour le cafouillage routier du 27, a raconté l'avocat.
Paul-Christian Nolin, l'attaché de presse du maire Labeaume, a réitéré l'information livrée la veille. L'avis d'infraction envoyé à Bé-Con le 5 février détaille trois manquements - dont la fermeture à trois reprises de la côte d'Abraham - et il y a eu au moins un autre événement précédemment, a-t-il rapporté.
«C'est pas une ambulance»
Même surprise du côté de Hamel Construction, de Saint-Édouard-de-Lotbinière, qui déneige notamment les côtes De Salaberry et Saint-Sacrement. Le président Guy Hamel juge avoir «rempli entièrement notre contrat et nos obligations envers la Ville de Québec» et contestera lui aussi l'amende reçue.
Selon M. Hamel, c'est le trafic qui a entraîné la fermeture des côtes plutôt que le contraire. Comme il est tombé plusieurs centimètres de neige en peu de temps, à l'heure de pointe du matin, les autoroutes Henri-IV et Robert-Bourassa ont bouchonné et les automobilistes se sont rabattus sur le réseau routier municipal, «un réflexe normal». Du coup, les charrues ont été prises dans le trafic comme tout le monde, expose l'entrepreneur.
«C'est une situation de blocage complet. Il faut comprendre qu'un équipement de déneigement, c'est pas une ambulance. On ne peut pas pousser les véhicules avec la gratte», illustre M. Hamel.
Celui-ci estime que le maire Labeaume est allé trop loin en pointant des déneigeurs en particulier. Même les fonctionnaires responsables du déneigement ne l'ont pas fait, préférant s'asseoir avec les entrepreneurs pour identifier des pistes d'amélioration, dit Guy Hamel. «Aller mettre des noms, je ne suis pas d'accord avec cette façon de faire là. [...] Une entreprise, ça prend des années à bâtir une réputation et ça prend juste des heures à démolir», insiste le président de Hamel Construction.
Hamel et Bé-Con déneigent aussi les autoroutes Charest, Duplessis et Laurentienne pour le compte du ministère des Transports du Québec (MTQ). Guillaume Paradis, porte-parole régional, indique que le provincial est satisfait du travail des entrepreneurs sous contrat dans la grande région de Québec. Malgré des conditions difficiles, la chaussée est demeurée acceptable le 27 janvier, dit-il.
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«Contremaîtres sur les dents»
D'autres entrepreneurs en déneigement sous contrat avec la Ville de Québec ont avoué au Soleil avoir reçu des amendes de plusieurs milliers de dollars pour la première fois cet hiver.
Selon un d'entre eux, qui refuse d'être nommé, «présentement, les contremaîtres sont sur les dents, ils sont très, très sévères». Cette attitude sans précédent remonterait au début de la saison. En plus de suivre les camions des sous-traitants en temps réel grâce au GPS, les représentants de la Ville vont sur le terrain pour mesurer la neige au sol et vérifier le dégagement des rues, des intersections et même des bornes-fontaines au centimètre près, explique un autre, qui souhaite aussi garder l'anonymat.
Il soupçonne les cols bleus de s'acharner sur le privé pour faire monter les prix et prouver que le travail peut être mieux fait et moins cher à l'interne.
Plusieurs entrepreneurs prédisent d'ailleurs une flambée des prix lors du renouvellement des contrats en raison de l'hiver en dents de scie que l'on connaît. Jacques Perron, porte-parole de la Ville de Québec, réplique que les contremaîtres font leur travail comme d'habitude, profitant de tous les outils mis à leur disposition.
La Ville refuse de donner au Soleil le nombre de pénalités signifiées aux déneigeurs privés cet hiver et les précédents. Selon M. Perron, cela équivaudrait à dresser un tableau d'honneur et ce n'est pas d'intérêt public.