Décodage: retenez la date du 20 août

DÉCODAGE / Les ententes antérieures avec les médecins, qui constituent la base à partir de laquelle le gouvernement Couillard parle aujourd’hui d’économies, étaient beaucoup trop généreuses; catastrophiques pour les deniers publics.

Particulièrement celle avec les médecins spécialistes, négociée par l’actuel ministre de la Santé, Gaétan Barrette, alors qu’il était à la tête de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Si ce n’était pas le cas, elle n’aurait pas été revue.

Ce qui le démontre également est la volonté du Conseil du trésor de tenir compte, à l’avenir, et au-delà des simples comparaisons sur les rémunérations, des différences liées au coût de la vie au Québec et en Ontario. Et d’analyser à la loupe les tâches réelles des spécialistes québécois et ontariens.

Ce sera un minimum dans la mesure où tout indique que la rémunération des médecins ontariens dépassera de nouveau dans quelque temps et de façon importante celle des membres de la Fédération des médecins spécialistes du Québec — pour ne parler que de ce syndicat.

Dans ce dernier droit, le gouvernement Couillard a été davantage motivé par l’objectif d’étaler dans le temps les hausses de rémunération «dues» aux médecins spécialistes que par celui de revoir à la baisse le «rattrapage» avec le reste du Canada.

Dans son esprit, il lui fallait au moins obtenir, comme avec les médecins omnipraticiens l’automne dernier, l’étalement des sommes qu’il estimait devoir leur verser à la lumière d’engagements antérieurs.

Bien que très lourde, l’entente signée cette semaine avec les spécialistes pèsera finalement moins lourdement que prévu dans le document sur les finances publiques que le gouvernement publiera le 20 août, une date à retenir. L’abrogation de la «clause remorque» liée aux augmentations du front commun syndical du secteur public fait aussi baisser la pression sur les finances de l’État.

Parenthèse: chaque fois qu’un gouvernement en remplace un autre, il découvre une situation financière qui n’était pas celle indiquée par le précédent. Rappel : pour la première fois cette année, le ministère des Finances du Québec publiera un «rapport préélectoral» qui comprendra une analyse du bureau du Vérificateur général portant sur «la plausibilité des prévisions et des hypothèses» budgétaires.

Pour le gouvernement, il fallait étaler le plus possible les engagements pris pour que la Vérificatrice Guylaine Leclerc ne puisse déclarer, le 20 août, à la toute veille des prochaines élections, qu’il y a une trop grosse bouchée à avaler pour les finances de l’État.

Ils ne s’aiment pas

Le ministre Pierre Moreau et le député caquiste Éric Caire entretiennent une animosité aussi féroce que particulière. Tous les élus des deux côtés du Salon bleu ne font évidemment pas assaut d’amabilité lorsqu’ils «échangent», mais ces deux-là forment un duo particulier.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles ne supporte pas la façon dont M. Caire formule ses questions. Il l’a démontré jeudi en accusant le député de La Peltrie de n’avoir «aucun sens de l’État», «aucun sens des institutions publiques».

Leur match de boxe a commencé l’automne dernier, alors que Pierre Moreau était président du Conseil du trésor. Éric Caire venait de présenter un engagement de son parti stipulant qu’un gouvernement caquiste congédierait un sous-ministre ou un dirigeant dont l’organisation n’atteindrait pas les résultats visés dans son «plan stratégique», ou si celle-ci n’obtenait pas une «cote d’efficience» jugée satisfaisante par le bureau du Vérificateur général.

Comme cette semaine, Pierre Moreau avait évoqué Duplessis. «La dernière chose dont les Québécois ont besoin, c’est d’un parti qui, s’il était au pouvoir, nous retournerait à l’époque de Duplessis», avait-il lancé à Éric Caire.

L’un et l’autre ont des comptes à régler.

Après les promenades d’été

La Coalition avenir Québec voit son projet de taux de taxation scolaire unique comme une arme de persuasion électorale massive — en mesure de maintenir, voire d’accroître, la sympathie d’une partie importante de l’électorat à son égard.

Elle ne cesse de ramener cet engagement électoral sur le tapis. Elle l’a fait plusieurs fois durant les périodes des questions cette semaine, allant jusqu’à obliger la tenue d’un débat parlementaire de deux heures sur le sujet. Elle a aussi mis en ligne un outil pour «calculer les baisses de taxes sous un gouvernement caquiste».

Après le 20 août, après la publication du document sur la situation budgétaire du Québec, la CAQ aura l’obligation de dire où elle prendra l’argent pour compenser entièrement les commissions scolaires. Ce sera vrai pour ce dossier comme pour d’autres, ainsi que pour tous les engagements que prendront les partis politiques.

Pour ceux qui se poseraient la question, c’est le 20 août que débutera vraiment la campagne avec la publication de ce «point de situation sur les finances publiques», tout juste après les promenades électorales d’été qu’effectueront les chefs de parti partout au Québec et tout juste avant le démarrage de la période officielle de scrutin, quelques jours plus tard.