Le virage à droite a fait 260 blessés, dont quatre morts de 2012 à 2015 seulement.

Demande d'interdiction du virage à droite au feu rouge

Piétons Québec et Accès transports viables recommandent au gouvernement du Québec de faire marche arrière en interdisant le virage à droite au feu rouge, droit acquis en 2003 dans toute la province à l'exception de l'île de Montréal. Selon eux, la manoeuvre cause beaucoup trop d'accidents, parfois mortels.
Les deux organismes de défense des droits des piétons se sont fait entendre lors de la Consultation publique sur la sécurité routière de la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ). La porte-parole de Piétons Québec, Jeanne Robin, réagit défavorablement à la proposition d'une quinzaine de maires des arrondissements et municipalités de la métropole d'étendre le virage à droite au territoire de l'île.
«Plutôt que de souhaiter une extension du virage à droite, il faut se questionner sur la pertinence de le maintenir. C'est une mesure qui cause des blessés et des morts. Les statistiques montrent que ça ne s'est pas fait à coût nul», soutient-elle. Chiffres à l'appui du ministère des Transports, le virage à droite a fait 260 victimes, dont quatre morts de 2012 à 2015 seulement. À noter que les données tiennent aussi compte des accidents aux intersections où la manoeuvre était interdite en tout temps.
«La complexification de la signalisation contribue à mêler l'automobiliste sur ses droits», avance Mme Robin. Ainsi, l'autorisation de virer sur certains feux peut faire croire à un conducteur qu'il peut aussi virer aux endroits où c'est interdit. D'autres automobilistes peuvent décider de s'attribuer ce droit, sachant qu'il leur est formellement interdit de virer. À Montréal, où le virage à droite au feu rouge est pourtant interdit, on compte 32 blessés de 2011 à 2015. Il y en a eu 25 à Québec et 30 à Gatineau pour la même période.
La porte-parole rappelle que les directeurs de santé publique du Québec s'y étaient opposés en 2000. Plus encore, elle observe avec regrets que leurs prévisions sur le nombre de blessés et de morts s'avèrent aujourd'hui juste.
Dans un mémoire déposé à l'époque, ils estimaient que le virage à droite causerait 70,5 blessés par année et 0,5 décès. Des chiffres qui correspondent à peu de choses près aux statistiques de 2011 à 2015. «Ça m'a frappée de voir qu'on arrive presque pile-poil sur les projections. En considérant bien les choses, loin de se révéler moins dangereuse, la mesure l'est beaucoup plus que prévu. Les projections tenaient aussi compte de la population de Montréal. En réalité, c'est un bilan bien mauvais si on considère que le virage à droite y est interdit», conclut Mme Robin.
Peu ou pas d'économies
Les promesses d'économie de temps et d'argent liées à l'instauration du virage à droite au feu rouge ne tiennent plus la route en 2017.
Dans son mémoire déposé lors de la consultation publique, Accès transports viables écrit que «Le virage à droite au feu rouge représente, pour les cyclistes et les piétons, une source d'insécurité importante en milieu urbain. [...] Nous sommes d'avis que le virage à droite au feu rouge devrait être interdit sur tout le territoire québécois. Les avantages prétendus de cette manoeuvre n'ont jamais été vérifiés.»
Selon l'organisme, une étude du Centre de recherche sur les transports de l'Université de Montréal estime que le gain énergétique moyen pour un automobiliste qui vire à droite sur un feu rouge est de 2,64 litres par an.
Même chose pour l'économie de temps. Selon la densité de la circulation, un automobiliste qui profite du virage à droite gagne entre 3 et 15,6 secondes par jour.
Tout comme Accès transport viable, Piétons Québec est d'avis que la sécurité des usagers de la route vulnérables devrait primer sur la mobilité.
«L'adoption du virage à droite était basée sur une économie de temps et d'argent, rappelle sa porte-parole, Jeanne Robin. Aujourd'hui, on se rend compte que c'est négligeable. D'autant plus que les automobiles sont de plus en plus économiques. La seule chose qu'on économise avec le virage à droite, c'est la frustration d'être arrêté à une intersection où on ne voit personne. En plus, la manoeuvre qui consiste à effectuer un arrêt complet et à regarder de chaque côté avant de virer n'est malheureusement pas pratiquée dans les règles de l'art par tous», se désole-t-elle.