Déjà 20 ans... pour les bélugas

Le Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent n’a que 20 ans et il est pourtant le doyen au sein des aires marines protégées du prestigieux réseau de Parcs Canada. En un temps record, il est devenu une véritable institution et un moteur économique majeur, dont les retombées économiques et scientifiques dépassent largement ses frontières.

« Le parc a aujourd’hui 20 ans. Mais il avait été au coeur de beaucoup de tractations au moins 20 ans avant sa création officielle en 1998 », répond Daniel Langlois, directeur d’unité de gestion du Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, lorsqu’on lui mentionne que cette créature particulière donne l’impression d’exister depuis toujours.

L’idée de protéger une aire marine et le béluga circulait déjà depuis quelques années quand le gouvernement de Brian Mulroney a lancé le plan Saint-Laurent en 1988. La même année, un premier colloque international sur le béluga avait lieu à Tadoussac. Finalement, une coalition de 27 organismes avait réclamé du gouvernement fédéral un signal pour créer cette aire marine pour assurer la protection du béluga.

Le directeur du Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, Daniel Langlois, en compagnie de la ministre Catherine McKenna. Le parc a aujourd’hui 20 ans et est le doyen des aires protégées aquatiques du Canada.

« Il a fallu tout créer », insiste le directeur du parc, avant de préciser qu’il n’y avait rien de comparable dans le monde.

Au Canada, les fonds marins situés dans les eaux intérieures sont sous la juridiction des provinces. La colonne d’eau est de juridiction fédérale. Il n’était pas simple dans ce contexte selon le directeur de créer le parc. Malgré ces contraintes administratives, légales et techniques complexes, le parc est né et il a rapidement fait sa place.

« Il faut mentionner que le parc était désiré. Nous avons aussi travaillé en collaboration avec le milieu comme le stipule le mandat du parc », insiste le directeur qui cite en exemple la décision de fermer à la navigation une zone de la baie Sainte-Marguerite fréquentée par les familles de bélugas. Le directeur du parc a alors utilisé son pouvoir réglementaire spécifique à une aire marine au Canada pour créer cette zone.

« Nous avons rencontré les gens. On leur a expliqué les raisons pour lesquelles nous devions créer la zone, avec des arguments scientifiques. Nous donnons une véritable chance aux bélugas en agissant ainsi. Quand on prend le temps de bien expliquer, les gens comprennent et acceptent », raconte Daniel Langlois.

La Baie Sainte-Marguerite.

Une telle décision exige une collaboration étroite du milieu. Il est impossible d’installer des barrières et les utilisateurs doivent donc se familiariser avec la zone. La fermeture est complète. Même les amateurs de kayak de mer doivent suivre des tracés bien précis pour éviter de déranger les animaux.

Les excursions d’observation des baleines sont aujourd’hui des produits d’appel pour le tourisme international. Le directeur du parc explique avec beaucoup de détails tout le travail réalisé avec les entreprises offrant ce produit afin de permettre ces activités dans le parc. Les excursions font partie du volet éducatif dans l’expérience du tourisme.

La direction du parc a de plus décrété une autre mesure de protection pour les mammifères marins. Il est désormais interdit de circuler à plus de 15 noeuds dans toute la zone de l’embouchure du Saguenay sur le Saint-Laurent.

« Une activité d’observation bien faite fait des participants des ambassadeurs du parc », croit Daniel Langlois. Les excursions permettent de marier les volets protection et utilisation qui sont au coeur de la vie du parc marin.

Un programme a été mis en place afin de fournir aux gestionnaires du parc et aux entreprises offrant des excursions des idées pour améliorer cette expérience. Des passagers non identifiés montent dans les bateaux avec des grilles d’évaluation. Daniel Langlois souligne que les entreprises ont mis en place un fonds destiné à la recherche dans le parc marin à partir des revenus qu’ils tirent des excursions.

Le Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent fait toujours face à des enjeux à court terme. Daniel Langlois identifie celui de la conciliation entre les utilisateurs et la protection. Il est même convaincu qu’il est possible de renforcer la protection en mettant à profit les utilisateurs.

Il profite de l’occasion pour rappeler à ces derniers certains éléments de base. « Il est vraiment important pour les personnes qui effectuent des sorties et naviguent de ne pas s’approcher des bélugas. On se donne vraiment une chance de plus en agissant de la sorte. »

À plus long terme, les enjeux sont encore inconnus pour certains. C’est le cas des changements climatiques dont les effets sur les animaux du parc ne sont pas encore identifiés et qui retiendront inévitablement l’intérêt des scientifiques.

Robert Michaud

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ROBERT MICHAUD FIDÈLE AU POSTE

Le Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent s’est fait un beau cadeau pour son 20e anniversaire en décrétant une zone d’exclusion à la navigation, qui est aussi identifiée comme un refuge acoustique dans la baie Sainte-Marguerite, qui est un lieu de prédilection estivale pour les familles de petites baleines blanches.

Le directeur du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, roule sa bosse dans le paysage de Tadoussac depuis le début des années 1980. Même si le GREMM est un organisme indépendant voué à la recherche et à la protection des baleines qui fréquentent l’embouchure du Saguenay et le Saint-Laurent, il est pratiquement devenu indissociable du parc marin avec qui il entretient des relations très étroites.

« Avec la décision du parc de créer une zone réservée spécifiquement pour les familles de bélugas dans la zone de la baie Sainte-Marguerite, on améliore grandement nos chances de réussir à protéger et à sauver ce mammifère marin. C’est vraiment un beau cadeau que le parc s’est fait pour célébrer son 20e anniversaire », répète à qui veut l’entendre Robert Michaud.

Le Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent doit sa création en bonne partie pour l’intérêt porté aux baleines blanches qui attirent aujourd’hui des dizaines de milliers de touristes annuellement dans les communautés situées à l’embouchure du Saguenay et du fleuve. Quand il voit aujourd’hui le chemin parcouru, Robert Michaud pense à la journaliste et photographe ontarienne Leone Pippard qui a été la première à s’intéresser au sort des bélugas du Saint-Laurent.

« Elle a constaté qu’elle voyait année après année les mêmes baleines blanches. Elle a donc compris que les bélugas n’étaient pas nombreux. Elle a lancé l’idée du parc marin », évoque Robert Michaud, qui a joint ce mouvement dès le début des années 1980.

Tout ce mouvement a finalement contribué à la décision des gouvernements fédéral et provincial de s’unir dans la création de cette vaste zone où le gouvernement fédéral protège la colonne d’eau et où le gouvernement du Québec veille à la protection du territoire.

« Ce qu’il y a d’extraordinaire avec la création d’un parc, c’est qu’il conserve dans le temps sa mission, qui dans notre cas est la protection du béluga. Souvent quand un sujet passe de mode, il tombe dans l’oubli. Avec un parc, même si le béluga n’est plus l’intérêt du moment, il est protégé pour toujours », a conclu le biologiste.

En plus de la zone de protection de la baie Sainte-Marguerite, le 20e anniversaire sera l’occasion pour les scientifiques du monde de converger vers Tadoussac dans le cadre d’un important colloque scientifique, qui aura lieu en octobre et portant sur les petites baleines blanches.

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LE PLASTIQUE EST-IL UNE SOURCE DE POLLUTION IMPORTANTE POUR LE SAGUENAY?

Il est difficile de parler d’un parc marin sans évoquer cette problématique que les gouvernements souhaitent combattre au cours des prochaines années. Pour le directeur du GREMM, Robert Michaud, le plastique est aujourd’hui un débat semblable à celui des HAP au début des années 1980, alors que l’on évoquait les ravages causés par ces produits chez les espèces de mammifères marins, dont le béluga.

Il y a le plastique plus visible comme les sacs et les bouteilles. Il arrive, selon Robert Michaud, qu’une baleine meure après avoir mangé un sac de plastique qu’elle associe à une méduse. Le problème est cependant mineur pour le Saguenay et le Saint-Laurent.

Une autre source plastique risque cependant de causer des problèmes à long terme et les chercheurs tentent en ce moment de documenter le phénomène. Il s’agit des molécules de plastique que l’on ajoute dans les produits sanitaires de consommation de masse, comme les savons. Ces molécules se retrouvent dans les eaux usées des villes et finissent par se retrouver dans la mer, et finalement dans la chaîne alimentaire des poissons et des mammifères marins.