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Déceler l’exploitation sexuelle d’enfants en ligne grâce aux opérations financières

Jim Bronskill
La Presse Canadienne
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OTTAWA - L’organisme fédéral de lutte contre le blanchiment d’argent relève certains signes qu’une transaction financière pourrait être liée à l’exploitation sexuelle d’enfants en ligne pour mieux outiller les forces de l’ordre.

La pandémie de COVID-19 a contribué à une augmentation de la consommation et de la production de matériel numérique lié à la violence sexuelle contre des enfants, signale le Centre fédéral d’analyse des transactions et déclarations financières du Canada (CANAFE) dans une alerte opérationnelle publiée jeudi.

La nouvelle alerte et une liste d’indicateurs de transactions illicites ont été élaborées à partir d’une analyse des renseignements financiers du CANAFE, en consultation avec la Banque Scotia, le Centre canadien de protection de l’enfance et la Gendarmerie royale du Canada.

L’initiative - connue sous le nom de «Project Shadow», pour souligner que son travail s’effectue dans l’ombre - s’inspire de précédents partenariats du secteur public-privé prenant pour cible la traite des personnes, le trafic du fentanyl, les arnaques amoureuses et les stratagèmes bancaires clandestins liés aux casinos.

Le CANAFE a pour mandat de détecter le blanchiment d’argent et le financement d’activités terroristes en passant au peigne fin des millions de données provenant notamment de banques, de compagnies d’assurance, de courtiers en valeurs mobilières et de casinos.

L’organisme affirme que les informations reçues depuis la création de Project Shadow lui ont permis de divulguer des renseignements financiers à plus d’une trentaine de reprises pour que la police et d’autres partenaires fassent enquête sur de possibles cas d’exploitation sexuelle d’enfants.

Le sous-directeur du secteur du renseignement du CANAFE, Barry MacKillop, explique que l’objectif est d’aider les autorités à combattre ce fléau en ligne.

Selon l’analyse du CANAFE, les dix principales juridictions recevant des transferts d’argent liés à l’exploitation sexuelle d’enfants en ligne sont les Philippines, la Thaïlande, la Colombie, les États-Unis, le Ghana, l’Ukraine, la République dominicaine, la Roumanie, la Jamaïque et la Russie. La plupart des fonds sont envoyés via entreprises de services monétaires.

Les responsables et les suspects sont presque tous des hommes, pour la plupart dans la quarantaine et la cinquantaine, établis à travers le Canada et exerçant un large éventail de métiers.

Il est difficile de justifier un soupçon en fonction d’un paiement unique, souligne Stuart Davis, vice-président à la direction et responsable mondial de la gestion du risque de crimes financiers à la Banque Scotia. Mais d’autres informations autour de ce paiement permettent de regarder la situation dans son ensemble et de potentiellement déceler un crime, explique-t-il.

Voici quelques indicateurs:

- Un homme qui transfère fréquemment de petits montants à la même femme ou à plusieurs femmes sur une courte période, sans lien familial ni autre raison apparente de le faire, dans un pays connu pour l’exploitation sexuelle des enfants;

- Les dépenses liées au voyage, telles que l’achat d’un passeport ou la réservation d’un vol, peu de temps avant ou après les transferts vers une telle juridiction;

- Les achats chez des fournisseurs qui proposent des outils de cryptage en ligne, des services de réseau privé virtuel, des logiciels contre le traçage ou d’autres outils ou services pour l’anonymat en ligne;

- Les achats sur des plateformes de diffusion en direct, y compris celles de divertissement pour adultes;

- Les transactions pour recharger des cartes de crédit prépayées, particulièrement celles qui utilisent des cryptomonnaies.