Âgée de 20 ans, Adrienne Cyr a roulé 8000 kilomètres, l'an dernier, entre la France et la Turquie.

Découvrir les Premières Nations... à vélo

Une Gaspésienne de New Richmond, Adrienne Cyr, 20 ans, sillonne depuis le 6 mars les routes de l'est du Québec à ... vélo, à la découverte des Premières Nations et de sa province, qu'elle juge ne pas connaître suffisamment.
Elle a notamment bravé le froid des deux journées les plus glaciales du présent hiver, les 10 et 11 mars, au cours desquelles elle a parcouru les 100 kilomètres séparant Listuguj et Amqui.
Adrienne Cyr est une cycliste expérimentée. En 2016, à 19 ans, elle a roulé 8000 kilomètres entre la France et la Turquie, découvrant 13 pays dans l'intervalle, dont la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Autriche, la Bosnie-Herzégovine et l'Albanie. C'est ce premier voyage qui a déclenché le présent périple.
«Je me suis souvent fait poser des questions sur l'endroit d'où je venais. Je répondais ''le Québec'', mais je réalisais quand on me posait d'autres questions à quel point j'en savais peu sur chez moi. J'étais en train de découvrir l'Europe sans en savoir beaucoup sur mon territoire, sa culture, son peuple. J'ai aussi réalisé que je n'en connaissais pas beaucoup sur les Premières Nations, les premiers habitants du Québec», explique-t-elle.
En partant de Caplan, près de chez elle, dans la Baie-des-Chaleurs, elle est passée devant une première communauté autochtone, Gesgapegiag, mais elle est passée tout droit. «Je vais y arrêter à la fin de mon voyage», promet-elle.
Elle est arrêtée trois jours à Listuguj, à compter de sa deuxième journée de voyage. Elle a vite trouvé un toit en cognant aux portes et en donnant quelques détails sur sa démarche.
«J'ai été hébergée par Carmelle, une dame qui travaille dans un refuge pour femmes victimes de violence conjugale. J'ai d'ailleurs participé aux activités organisées au refuge, des activités s'adressant à toutes les femmes de la communauté à l'occasion de la Journée internationale des femmes. J'ai rencontré le chef et sa famille, des professeurs de langue micmac et j'ai assisté à une rencontre sur la pêche au homard avec les femmes de la communauté», note Adrienne Cyr, très attentive à la réalité autochtone.
«Je retiens un mélange de culture traditionnelle, américaine et catholique, une fierté et un attachement à la communauté et à la culture micmac, de même que l'accueil des gens. Je retiens aussi les conséquences des politiques et de la discrimination qu'ils ont subies. Ils en sont très marqués. J'ai été extrêmement touchée, et je me suis même retenue de verser des larmes en écoutant une professeure de langues me parler des politiques gouvernementales avant les années 80, et de sa déception qu'il n'y ait que 9 % de la communauté qui parle le micmac. La photographe Karen Martin me disait aussi qu'à chaque fois qu'un aîné décède, il apporte des mots et donc, une partie de l'histoire et de la tradition avec lui», ajoute-t-elle.
Un long détour
La présente semaine commencera avec un arrêt à Viger, une communauté malécite située près de Rivière-du-Loup. Adrienne Cyr prévoit arrêter à Wendake, et se rendre jusqu'à Kahnawake, sur le rive sud de Mont-réal. Elle rebroussera chemin à cet endroit, mais son retour en Gaspésie sera marqué par un long détour.
«J'irai peut-être à Kanesatake aussi. Je verrai pour la distance. Je veux revenir par la rive nord du Saint-Laurent, et arrêter dans les communautés autochtones de la Côte-Nord. Je vais ensuite prendre le navire Bella Desgagnés jusqu'à Blanc-Sablon, traverser à Terre-Neuve, rouler sur l'île, traverser en Nouvelle-Écosse et revenir par le Nouveau-Brunswick. Ça devrait me prendre trois mois. Je prévois revenir au début de juin.»
Elle a trouvé les deux journées de grand froid difficile. «Mon corps n'avait plus d'énergie.» Son vélo est équipé de pneus à crampons et elle le trouve assez lourd, considérant les vêtements d'hiver et la nourriture qu'elle doit apporter.
Elle a confiance de trouver un toit tout le long de sa route. «Cogner aux portes fonctionne bien et j'aurai ma tente si ça ne marche pas, quand il fera moins froid», conclut-elle.