Depuis une semaine, la banque alimentaire Moisson Québec et plusieurs organismes de la capitale reçoivent un afflux d’appels de personnes qui ont récemment perdu leur emploi.
Depuis une semaine, la banque alimentaire Moisson Québec et plusieurs organismes de la capitale reçoivent un afflux d’appels de personnes qui ont récemment perdu leur emploi.

De nouveaux chômeurs n’ont plus rien dans le frigo

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Les nouveaux chômeurs mis à pied dans la foulée de la crise de la COVID-19 sont de plus en plus nombreux à n’avoir rien dans le frigo et à demander de l’aide alimentaire dans la région de Québec.

Depuis une semaine, la banque alimentaire Moisson Québec et plusieurs organismes de la capitale reçoivent un afflux d’appels de personnes qui ont récemment perdu leur emploi. À court d’argent pour payer l’épicerie, ils demandent souvent pour la première fois de leur vie d’être dépannés pour nourrir leurs familles. 

«Ce sont des besoins pressants. Ils sont un peu gênés de faire ces démarches-là, mais la plupart disent : «j’en aurais besoin pour là»», dit Élyse Groulx, organisatrice communautaire et travailleuse sociale chez Moisson Québec. «Ça veut dire qu’ils n’ont plus rien dans leur frigo». 

Les demandes d’aide alimentaire sont aussi faites par des travailleurs autonomes qui ont perdu des contrats ou des travailleurs qui n’ont presque plus d’heures, note Mme Groulx. Moisson Québec, qui ravitaille 125 organismes à Québec, Lévis, dans Portneuf, dans Charlevoix et dans Lotbinière, reçoit des appels de nouveaux chômeurs d’un peu partout sur ce territoire. 

La hausse des demandes d’aide alimentaire est un des effets collatéraux la multiplication des mises à pied au Québec. Les exigences de confinement liées à la COVID-19 ont forcé la majorité des entreprises qui offrent des services non essentiels à cesser ou à ralentir leurs activités depuis deux semaines. Privés soudainement de revenus, de nombreux travailleurs n’ont même plus assez de fonds pour nourrir leurs familles. 


« Ce sont des besoins pressants. Ils sont un peu gênés de faire ces démarches-là, mais la plupart disent : «j’en aurais besoin pour là». Ça veut dire qu’ils n’ont plus rien dans leur frigo. »
Élyse Groulx, organisatrice communautaire et travailleuse sociale chez Moisson Québec

À Beauport, le comptoir alimentaire d’Entraide Agapè constate lui aussi une recrudescence d’appels de nouveaux chômeurs. Ceux-ci font des demandes d’aide alimentaire parce qu’ils n’ont pas reçu encore le chèque d’assurance emploi ou parce qu’ils n’y arrivent pas avec leurs prestations, souligne le directeur d’Entraide Agapè, Daniel Régimbald.

«Il faut comprendre que beaucoup de gens ont un budget à la semaine […], dit M. Régimbald. Quand il n’y a pas d’argent qui entre, ils font face à une situation assez particulière. On essaie de les aider, à tout le moins, par un support alimentaire».

L’organisme offre des «dépannages alimentaires». «Un dépannage, c’est une personne qui arrive et qui n’a rien à manger, qui n’a pas d’argent et qui a faim», explique M. Régimbald. Entraide Agapè leur offre des boîtes avec des plats cuisinés en quantité suffisante pour nourrir tous les membres de leurs familles. 

Depuis que les restaurants ont fermé, les fournisseurs alimentaires et les épiceries ont donné beaucoup de nourriture aux comptoirs alimentaires. «De la salade, on en a pour les fous et les fins!» illustre Pierre Gravel, directeur général de la Bouchée généreuse, située tout près de l’amphithéâtre Vidéotron, à Québec. 

Le portait change

L’organisme vient en aide à environ 500 familles par semaine. Parmi elles, il y a normalement beaucoup de personnes âgées. Mais depuis la crise de la COVID-19, le portait a changé. La Bouchée généreuse dessert maintenant une centaine de nouvelles familles. 

Les plus récentes demandes proviennent des gens âgés de 25 à 55 ans, indique M. Gravel. Ces derniers ne sont pas forcément démunis, mais peuvent être pris de court par la crise de la COVID-19. 

«Vous pouvez avoir avez une belle maison et une belle auto, mais les paiements continuent, dit Pierre Gravel. Si on a deux enfants qui veulent manger, on met la tête entre les deux jambes — excusez le mot — et on vient». 

Sur place, toutefois, les bénévoles de la Bouchée généreuse s’assurent de recevoir les gens sans jugement. «C’est un accueil inconditionnel, je ne pose jamais de question, dit M. Gravel. Ils rentrent ici la tête basse, on leur fait un beau sourire et un beau bonjour quand ils viennent. Ils repartent la tête haute et ils ne sont pas gênés de revenir.»

Moisson Québec rappelle aux citoyens qui ont des inquiétudes alimentaires qu’ils peuvent appeler au Service 211 pour obtenir de l’information sur les services communautaires dans leur secteur. 

Pour l’instant, la banque alimentaire a assez de denrées pour en fournir aux organismes. Elle travaille avec le gouvernement québécois pour ne pas avoir de problèmes d’approvisionnement, souligne Catherine Martel, coordonnatrice aux communications chez Moisson Québec. 

Les demandes d’aide alimentaires risquent toutefois de s’accentuer dans les prochaines semaines. Les 2000 $ par mois promis aux Canadiens en difficulté financière ne devraient pas permettre de payer l’épicerie avant la mi-avril. Les hausses probables du taux de chômage et du nombre de Québécois en quarantaine pourraient aussi augmenter la pression sur Moisson Québec et les comptoirs alimentaires. 

«On fait des achats massifs de denrées», dit Mme Groulx, de Moisson Québec. Mais les réserves ne sont pas garanties, note-t-elle. «On vit une semaine à la fois».