«Ce sont les femmes qui paient, a-t-elle déploré. Le monsieur barbu ne paie aucun prix. Elle est où cette égalité homme-femme qu'on chérit?» déplore Samira Laouni.

Débat sur la charte: «Ce sont les femmes qui paient»

Crachats, invectives, voiles arrachés, détresse psychologique. Le débat sur la charte des valeurs traumatise des femmes de minorité culturelle au point où elles ne veulent plus sortir de chez elles, dénonce l'un des premiers organismes entendus en commission.
En terrain conquis en début de journée mardi, les choses se sont corsées en milieu d'après-midi pour le ministre Bernard Drainville lors de l'audition de l'organisme de communication pour l'ouverture et le rapprochement interculturel (COR). Favorable à l'encadrement des accommodements religieux, il s'oppose à l'interdiction du port de signes religieux.
L'une de ses porte-parole, Samira Laouni, a dénoncé le «choix odieux» que le gouvernement péquiste veut imposer à des femmes entre un emploi, gage d'indépendance, et leur identité culturelle.
«Ce sont les femmes qui paient, a-t-elle déploré. Le monsieur barbu ne paie aucun prix. Elle est où cette égalité homme-femme qu'on chérit?»
Elle se dit «démunie» devant la multiplication des femmes en détresse qui la contactent depuis que le débat sur la charte a débuté. Des femmes de Montréal, de Québec, de Sherbrooke craignent d'être apostrophées si elles quittent leur logis, assure-t-elle.
Québec fait fausse route en voulant abolir les signes religieux des fonctionnaires sur la base d'un malaise éprouvé par des citoyens, a enchaîné sa co-porte-parole, Marie-Andrée Provencher. «Sur la base d'un préjugé, un citoyen fait l'hypothèse qu'il ne recevrait pas un service neutre en raison d'un signe religieux, a-t-elle analysé. Devons-nous faire des lois en fonction des préjugés?»
Les auditions se sont ouvertes avec l'ex-leader syndical Réjean Parent, qui juge que les limites imposées par la Charte sont «raisonnables». Le port d'un signe religieux pendant les heures de travail «n'est pas un droit fondamental» et le devoir de réserve des fonctionnaires devrait inclure les croyances religieuses. Ultimement, une personne qui refuserait de se plier à cette règle devrait perdre son emploi, selon M. Parent, au même titre qu'un employé constamment en retard. 
À titre citoyen, Sam Haroun a plaidé pour une interdiction des signes religieux à tous les fonctionnaires au nom de l'égalité entre eux. Selon lui, il ne s'agit pas d'une limite à la liberté de religion, mais bien à l'expression de sa religion. «Il n'y a pas de bloc monolithique» dans l'opinion des communautés culturelles sur la question de la charte, a souligné ce Québécois d'origine libanaise.