Dans la nuit du Nouvel An, peu après minuit, Stéphane Guay aurait agressé sexuellement une femme au lourd handicap physique qui habitait dans le même immeuble d’habitation que sa mère, une résidence pour personnes âgées. En 2013, Guay avait été condamné à quatre ans de prison.

Délinquants sexuels: le risque de récidive dur à gérer

Dans la nuit du 31 au 1er janvier, Stéphane Guay a rendu visite à sa mère dans un immeuble à logements de Lévis. Il se trouvait dans une aire commune lorsqu’il a croisé une femme handicapée qu’il ne connaissait pas.

En 2013, Guay, 48 ans, avait été condamné à quatre ans de pénitencier pour trois agressions sexuelles sur une femme souffrant d’une déficience intellectuelle sévère. Il est sorti de prison au début 2017. 

Et en cette nuit du Nouvel An, peu après minuit, il aurait récidivé avec cette femme au lourd handicap physique. «C’est à ce moment-là que le suspect l’aurait agressée sexuellement», indique Patrick Martel, porte-parole du Service de police de la Ville de Lévis.

Une plainte a été portée à la police lévisienne. Après enquête, les policiers ont arrêté Guay le jeudi soir le 4 janvier. Il a comparu pour agression sexuelle et manquement à un engagement le 5 janvier au palais de justice de Québec. 

Son arrestation soulève de nombreuses questions sur la récidive des délinquants sexuels. D’autant plus que la semaine dernière, un rôdeur présumé, Dong Nguyen, a été de nouveau arrêté à la piscine Sylvie-Bernier, à Québec, pour avoir incité cinq mineures à des contacts sexuels. 

Stéphane Guay a plusieurs antécédents en matière de crimes sexuels. En octobre 2008, il était entré par effraction chez une femme de Lévis, âgée de 64 ans, qui avait eu la mauvaise surprise de trouver dans son salon l’homme complètement nu. 

Il avait alors écopé d’une peine de six mois à purger dans la collectivité, suivie d’une probation de trois ans.

Guay avait alors refusé toute thérapie pouvant lui venir en aide. La poursuite jugeait que le risque de récidive était élevé, car l’homme montrait toutes les caractéristiques d’un délinquant sexuel.

C’est ce qui s’est produit. En 2010, Guay a connu une femme de 40 ans atteinte d’une déficience intellectuelle sévère qui habitait dans le même immeuble d’habitation que sa mère, une résidence pour personnes âgées. Profitant de sa vulnérabilité, il l’a violé à trois reprises, sans préservatif.

Guay a d’ailleurs reconnu que la victime n’était pas en mesure de consentir aux relations sexuelles. C’est d’ailleurs une intervenante qui avait expliqué à celle-ci qu’elle avait été agressée. 

Lors de son procès en 2013 pour ces trois agressions, Guay n’avait montré guère plus d’intérêt à reconnaître ses problèmes et à recevoir des soins. Trois jours avant de plaider coupable, il s’était dit ouvert à une thérapie, mais le juge avait conclu que cette conversion tardive manquait de sincérité.

Le juge avait aussi souligné les séquelles subies par sa victime à la suite des viols, comme l’anxiété, les cauchemars et les idées suicidaires. 

Estimant que le risque de récidive demeurait élevé, il avait condamné Guay à une peine de quatre ans de pénitencier, comme le réclamait la Couronne. Le juge avait aussi ordonné que le quadragénaire se soumette au registre des délinquants sexuels à vie.

«Facteurs de risque»

La récidive chez les délinquants sexuels n’est pas aussi fréquente que les gens peuvent penser, souligne Franca Cortoni, chercheuse à l’école de criminologie de l’Université de Montréal.

Environ 13,5 délinquants sexuels sur 100 commettent un nouveau crime sexuel dans une période de cinq ans après leur sortie de prison. Mais le nombre d’années passées derrière les barreaux ne diminue en rien le taux de récidive chez les délinquants sexuels — même qu’il tend à l’augmenter, indique Mme Cortoni.

«Ça ne veut pas dire qu’on ne devrait pas mettre les gens en prison, nuance la professeure. On envoie les gens en prison comme punition pour le crime qu’ils ont commis. Mais lorsqu’ils sont en prison, c’est là qu’on devrait travailler avec eux». 

Les «facteurs de risque» présents chez chaque délinquant sexuel — et non la durée de sa détention — permettent de déterminer la probabilité de récidive. 

Ainsi, le nombre de condamnations passées, les autres crimes commis par le délinquant — notamment les délits de violence — ou le fait qu’il ne connaissait pas les victimes sont, par exemple, des facteurs qui augmentent le risque de récidive.

Les caractéristiques psychologiques de l’individu, comme les intérêts sexuels déviants, l’hostilité envers les femmes, les problèmes relationnels ou les attitudes antisociales, sont aussi des facteurs de risques. Mais contrairement à la première série de facteurs, il est possible d’intervenir sur ces derniers pour réduire le risque de récidive, souligne Franca Cortoni. «C’est pour ça que l’intervention thérapeutique est importante», dit-elle. 

Les délinquants sexuels sont libres de refuser la thérapie. Mais chez ceux qui acceptent et suivent un programme thérapeutique basé sur les connaissances scientifiques, la récidive diminue d’environ 50 %, indique Mme Cortoni.