L’objectif du propriétaire du terrain est de faire tomber le clocher de l’église avant le 8 juillet, afin de rétrécir le périmètre de sécurité, délimité à l’aide de blocs de béton.

Démolition de l’église Saint-Cœur-de-Marie: des réactions opposées

La démolition de l’église Saint-Cœur-de-Marie est entamée, l’endroit grouillait de travailleurs mercredi. Si plusieurs citoyens se disaient déçus de perdre le bâtiment, les commerçants de Grande Allée, eux, sont surtout satisfaits de voir les choses bouger.

«Ça fait trop longtemps qu’il ne se passe rien. C’est névralgique pour la Grande Allée», estime André Verreault, président d’Action promotion Grande Allée.

M. Verreault ne s’est pas prononcé sur la valeur historique du bâtiment. Il a toutefois indiqué que tout projet de logements ou d’hôtel sur ce terrain serait positif pour les commerçants.

«C’est bon de voir arriver du monde proche de la rue. Ça va amener de la vie sociale plus proche de la Grande Allée, ça va dynamiser la rue», ajoute-t-il.

Étant donné le périmètre de sécurité entourant l’église, la moitié de la rue demeurait bloquée. M. Verreault se dit surtout content de voir la circulation rétablie à l’approche du Festival d’été de Québec.

«La circulation était relativement fluide, mais ce qui nous inquiétait c’était l’approche du Festival d’été. La Grande Allée devient piétonne tous les jours, et là, ça aurait pu commencer à être problématique. La bonne nouvelle c’est que ça se règle avant le Festival.»

Circulation entravée

«Lorsque la rue a été fermée, surtout la première semaine quand l’accès était bloqué en entier, c’est sûr que ça a été plus difficile pour les commerces. Plus l’accessibilité au centre-ville est complexe, plus c’est difficile d’avoir des clients. En même temps, ça s’est placé rapidement, indique le propriétaire des restaurants L’Atelier et Ophélia, Fabio Monti. C’est dommage pour les citoyens de voir l’église démolie, mais en même temps je pense que c’est un mal nécessaire étant donné l’état dans lequel elle est malheureusement.»

L’objectif du propriétaire du terrain (530, Grande Allée) est de faire tomber la tour de l’église avant le 8 juillet, afin de rétrécir le périmètre de sécurité, délimité à l’aide de blocs de béton.

«Le plus vite ça va se régler, le mieux c’est. La seule chose qui est dérangeante dans le moment, c’est les blocs de béton, dès que ça c’est réglé, nous on va être très contents. Et si c’est une tour de condos qui s’en va là, ce sont des clients potentiels qui viennent ici, donc tout est positif», commente aussi le gérant du Cosmos, Jean-Philippe Lessard.

«Manque de volonté politique»

La députée solidaire de Taschereau, Catherine Dorion, est venue constater le début des travaux mercredi. 

«Les citoyens appelaient l’un après l’autre pour dire que ça n’avait pas de bons sens. C’était triste de voir ça arriver. Les promoteurs laissent la situation devenir intenable, et là quand on détruit “enfin”, on dit que c’est une bonne nouvelle. Oui, tu enlèves les blocs de béton, mais après des mois où on laisse volontairement la situation se dégrader et être obligés de mettre un périmètre de sécurité à cause de ça», déplore-t-elle. 

L’église Saint-Cœur-de-Marie n’était classée patrimoniale ni par la Ville ni par le gouvernement du Québec. Selon Mme Dorion, il s’agit d’un manque de volonté politique pour préserver le bâtiment.

«Même quand ils sont classés, des fois, les promoteurs achètent et laissent ça se dégrader. Il y a un manque de ressources, ajoute la députée. C’est un problème structurel qui est beaucoup plus gros, on n’arrête pas d’en voir. Il y a les promoteurs qui achètent les terrains en se disant qu’ils obtiendront leur permis de démolition plus tard, ils n’ont pas de volonté de conserver le patrimoine. C’est dommage parce que ce sont des terrains avec beaucoup de valeur. S’il y avait de la volonté politique à la Ville et au gouvernement du Québec, on serait vraiment capable de mettre les conditions pour préserver le patrimoine.»